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Martene, Thésaurus novus anecdotorum, t. IV, p

ce mouvement de transformation. Le pape et les clercs de la curie récitaient l'office quotidien privément. En outre, les déplacements et voyages du pape et de sa cour étaient perpétuels. La chapelle du pape ne pouvait donc s'astreindre à l'office canonique du chœur. Un liturgiste de la seconde moitié du xiv*" siècle, très instruit et très épris des choses romaines, Raoul de Rivo, prévôt de Tongres au diocèse de Liège (♦j- 1403), nous édifie sur l'usage propre de la chapelle pontificale. Autrefois, écrit-il, quand les pontifes romains résidaient au Latran, on observait dans leur chapelle l'office romain; mais on l'observait moins complètement que dans les églises collégiales de la ville de Rome. Les clercs de la chapelle du pape, soit d'eux-mêmes, soit sur l'ordre du pontife, abrégeaient toujours l'office romain, et souvent le modifiaient suivant les convenances du seigneur pape et des cardinaux^. Ce témoignage est très instructif, mais j'ai peur que Raoul de Tongres n'ait joué sur les mots hreviarium et hreviare. On fera prudemment de retenir de son témoignage seulement ceci : dès avant que les papes eussent quitté Rome pour Avignon, la

1. Radulph. De canonum observanUa, 22 : « Naiii uliin. quando Romani Ponlifices apud Lateranum residebant, in oorum capella servabatur romannm offîcium non lia comi)l(lc sicut in aliis Urbis ecclcsiis collegiatis. Immo clerici capol lares, sive de mandate Papae, sive ex se, officimn romannm semper breviabant et saepe alterabant, prout Domino Papjuî et Gardinalibus congruebat observandum. Et huius offîcii oi dinarium vidi Romae a tempore Innocenli III recollectum. » Nous citons Raoul de T. d'après Hittorp, De cath. Eccl. div. officiis (Cologne 1568) et la Max. hibl. vet. Patriim, t. XXVI (Lyon 1677).

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curie avait un office différent de celui des églises de la ville de Rome, différent quant à l'étendue et quant aux rubriques \

Raoul de Tongres va préciser l'origine de cet usage de la curie et son témoignage ici n'est plus une induction reposant sur un jeu de mots, mais un fait : car, écrit Raoul de Tongres, « j'ai vu à Rome un ordinaire de cet office [palatin] compilé du temps d'Innocent III » (1198-1216). Raoul a beaucoup consulté à Rome même et compulsé les livres d'office des églises (Romae plura ex diversis ecclesiis et libris scriptitaçi), et son témoignage est formel : « Huius ofpcii ordinarium vidi Romae a tempore Innocenta III j^ecollectum ». De plus, ce témoignage est confirmé par plusieurs indices : on trouve, en effet, la trace de rubriques, et non des moindres, qui portent le nom d'Innocent III, et qui paraissent se rattacher à une organisation générale de l'office. Ainsi l''introduction de l'ollice quotidien de la Vierge et des défunts dans l'office canonique est rapporté à Innocent III ; de même les rubriques concernant la récitation des psaumes pénitentiels et des psaumes graduels en carême^.

^^^Bl. Hauuli'H. 22 : « Aliae nationes orbis romani libros et ^^^Kîcia sua habent e directe ab ipsis ecclesiis romanis, et non l^^fcapella papae, sicut ex libris et tractatibus Amalarii, Walafridi, Micrologi, Gemmaeetceterorumde offîcio divino scribentium colligitur evidenter, His praemissis vidcamus an dicti Fratres qui singularem usum cum régula servant singulari, an ceterae nationes et religiosi magis appropinqucnt in divino olïîcio ad ordinem sanctae romanae Ecclesiae. »

2. Radulph. 15, 21, 22. -*» Le couvent de Saint-Damien, près d'Assise, possède un ms. du Bréviaire, qu'on dit avoir olé celui de sainte Claire. Il a été écrit en 1227. Ce n'est pas

On est en droit d'affirmer qu'Innocent III régla la récitation de l'office pour la curie, et d'espérer que l'on retrouvera peut-être un jour quelque manuscrit de cette première édition du Bréviaire pontifical.

