‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 116 sur 218 · Udalrig. Consuetud. cluniacen. i · texte numérisé non relu

Udalrig. Consuetud. cluniacen. i

2. Pour la France, voyez le De off. ceci. p. 31 de Jean d'Avranches (P. L. CXLVII, 39) : « Aj^enda mortuorum sic per totum annum celebratur, excepto a Pascha usque ad Pentecosten, et a Nativitate usque ad octavam Epiphaniae, et omnibus festis... »

3. L'office des défunts, chez Jean d'Avranches, n'a que trois leçons au nocturne.

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siastique, il avait refusé de rendre à Dieu les devoirs de la liturgie ordinaire ». Mais la vierge Marie, et, avec la « bienheureuse reine du monde, tous les chœurs des saints » intervinrent pour sauver l'âme de cet ami des morts ^ C'est du moins ce que racontait à saint Pierre Damien un doux voyant, son ami l'évêque de Cumes, sans que ni l'un ni l'autre entendissent par là encourager la pratique de l'office quotidien des moris au détriment de l'office canonique, « ecclesiasticae institutionis regulam ».

Autre légende du même temps. On racontait qu'un pèlerin de Rodez, en revenant de Jérusalem, s'était trouvé aborder à une île désolée où un solitaire habitait. Le saint homme avait donné l'hospitalité au pèlerin égaré, et lui avait demandé, puisqu'il était d'Aquitaine, s'il connaissait un monastère qui s'appelait Cluny, et Odilon qui en était l'abbé. — Oui, avait répondu le pèlerin. — Écoute donc, avait repris l'autre : nous sommes ici tout proche des lieux où les âmes des pécheurs expient la peine temporaire de leurs fautes; et Ton peut, d'où nous sommes, les entendre gémir de ce que les fidèles et en particulier les moines de Cluny sont si avares de prières à les soulager et à les délivrer. Va trouver l'abbé de Cluny. et enjoins-lui de ma part de redoubler, lui et sa congrégation, d'oraisons, de vigiles, d'aumônes, pour racheter les âmes en peine... Au récit de ce pèlerin.

1. Petm. Damian. Opusciil. xxxiv, p. 2" (Disputatio), n. 5 : « Frater quidam, non cotlidiano, non cerle solemni sanctorum, sed solo ntebatur et delectabatur officio^defunctorum. »

saint Odilon (f 1049) établit que, dans tous les monastères de sa congrégation, le lendemain de la fête de tous les saints serait consacré à la commémoraison des fidèles défunts * .

La dévotion à la Sainte Vierge, la dévotion aux âmes du Purgatoire, n'épuisaient pas la piété des moines et des clercs. On surajoutait à l'office quotidien, maintenant, la récitation des quinze psaumes graduels, avant matines, des psaumes pénitentiels, à l'issue de prime; de psaumes en nombre indéterminé à l'intention des bienfaiteurs, « psalmi familiares^ »... Ces surérogations du x^, du xi^ siècles,

1. lOTSALD. Vita Odilonis, ii, 13 : « Hac igitur occasionc | sanctiis Paler générale propositum per omnia monasteria sua ■ conslituit, ut sicut in capite kalendarum novembrium festivitas agitur omnium sanctorum, itaetiam insequenti die memoria generaliter ageretur pro requie omnium fidelium animarum, privatim et publiée missae cum psalmis et eleemosynis celcbrarenlur. » — Cf. Udalhig. Consiietud. cluniacen. i, 42,

2. La récitalion des quinze psaumes graduels chaque jour avant l'ofïîce de matines est un usage que M. Bishop, p. xv, ;: fait remonter à saint Benoît d'Aniane, sur la foi d'un texte de Ardo, Vita S. Bcnedicti Anianen. 52 (P. L. GUI, 378).

A Benoît d'Aniane encore, M. Bishop, p. xix, fait remonter la récitation des psaumes pénitenticls {psalmi spéciales) à l'issue de prime, sur la foi de la 15* résolution du concile d'Aix-la- Chapelle de 817 (Heurgott, p. 29). — Quoi qu'il en soit de ce second point, il est sûr que la récitation des psaumes graduels et pénitent iels chaque jour était un usage établi au x" siècl(! (témoin la Concordia regularum bénédictine, citée par Bishop. p. XXII, et DuNSTAN. De regimin'e monach. 1 {[P. L. GXXXVIII, 480 et 481]), et qu'au siècle suivant, il est dans la vie monastique répandu partout (Lejay, p. 126-127). On y surajoutait après chaque heure de l'office deux ou trois psaumes, psalmi f'amiliares, à l'intention des bienfaiteurs du monastère (Dunstan. ibid. Bishop, p. xxi). Il y eut aussi, en concurrence ave( l'office des défunts et de l'office de la Vierge, un office de

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compriment l'office traditiomiel, le déséquilibrent. Les monastères les plus réguliers aspirent à une réforme ^ Mais ces surérogations sont, la plupart du temps, le prix des fondations dont vit le monastère : ces prières sont comme des hypothèques. Il faudra attendre les ordres mendiants pour avoir une réforme de la prière.

Nous touchons à l'évolution liturgique qui se produit à Rome au xiii^ siècle et qui va donner naissance au « Bréviaire » de la cour romaine. En d'autres termes, nous avons à raconter comment s'est formé le « Bréviaire » de cet office moderne que nous venons

tous les saillis, un office de la Croix, un office de la Trinité un office du Saint-Esprit [Id. p. xxv).

