L OFFICE MODERNE
raconte que la règle de le réciter avait été établie dans un monastère de sa congrégation, le monastère de Saint- Vincent : « Statutum erat atque iam per triennium fere servatum ut cum horis canonicis cottidie B. Mariae semper nrginis officia dicerentut'. » A l'instigation d'un mauvais religieux, les moines y renoncèrent, sous le prétexte que c'était là s'imposer une surérogation nouvelle et onéreuse [no{>ae adinventionis pondus). Mais aussi, à peine y eurent-ils renoncé, tentations, orages, brigands, les pires calamités fondirent sur le couvent ^ Cela se passait vers 1056. Ailleurs, dans son opuscule sur les heures canoniques, saint Pierre Damien recommande la récitation de l'office quotidien surérogatoire de la sainte Vierge comme un exercice très propre à assurer la persévérance finale des clercs, et à consoler leur dernier moment. Ce lui est une occasion de raconter l'histoire dun pauvre clerc, qui, à son heure dernière, ne sachant sur quelle bonne œuvre compter, ne pouvait que rappeler à la vierge Marie, « porte du
1. Epistnl. VI, 32 [P. L. CXLIV, 431). La lettre est adressée aux moines du monastère de Saint-Barnabe de Gamugno, mais elle vise un fait qui s'est passé « in monasterio B. Vincent ii. quod non procul a monte qui dicitur Petra Pertusa cernitur conslilutum ». Voyez p. 430, Le mauvais moine « coepit conqueri satis semperque sufficere quod sanctus praeclpit Benedictus, nec novae adinvcntionis pondus debere superponi, nec nos esse antiquis Patribus sanctiores, qui videlicct haec superstitiosa ac supervacua iudicantes, psallendi nobis melam omnemque vivendi regulam praefixerunt; hac sane debere nos esse contentos, ne ab illa incautius déclinantes, per anfractus et invia ducamur erronei ».
ciel et fenêtre du paradis », la fidélité par lui mise à réciter tous les jours son office : « Sept fois le jour, j'ai dit tes louanges, et, si indigne pécheur que je fusse, je n'ai point fraudé dans le service des heures canoniques de tes louanges. » C'est ce que saint Pierre Damien appelle « cottidiana canonicis horis officia in MaiHae laudibus freqiientare^ ». Et il assure que la miséricorde de Dieu fut acquise à ce clerc pécheur par l'intercession de la Vierge qu'il avait si dévotement servie"^. Ailleurs enfin, ceci dans la vie de saint Pierre Damien par le moine Jean, son disciple, un chapitre entier est consacré à nous apprendre avec quel zèle le saint cardinal avait travaillé au salut des âmes par la dévotion à la croix et par la dévotion à la bienheureuse vierge Marie, et comment il s'était appliqué particulièrement à répandre parmi les clercs séculiers si relâchés de son temps l'usage de réciter tous les jours l'office de la sainte
1. Opusciil. X, 10 {P. L. GXLV, 230) : « ... septies in die laiidem dixi libi et... omnibus canonicis horis tuae laudis ol)soquium non fraudavi ». « Hoc procul dubio novimus qiiia quisquis cottidiana praediclis horis officia in eius laudibus licquentare sluduerit, adiutricem sibimet ac patrocinaturaiu ipsiiis iudicis matrèm in die necessitatis acquirit. »
2. Pierre Diacre, au commencement du xir siècle, atloslr que l'ofTice quotidien de la Vierge était pratiqué au Mont-Cassin, et il attribue ce point de règle au pape Zacharie (f 75-2). Cette attribution apocryphe montre que l'on avait cherché dos autorités pour imposer cet oHîce surérogatoire. Voyez Bishop, p. xxviii. Le texte de Pierre Diacre est cité par Martem . De aiitiq. monast ritibus, I, 2, 17. Hugues, abbé de Cluii\ (f 1109), introduisit l'office quotidien de la Vierge à Gluin. mais seulement pour les moines infirmes. Bishop, p. xxx.
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Vierge que récitaient les moines de Fonte Avellano ^ .
La seconde moitié du xi^ siècle est le moment, en effet, où l'olRce quotidien de la Vierge se propage, en Italie, en France, en Allemagne, en Angleterre. Au xii^ et au xiii^ siècle, il était l'objet d'une ferveur générale^. A Rome cependant, pareil office demeura longtemps encore inconnu : l'antiphonaire de Saint- Pierre n'en a pas trace , et la première attestation qu'on en ait ne remonte pas plus haut que le pontificat d'Innocent IIP.
Nous arrivons, quatrièmement enfin, à l'olfice des morts.
L'usage d'accompagner au chant des psaumes le convoi d'un mort est un usage liturgique attesté dès le III'' siècle. De même l'usage d'offrir le saint sacrifice de la messe pour le soulagement de l'âme du mort, « sacrificium pro dormitione » , suivant la belle expression de saint Cyprien. Le sacramentaire gélasien, au vii^ siècle, parle de messes pour le troisième jour après la déposition, de messes de huitaine, de messes de trentaine, sans compter la messe de la déposition et les messes anniversaires''. Mais ni les
1. lOANN, MONAGH. VUtt B. PctH Damicuii, 15 (P. L. GXLIV, 132) : « Omnium horarum officia in lionore almae Dei geni- Iricis in pluribus ecclesiis [inslituit]. »
2. BisHOP, p. xxx-xxxvii. Cf. P. Lejay, « Les accroissemenls de l'office quotidien », dans la Revue du clergé français, t. XL (1904), p. 130 : « Les plus anciennes formes des heures de la Vierge se trouvent dans les mss. anglais Royal 2 B V et Tiberius A III, tous deux du xi'' siècle, publiés en 1902 par M. Dewick dans la collection de la société Henry Bradshaw. »