On peut même circonscrire le temps où s'est fixé cet ordinaire nouveau de l'office. Nous avons une bulle dlnnocent III datée du 25 mai 1205 : Baudoin, fait empereur de Constantinople le 9 mai 1204, a écrit au pape pour lui demander « des missels, des bréviaires et les autres livres qui renferment l'office ecclésiastique selon l'institution de la sainte Église romaine : postulavit missalla, hreviaria caeterosque libros, in quibus officium ecclesiasticuin secundum instituta sanctae romanae Ecclesiae continetur, saltem pro exemplaribus, ad partes illas faceremus transmitti ». Et le pape se met en quête auprès des évêques de France, pour que l'on veuille bien procurer à l'empereur les livres qu'il demande, « et orientalis Ecclesia in dinnis laudibiis ab occidentali non dissonet ^ ».

proprement un Bréviaire, car il renferme aussi des messes. Mais on y trouve en maint endroit la trace de l'activité liturgique d'Innocent III. On lit en tête : « Incipit ordo et offitium breviarii romane ecclesia curie quem consuevimus observare tempore Innoccntii tercii pape et aliorum pontificum. » Voyez A. Gholat, Le Bréviaire de sainte Claire (Paris 1904), p. 44. Plusieurs rubriques sont présentées comme de> règles édictées par Innocent III, « et hoc secundum precoptum Innocentii pape ». Op. cit. p. 57-59. Toutefois ce ms. intéressant à bien des titres ne nous donne pas un véritable exemplaire du Bréviaire d'Innocent III.

1. POTTHAST, n° 2512 (P. L. GCXV, 637) : « ... Memoralos quoque libros, quibus non solum abundare sed superabundare vos novimus, ad partes illas, saltem pro exemplaribus.

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S'il y avait eu à Rome, en 1205, un ordinaire romain de récente promulgation, Innocent III aurait-il recouru aux évoques de France pour fournir à Baudoin des livres d'office « secuiidum instituta sanctae romanae Ecclesiae » ?

On peut de là conjecturer que l'ordinaire d'Innocent III est postérieur à 1205. Ne serait-il même point postérieur à 1210? Nous allons voir que cette conjecture n'est pas sans fondement ^ .

iiiitterc procurelis. » — La Bibliothèque Nationale possède quatre bréviaires (ce ne sont pas des bréviaires romains, mais ù l'usage de Paris), qui ont appartenu tous quatre aux « maîtres pauvres de Sorbonne étudiant dans la faculté de théologie » : le 15613 (xiir); le 16304 (xiir); le 16307 (xiir); le 16308 (xiir). Le premier est estimé « precium X libre » (xiv) ; le second, « pretii XXX solidorum » (xiii*) ; le troisième, « precii XL solidorum » (xiv*) ; le quatrième, « pretii XXX solidorum » (xiv«).^

1. Par induction j'étais arrivé à placer entre 1210 et 1216 l'ordinaire d'Innocent III. Salimbene paraît le placer en 1215. Voici le curieux texte de SaUmbene : « Anno Domini mgcxv. Iiinocentius papa tertius apud Lateranum sollemne concilium fclebravit. Hic etiam ofïîcium ecclesiasticum in melius correxit fl ordinavit et de suo addidit et de alieno dempsit; nec adhuc est bcno ordinatum secundum appetitum multorum el etiam secundum rei veritatem, quia multa sunt superflua, que magis tedium quam devolionem faciunt tum audientibus quam dicentibus illud, ut prima dominicalis, quando sacerdotes debent dicere missas suas et populus eas expectat nec, est qui celebret, occupatus in prima. Item dicere xviii psalmos in dominicali et nocturnali officio ante Te Deum laiidamiis; et ita aestivo tempore, quando pulices molestant, et noctes sunt brèves et calor intensus, ut yemali, nonnisi tedium provocat. Sunt adhuc multa in ecclesiastico otfitio que possent mutari in melius. Et dignum esset, quia plena sunt ruditatibus, quam vis non cognoscantur ab omnibus. « Fr. Salimb. Chronica (éd. des M. G. 1905), p. 31.