1. Vita S. Bcrnardi ahh. Tironensis, 61-62 {Acta SS. apri- Us, t. II, p. 237) : « Non habenlibus illis iindo viverent nisi laborc maimum acquirerent, ipsa nécessitas insistere laboribus imperabat, ac multiplex prolixitas familiarium psalmorum, quos tune temporis dicebant, eos magna parte diei ab operis studio detinebat. » Les moines se plaignant, Bernard leur répond : « Psalmos quidera, qui per omnia fere monasteria ex more decantantur, nisi Dominus aliquid revelet, vereor omiltere. » Or, dans la huitaine, il arriva que personne ne se réveilla dans le monastère, sinon après le lever du jour, si bien que ce jour-là, les moines se trouvèrent avoir à chanter jusqu'à plus de midi. « Quae soporis oppressio rêvera fuit relinquendi siipradictos psalmos divinitus missa revelatio .. Domnus autem Bernardus ab illo tempore hos psalmos dicere praetermisit, et discipulis suis ut ab illis deinceps quiescerent imperavit, dixitque se pro certo scire quod Deus malebat illos laborando sibi victura acquirere, quam tam multiplicibus psalmodiis insistere. » — Saint Bernard, abbé de Tiron, est mort en 1117.

de décrire, et comment ce « Bréviaire » a été adopté par la curie.

La récitation quotidienne de l'office divin exigeait que les clercs, qui maintenant y étaient individuellement astreints , en possédassent le texte ; et ce texte constituait une immense écriture. La psalmodie proprement dite requérait un psautier; les antiennes, un antiphonaire ; les répons, un responsoral: les leçons, une bible, un homiliaire, un passionnaire; ajoutons-y un collectaire ou recueil d'oraisons, un hymnaire, un martyrologe. Tel de ces livres pouvait être en plusieurs tomes ' . Je veux que des monastères, que des chapitres n'aient point de peine à acquérir et à entretenir un si volumineux et si coûteux ensemble. Mais les humbles prieurés, mais les paroisses rurales, mais les clercs pauvres? Il y a surtout nécessité, du moment où l'oflice divin devient un devoir commun à tous, d'en rendre la récitation plus aisée à chacun. De là une série d'essais de codification, d'oii sortira un jour le « Bréviaire ».

1. Ahyto. Capitulare, 6 {P. L. CV, 703) : « ... Quae ipsis sacerdotibiis necessaria sunt ad discendum, id est sacramontariiim, lectionarium, antiphonarium, baptisteriiim, compiitus, canon paenitentialis, psalterium, homiliae per circulum anni dominicis dicbus et singnlis festivitatibus aptae. » Cf. Beleth. Ratlonalc, 60. — Voyez dans Ehrensberger, p. 92, la description d'un passionnaire, Vatican, lat. 5696 (xr-xii" siècle) qui appartenait à la basilique romaine de Sainte-Marie ad Martyre >^ (le Panthéon). Ibid. p. 143, d'un lectionnaire, copié par « Adinolfus presbyter et monachus », pour le monastère de Saint- Grégoire au Gaelius, Vatican, lat. 1274 (x" siècle). Ibid. p. 144, d'un lectionnaire qui a appartenu à ce même monastère de Saint-Grégoire, Vatican, lat. 1189 (x*-xr siècle).

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Quand on parcourt les catalogues anciens de bibliothèques, on constate l'apparition, au xi^ siècle, d'une catégorie nouvelle dans la bibliographie liturgique. Les antiphonarii, tels qu'on les rencontrait à Rome au VIII*' siècle, ont disparu : mais il est question fréquemment de libri nocturnales ou libin matutinales . Ces recueils sont généralement en trois volumes, et la plupart sans note {ahsqae cantu). Ils renferment les leçons, tant du temporal que du sanctoral, pour toute l'année. Chaque leçon est accompagnée de son répons. Aux leçons et répons s'ajoutent quelquefois les antiennes et les psaumes. Et enfin à cet ensemble on trouve joint, non seulement le collectaire, mais tout ce qui concerne, non plus seulement l'office nocturne (matines et laudes), mais encore les petites heures et les vêpres. On a alors des recueils liturgiques répondant à la description suivante : Libri nocturnales absqiie cantu, primus ab ad{>entu Domini usque ad pascJuij secundus a pascha usque ad adventum Domini, tertius de sanctis per anni circulum, cum psalterio et ymnario officiali^ .

Ces sortes de recueils liturgiques sont nombreux encore dans nos collections de manuscrits : ils sont généralement du xi% du xii^ siècle, même du xiii^^.

1. G. Becker, Calalo^i bibliothecanim antiqui {Bonw 1885), |»|). 172, 234, 252, 270.

2. A la mémo époque, ime évolution pareille se produit pour l(^s livres de la messe, et on voit apparaître le « missale plénum ». A. Ebner, Quellen und Forschiingen zur Geschichte und Kiinstgeschichte des Missale Romanum im Miltelalter (Freiburg 1896), p. 359-363 : « Die Entwicklung des Sacramentars zum Vollmissale. »

Mais ils ne laissent pas d'être fort volumineux encore, puisqu'ils donnent le texte intégral de l'office canonique ^ Ce sont éminemment des livres de chœur. Il fallait autre chose pour l'office récité privément, il fallait en arriver à un petit livre capable d'être porté à la ceinture par un anneau. Du « liber' nocturnalis pleniter scriptiis » ^ on éliminera d'abord tout ce qui est notation de chant. Il suffira même de transcrire les premiers mots de chaque antienne, de chaque verset, de chaque répons, l'usage étant censé en avoir appris au clerc le texte intégral. On aura ainsi, à côté des gros « libri nocturnales » du chœur, de petits livres, qui seront des abrégés, des « epitomata swe hrenaria », comme dit un catalogue de la fin du xi^ siècle '^

1. Voyez Biblioth. Nat. 796, un manuscrit de ce genre (il ne renferme que le propre du temps), xir siècle, à l'usage peutêtre de Saint-Victor, à Paris.

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