HISTOrUE DU BUÉVIAinE ROMAIN. 16

L'ordinaire d'Innocent III aurait pu rester propre à la chapelle papale et ne pas sortir du palais de Latran : il allait au contraire être propagé avec une étonnante rapidité dans la chrétienté latine. Cette propagation fut l'œuvre, non point des papes (au début du moins), mais des enfants de saint François. Raoul de Tongres nous apprend, en effet, que l'office abrégé des clercs palatins fut adopté par les Frères Mineurs : « Huius officii ordinariam vidi Romae a tempore Innocenta III recollectuiHy.. et illud officium brenatum secuti sunt Fratres Minores ». Mais nous le savons mieux encore par la règle franciscaine ^ La seconde règle (1210-1221) prescrit aux clercs de l'ordre de faire l'office selon la coutume des clercs, et d'avoir à cet effet les livres nécessaires^. Il n'est parlé là ni de l'ordinaire de Rome, ni de bréviaires. Dans la troisième règle (1223), au contraire, il est prescrit aux clercs de l'ordre de faire l'office

1. P. UnALD, Les opuscules de S. François d'Assise (Paris ': 1905), p. 14-16. Le texte de la première (1209) des trois règles , est perdu. Cf. Bonavent. Vita S. Francisci, 41 (Ac/a sanct. | octobr. l. II, p. 751) : « Vacabanl ibidem divinis precibns incessanter, mentaliter potins quem vocaliter, studio intendentes oralionis devotae, pro eo quod nondum ecclesiasticos libros habebant in quibus possont horas canonicas decantare. »

2. Wadding. Annales Minorum (édit. de Rome 1731), t. I, p. 68: « Glerici faciant ofïicium et dicant pro vivis et pro mortuis secundum consuetudinem clericorum... Et libros necessarios ad implendum eorum ofTicium possint habere. » La rèirb' ajoute que pour les manquements et les négligences, lo Mineurs doivent dire chaque jour le Miserere et le Pater; pour les défunts, le De profundis et le Pater. On, conclura de là que la règle supprime la récitation quotidienne des psaumes pénitentiels et de Foffice des morts.

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selon l'ordinaire de la sainte Eglise romaine, à condition de rester fidèle au texte du psautier « gallican » en usage partout, sauf à Rome; les Mineurs pourront posséder à cet effet des bréviaires dudit office ^ En d'autres termes, il existe en 1223 des bréviaires de l'office divin selon l'ordre de la sainte Eglise romaine, et ces livres nouveaux sont adoptés par la famille franciscaine. Raoul de Tongres écrira : « Et illud officium brenatum secuti sunt Fratres Minores, inde est quod hreviaria eormn et lihros officii intitulant secundum consuetudineni romanae Curiae » -.

Mais ce Bréviaire de la cour romaine ne fut pas adopté tel qu'il était du temps d'Innocent III : les Mineurs le corrigèrent à leur usage, et les modifications introduites par eux constituèrent une véritable seconde édition du Bréviaire de la curie, édition approuvée parle pape Grégoire IX, en 1241, et qui était l'œuvre du général des Mineurs, Aimon : « Brena^ rium a fratre Aymone sanctae recordationis^ praedecessore meo, pio correctum studio, et per sedem apostolicam confirmatum, et approhatam postea per

1. Wadding. t. II, p, 65 : « Glerici facianl divinnni ofriciuiii sGciiiidiim orclinom sanctae romanae Ecclesiae, exceplo psalterio, ex quo habcre poternnt breviaria. « Gf la bulle d'Innocent IV, du 14 novembre 1245 (Potthast, 11962; Waddinct, t. III, p. 129). Ubald, p. 84 et 250, traduit ex quo par « dès que », entendant par là que les Bréviaires coûtent cher et ne s'acquièrent pas facilement.

2. Radulph. 22. Il faut noter que les Mineurs ne chantent pas l'office, mais le récitent. Gela est expressément marqué pour les Clarisses. Ubald, p. 250.

capitulum générale » ^ Ainsi s'exprime Jean de Parme, en 1249, dans une lettre circulaire où il enjoint aux Mineurs de se servir du bréviaire d'Aimon et de Grégoire IX, et de n'y rien changer, soit dans la note, soit dans la lettre, soit dans les hymnes, soit dans les antiennes, soit dans les leçons. Pour ce qui est des fêtes locales de saints, les Mineurs, par déférence pour l'usage du lieu où ils résident, devront les célébrer; mais ces fêtes locales, si solennelles soient-elles dans le pays, ne dépasseront jamais pour les Mineurs le rite semi-double ; elles n'auront pas d'office propre, mais n'auront droit qu'à l'office du commun des saints, et rien n'en devra figurer dans les livres des Mineurs, exception faite pour l'office nouveau de saint Antoine de Padoue, « quousque de ipso melius ordinetur » ^.

1. Wadding. t. III, p. 299. Nous avons cité plus haut la bulle de Grégoire IX (Potthast, n° 11028).

2. Wadding. Annales Minonim, t. III, p. 208-209, donne le texte de la lettre de Jean de Parme, a. 1249, aux Mineurs de Toscane : « Quia, sicut indubitanter cognovi, nonnulli Fratrum offîcium divinum, quod de régula nostra secundum ordinom sanctae romanae Ecclesiae celobrare debemiis, in littera mutare interdum, sed et in cantu maxime variare praesumunt..., districte duxi praesentibus iniungendum quod, praeter id solum quod ordinarium missalis et brcviarium a fratre Aymone sanctae recordationis praedecessore meo pio correctum studio, et per Sedem Apostolicam confirmatum et approbatum postea nihilominus per générale Capitulum, noscitur continere, ut nihil omnino in cantu vel littera sub alicuius festi sèu devotionis oblentu, in hymnis, scu responsoriis, vel antiphonis, seu prosis, aut lectionibus, vel aliis quibuslibet, — beatae virginis antiphonis, videlicet Reglna coeli. Aima redemptoris, Ave regina coelorum et Salve regina, quae post completorium diversis cantantur teraporibus, et ofTicio beati

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Voilà donc une sorte de seconde édition du Bréviaire de la cour romaine, une édition à l'usage des Mineurs, une édition dont les Mineurs vont faire en quelques années l'universelle popularité et que bientôt la cour elle-même adoptera pour son usage ^ .

L'adoption par la curie du Bréviaire des Mineurs prit place entre le pontificat de Grégoire IX (1227- 1241) et celui de Nicolas III (1277-1280), mais on n'en

Antonii [canonisé en 1232] quousqiie de ipso melius ordinelur, tantum exceptis, — in choro cantari vel legi, nisi forte aliciibi compellat libroriim nostrorum defecius, aut in libris ordinis illa scribi, antequam per Gapitulum Générale recepta fuerint, raodo aliqiio permittatis. »

La lettre ajoute plus loin : « ... Natalitia vero sanctorum specialia iuxta ordinarii traditionem, secundum regiones diversas diversimodo celebranda, iuxta morem et breviarium hostrum sanctorum commune tantummodo faciatis,... ita tamen quod solemnitatem et modum semiduplicis ofTicii nostri apud nos festa huiusmodi non excédant, quantumcumque ab aliis solemnia iudicentur... »

l. Il y a tFace de retouches apportées en 1260 au Bréviaire d'Aimon. Voyez Wadding. Annales Minorum, t. IV, p. 129, ad ann. 1260 : « Actum etiam in eodem Gapitulo [= à Narbonne] de ritibus, et cultu variorum sanctorum. Ordinatum est ut fieret ofTicium duplex deinceps de sanctissima Trinitate in octava Pentecostes. Secundo, quod de quatuor praecipuis Ecclesiae doctoribus Augustino, Hieronymo, Ambrosio, Gregorio, fieret semiduplex. Tertio, de sancto Bernardo fieret festum die suo, videlicet XIII kalend. seplembris. Quarto, de sancta Glara fieret officium duplex... Quinto, quod antiphonae consuotae sanctae Mariae Virginis dicerentur post complelorium, excepte dumtaxat triduo ante Pascha Resurrectionis... » P. 128 : « Praeterea iussum est, ut libri omnes rituales corrigerentur ad exemplaria illorum, qui correcti erant ex Pontificis et Ordinis praescripto per Haymonem Anglicum, olim Ministrum Generalem, quos etiam Ordinarium Romanum admisit... »

a pas relevé trace jusqu'à présent dans les registres pontificaux. Raoul de Tongres nous apprend seulement que Nicolas III « fit supprimer dans les églises de Rome tous les antiphonaires et autres livres de l'ancien office, et ordonna que désormais les églises de Rome se servissent des livres et bréviaires des Mineurs, dont il confirma lui aussi la règle ». Et c'est pourquoi, ajoute Raoul, a aujourd'hui à Rome tous les livres sont nouveaux et franciscains ^ ». Ainsi par Nicolas III, un franciscain, le grand office romain, celui du temps de Charlemagne et d'Hadrien, était supprimé dans les basiliques romaines qui lui étaient restées fidèles jusque-là, et Nicolas III substituait à cet ancien office le Bréviaire ou somme de l'office modernisé, tel que les Mineurs l'observaient depuis Gré- goire IX.

Le Bréviaire palatin d'Innocent III est devenu le ' Bréviaire des Mineurs. Avec Nicolas III le Bréviaire

1. Radulph. 22 : « Nicolaus papa III, nationo romanus de génère Ursinorum, qui coopit anno 1277 et palatium apud S. Petrum construxit, fecit in ecclesiis urbis amoveri... libros officii antiques..., et mandavit ut de caeterd ecclesiae urbis uterentur... breviariis Fratrum Minorum, quorum regulam etiam confirmavit. Unde hodie in Roma omnes libri sunt novi et franciscani. » — Cette afïirmation de Raoul de Tongres ne doit pas être prise trop strictement au pied de la lettre, car, cent ans après Nicolas III, le pape Grégoire XI (1370-1378)1 imposait l'office du Bréviaire à la basilique du Latran, qui, jusque-là, avait résisté à l'innovation : « Ut membra capitii se conforment, praesenti institutione decernimus, quod tamf nocturnum quam diurnum in Lateranensi ecclesia cum nota dicatur iuxta rubricam, ordinem, sive morem sanctae romanno Ecclesiae, seu capellae domini nostri Papae. » Constitution es lateranenses, 1, dans Mabillon, Mus. italicum, t. II, p. 577.

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des Mineurs devient le Bréviaire de l'Eglise romaine, et il n'y aura désormais plus d'autre office romain que selon cette forme nouvelle. En 1337, le Saint- Siège étant fixé à Avignon, Benoît Xll supprime les vieux livres tant des clercs que des églises d'Avignon, pour leur imposer le Bréviaire de la curie. Benoît XII traite fort durement les vieux livres d'office, il les qualifie de « pristinis i>eterum codicum rudimentis » : il loue au contraire les nouveaux d'être « convenientes et aptos » ^ .

Qui voudrait savoir quels sont ces livres conformes à l'usage de la curie et de l'Eglise romaine n'aurait qu'à jeter les yeux sur les anciens catalogues de la bibliothèque des papes avignonnais : il n'y trouverait plus les livres qui servaient jadis à l'office divin, libri responsales, libri noctiumales, etc., mais, en foule, des livres qui s'intitulent Breviarium ad usum romanurriy Brenarium de caméra, Breviarium pro caméra'^. La révolution liturgique, qui substituait le

1. Martene, Thésaurus novus anecdotorum, t. IV, p. 558 : « Ordinamus atque constituimus quod amodo imiversi et singuli clerici ac personae ecclesiasticae praedictae civitatis et dioecesis a consuetis offîciis liberi et immunes existant, et pristinis veterum codicum rudimentis omissis,... offîcium divinum diurnum pariter et nocturnum dicere valeant iuxta ordinem, morem sou statutum, quo Ecclesia utitur et curia romana supradicta... Statuimus ut in universis et singulis ecclesiis eiusdem civitatis et dioecesis, quarum libri ex antiquitatis incommodo renovationis vel reparationis remedio indigent, illi ad quos pertinet emant seu fieri faciant libros convenientes et aptos, qui dictae Ecclesiae et curiae romanae usui congruant opportuno. «

2. F. Ehrle, Historia hibliothecae romanorum pontificum (Ronie 1890), t. I, pp. 200, 214, 404, 547, etc.

Bréviaire de la cour romaine au vieil oj^do psallendi de Saint-Pierre, était un fait accompli. Nous avons à décrire ce Bréviaire ^

Le Bréviaire de la curie ^ se décompose en cinq parties : le calendrier, le psautier, le temporal, le propre des saints, le commun des saints.

Le calendrier est généralement en tête du manuscrit. Le psautier vient immédiatement après le calendrier. Il arrive quelquefois que le psautier soit intercalé au milieu du volume, entre le propre du

1, Pour la description du Bréviaire romain des Mineurs et de la curie, j'ai consulté un grand nombre de Bréviaires manuscrits. M. Léopold Delisle avait bien voulu me communiquer l'inventaire descriptif par lui dressé des Bréviaires que possède la Bibliothèque Nationale. Mes observations ont porté particulièrement sur les mss. suivants : — Bibliothèque Nationale 1049 (xv% après 1458); 1314 (fin xv«); 1262 (xv% Rodez); 1289 (fin xv); 1290 (xv); 13244 (xv^; 1260 {a. 1458, Rodez); 1323G (xv% Rodez) ; 16309 (xiv% Saintes) ; 1058 (fin xv% Sarlat) ; 1288 (fin xiv% Rouen) ; 756 {a. 1406, Florence) ; 760 (xv% Milan) ; 1045 (xiv*"); 1064 (comm. xv% espag.iol); 1282 (xiV, espagnol); 17993 (xiv% italien); 1280 (xiv''-xv% italien); 1281 (xiv*'-xv% italien); 1044 (xv% allemand); 10481 (vers 1340); 9423 (xiv^). Cf. H. Ehrensberger, Bihliotheca liturgica manuscripta (Karlsruhe 1889), p. 22^30, inventaire descriptif des Bréviaires mss. de la bibliothèque de Karlsruhe. Ehrensberger encore, Librl liturgici, p. 190-308, inventaire descriptif des Bréviaires mss. de la Bibliothèque Vaticane. A signaler les Vatican, lai. 601 'i {a. 1474); 6069 (a. 1318): 7692 {a. 1462); Ottohoni. 511 [a. 1471) et 545 (a. 1465). — On consultera l'important travail de 0. Mercati, Appunti per la storia ciel Breviario romano net secoli XIV-XV, tratti dalle Ruhricae Novae (Rome 1903), tirage à part de la Rassegna gregoriana de 1903.

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temps et le propre des saints. D'ordinaire, le psautier ne porte pas de titre; quelquefois, cependant, on lui en donne un, comme Incipit psalmista cum iiwitatoriis et ymnis, ou Incipit psalterium ordinatum, ou même Incipit psalterium secundum morem romane Curie. Voici pour la première fois les hymnes introduits dans l'office romain ^ . Les psaumes et les « cantiques )) sont présentés dans l'ordre où ils servent à l'office dominical et férial, et l'on y intercale, à leur place respective, le Te deum, le Quicunque^ les hymnes, invitatoires, antiennes, versets, capitules de l'office dominical et férial, tant à matines, laudes et vêpres^, qu'aux petites heures. Les hymnes du propre du temps et des saints sont placés en tête ou à la fin du psautier.

Le texte du psautier est pour les Mineurs le texte de la version dite gallicane : à Rome, au moins pour les basiliques, le texte de la version dite romaine se maintient dans l'usage liturgique jusqu'à la fin du xv** siècle^.

11. Les hymnes sont mentionnés, au moins aux petites heures i temps de Grégoire X (1271-1276), sans I'OrfZoroma/iH5 XIII, 2. Radulph. 10 : « In festivitatibus qiioque ad secundas vespes, Fratrum Minorum usus ponit psalmos dominicales, ultimo cundum festivitatem mutato. Gallici vero in maioribus festitatibus per psalmos Laudate solemnizant. Sed Alemanni ubi possunt se tenent ad feriales. » Cette observation de Raoul vaut pour la fin du xiv" siècle. En fait, l'usage de solenniser les secondes vêpres s'introduit à Rome au xiir siècle. Sous Grégoire X (1271-1276) les secondes vêpres sont un usage attesté pour la liturgie papale par YOrdo romanus XIII, 25, 3. ToMASi (t. II, praef.) cite un psautier écrit en 1480 pour

Le propre du temps est la partie qui donne son nom à l'ensemble du livre : Incipit ordo Breviarii secundum consuetudinem romane Curie, ou Incipit Breviarium Fratrum Minorum secundum consuetudinem romane Curie (pas avant le xv*^ siècle), ou même Incipit Breviarium secundum consuetudinem romane Ecclesie.

Le temporal contient l'office propre du temps depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'au dernier dimanche après la Pentecôte : antiennes, leçons, répons, oraisons. Les leçons scripturaires du temporal sont distribuées selon l'ordre traditionnel, mais elles sont chacune à peine de quelques lignes. Les sermons ou les homélies ne sont guère plus longs ^. Ils sont empruntés de préférence aux docteurs de l'Église, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, joignons-y saint Léon et saint Jean Chrysostome. Pas de nom plus moderne que saint Grégoire^.

Une nouveauté importante caractérise le temporal du Bréviaire de la curie, l'introduction de la fête de la Trinité et de la fête du Corpus Christi.

lo chapitre de Sainte-Marie-Majeure : le texte est celui du I»sautier romain « secundum consuetudinem clericorum romanae urbis eiusque districtus ».

1. Radulph. 22 : « Aliae nationes... et Lateranensis <l aliae romanae ecclesiae habent sermones et homilias intégras passionesque sanctorum... Sed Fratres Minores causa brevitatis capellam sequendo hoc alteraverunt. »

2. M. Gholat, op. cit., p. 59-61, signale dans le « Bréviaire de sainte Glaire » des sermons d'Innocent III : il y voit une trace du remaniement liturgique opéré par Innocent III.

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L'oilice de la Trinité [Gloina tihi Trinitas aequalis) manquait certainement au Bréviaire d'Innocent III et à celui de Grégoire IX; il a été introduit dans Toffice des Mineurs par leur chapitre de Narbonne, en 1260, mais Ton trouve encore au commencement du xiV siècle des Bréviaires manuscrits qui ne l'ont pas. « Romani nunquam de Trinitate célébrant festum, » dit Durand en 1286^ , tandis que, sur la fin du XI v'' siècle, Raoul de Tongres écrit : « Hodiernis temporibus Romae et in curia romana solemnis habetur festivitas sanctae Trinitatis » ^.

L'office du Corpus Christi (Sacerdos in aeternum) , œuvre de saint Thomas d'Aquin, manque à certains Bréviaires du commencement du xiv^ siècle : la fête, inaugurée à Liège, en 1246, confirmée, à la suite du miracle de Bolsène, par Urbain IV (1264), négligée vers la fin du xiii*^ siècle, fut remise en honneur par Clément V (1311) et par Jean XXII (1316) 3. A ces deux

1. Durand. Rationale, vi, 114, 7. Deux offices de la Trinité, 'un (Gloria tibi Trinitas), qui a passé dans le Bréviaire actuel, mvre d'Etienne de Liège, s'il faut en croire Durand (vi, 114, 6), î'est-à-dire remontant au x^ siècle; — l'autre (Sedenti super lolium), œuvre de Jean de Peckham (f 1292). Baeumer, Geichichte, p. 362-363. (Cette indication de Baeumer ne se lit pas lans l'édition française.)

2. Radulph. 16. Il mentionne ibid. la fête du Corpus Christi.

3. Baronius, Annales, t. XXII, p. 140, reproduit l'essentiel ie la bulle d'institution d'Urbain IV. Sur l'office composé par saint Thomas, voyez sa vie par Guillaume de Tocco, 18 {Acta is. martii, 1. 1, p. 665) : « Scripsit officium de Gorpore Ghristi le mandalo Papae Urbani, in quo omnes quae de hoc sunt jacramento veteres figuras exposuit, et veritates quae de nova junt gratia, compilavit. » Urbain IV avait été jadis archidiacre

Ide Liège, avant de devenir évêque de Verdun et finalement

solennités près, le temporal, tout réduit et altéré qu'il est dans son lectionnaire, est le temporal de l'ancien office romain ' .

Le sanctoral porte en titre quelquefois : Incipit proprium sanctorum totius anni secundum usum romane Curie^ plus souvent : Incipiiint festwitates sanctorum per [totum) anni circulum. Le commun des saints porte en titre : Incipit commune sanctorum, ou Incipit commune sanctorum per [totum] anni circulum. Le commun des saints comprend l'office des apôtres, des évangélistes, d'un et plusieurs martyrs, des confesseurs pontifes et non pontifes, des vierges martyres et non martyres, des non vierges, auxquels s'ajoute l'office de la dédicace et l'office de la vierge Marie. L'office des morts est placé parfois à la fin du psautier, plus souvent à la fin du commun des saints, après l'office de la Vierge.

L'office sanctoral, soit commun, soit propre, compte neuf leçons : les fêtes sanctorales de trois leçons ont

pape. Il avait connu les révélations de la bienheureuse Jeanne de Mont-Gornillon à Liège même, révélations dont les premières remontent à 1208. — On sait que la bienheureuse Jeanne avait fait composer un office du saint Sacrement par un jeune clerc de Liège, frère Jean, qui était aussi innocent que peu lettré, nous dit la vie de la Bienheureuse. L'office fut fait tant bien que mal et quelque temps en usage. Actn ss. april. t. I, p. 460 et suiv. Dom Morin, « L'office cistercien pour la Fête-Dieu, comparé avec celui de Thomas d'Aquin ». Revue bénédictine, 1910, p. 236-246, montre que saint Thomas a emprunté plus qu'on ne croyait à cet ancien office cistercien. 1. Notons cependant que les anciennes vêpres pascales soni tombées en désuétude. Radulph. 16 : « Quas vesperas iideni Fratres maie alteraverunt. »

l'office moderne. 253

disparu de l'usage, et les saints n'ayant droit qu'à une commémoraison ne passent pas une demi-douzaine^. Des neuf leçons dont se composent les offices sanctoraux, les six premières sont empruntées à l'histoire du saint; les trois dernières sont généralement d'une homélie sur l'évangile de la messe.

Les leçons tirées de la vie des saints ont toujours été une pierre d'achoppement. J'ai trouvé, en marge d'exemplaires tardifs du Bréviaire, des annotations comme celles-ci aux légendes des saints : Neudquam.... Fabula..., Apocrypha..., Falsa narratio.... Fabula anilis..., Officium stolidum et ridiculum...\ ces notes marginales sont de clercs de la Renaissance. Bien avant la Renaissance, Raoul de Tongres reproche au Bréviaire des Mineurs d'avoir accueilli

1. VOi'do romaniis XV de Mabillon meniionne une décrélalc de Clément VI (1342-1352), qui règle que chaque saint a droit à sa fête, et donc que la fête est transférée en cas de concurrence : « Tenet haec rulDrica per extravagant em D. démentis Papae VI, qui ordinavit quod non fiât de sanctis ali- ^qua commemoralio nec in duplicibus, nec in semiduplicibus, h1 quodlibet festum habeat diem suum prout alii sancti labent. » Je cite le texte tiré des Rubricae novae. MERCAïr, 14. On lit à la suite : « Item prefatus ponlifex maximns îcrevit quod numquam fiât commemoralio alicuius fesli )rum qui cadunt in maioribus et principalioribus festivitaibus, sed huiusmodi commemoratio transferatur et suis locis temporibus fiant de eo IX lectiones sicut de aliis festis. Stiam festum quantumcumque simplex fuerit, nullo modo ranseat per commemorationem, sed post in suo ordine celeretur cum IX lectionibus et responsoriis prout fit in aliis îstis. » Cette décrétale de Clément VI soulevait des difficultés LUS nombre. Radulph. 17 : « Dicti Fratres extra usum antifcuum romanum in novem lectionibus valde abutuntur, et eorum msus non est sequendus, sed omnino detestandus. »

les apocryphes condamnés par le catalogue du pape Gélase, et des actes comme ceux de saint Georges, de sainte Barbe, de sainte Catherine, « œuvres apocryphes, méprisables, et remplies de récits incroyables w, sans parler de tant de passions insérées dans les éditions particulières et locales, reproduites sans discernement et qui ne sauraient être lues à l'othce sans péril ' .

Le calendrier sanctoral du xiii** siècle n'est pas aussi différent que l'on croirait du calendrier que donnait au xii^ siècle l'antiphonaire de Saint-Pierre. Certains noms que porte l'antiphonaire de Saint- Pierre ont été éliminés du calendrier de la curie, une quinzaine au totaP. D'autres s'y trouvent ajoutés comme saint Basile, saint Paul ermite, saint Ignace, saint Gilbert de Sempringham, saint Bernard, sainte Justine, saint Rémi, saint Hilarion, saint Léonard, saints Vital et Agricol, saint Brice, saint Pierre d'Alexandrie, sainte Lucie, saint Thomas de Cantorbery, et un groupe de papes anciens (saints Hygin, Marcellin, Félix, Silvère, Zéphirin, Pontien, Miltiade). L'accroissement est en tout d'une dizaine de fêtes, à peine, ceci au xiii'^ siècle.

L'on se tromperait à croire que le calendrier de l.i curie se soit beaucoup accru du xiii^ au xv^ siècle. Le xiii^ siècle lui a donné la fête de la Conception de la Vierge*^; les fêtes des Mineurs, saint François

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