ArEVALO, ap. ROSKOVANY, t. XI, p
2. J. W. Legg, Breviarium romanum a Fr. carcl. Qiiignonio editum et recognitum, iuxta editionem Venetiis A. D. 153.') impressam, Cambridge 1888. En réalité, l'édition princeps du premier Bréviaire de Quignonez a été imprimée à Rome, comme en témoigne le bref qui se lit en tête, adressé : « 1)1lectis filiis Thomasio et Benedicto luntae Antonio Blado et Antonio Salamanca Romae librorum impressoribus », leur concédant pour trois ans le monopole de l'impression du nouveau Bréviaire. Le bref est daté du 5 février 1535. (B. N., in-12, B 17667, Réserve^. La pièce que nous venons de citer est un fragment de l'édition romaine princeps, sinon même une bonne feuille. — Nous avons eu en outre à notre disposition un exemplaire parisien : Breviarium Romanum nuper reformatum^in quo sacre scripture libri prohateque sanctorum historié déganter beneque disposite leguntur. De licentia et facultate Sanctis. D. N. Pape Pauli tertij, ac D. N. Régis privilégia et inhibitione. Parisiis. A Joanne Paruo... A Galeoto Pratensi...
Les critiques que sollicitait Quignoncz ne lui manquèrent pas : la Sorbonne se signala par une censure motivée et fort sévère, dès le 27 juillet 1535 ^ « C'est pourquoi, poursuit Quignonez, ayant pesé les avis que beaucoup nous ont adressés, soit de vive voix, soit par écrit, nous avons ajouté, changé, revu, mais
Et ah Yolanda Bonhomme... 1536. (B. N. : 4° B 1594, Béserve). 1. RosKOVANY, t. VIII, p. 32-41, le texte de la censure de la Sorbonne d'après d'AiiGENTRÉ, Collectio iudiciorum (Paris 1729), t. II, p. 126. Cf. Richard Simon, Lettres choisies, t. I (Amsterdam 1730), p. 239-247 : « Du Bréviaire du Cardinal Quignon. » Simon s'exprime ainsi : « Groiez-moi, Monsieur, les fables dont le Bréviaire romain n'est pas encore [1685] tout à l'ait purgé, n'ont jamais été approuvées par les honnêtes gens de notre communion... Il semble que le Cardinal Quignon ail voulu remédier à ce mal dans son nouveau Bréviaire, lorsqu'il en a retranché la plupart des Vies fabuleuses. Mais cette réformation ne plut point aux docteurs de la Faculté de théologie de Paris. J'ai trouvé sur leurs Registres la critique qu'ils en firent en 1535, et qui y est sous le titre de Notae censiirariac sacrae Faciiltatis in sacrum Quignonis Breviariiim. Ils appuient leur critique sur des raisons qui ont quelque vraisemblance; et entre autres choses ils remarquent la différence de ce nouveau Bréviaire d'avec ceux qui sont en usage dans ^^ toutes les autres Eglises et même de celui de Rome. On n'y
Ioit point le petit ofllice de la Vierge, les Antiennes, les Résons, les Homélies, l'ordre et le nombre des Psaumes, de la lanière qu'on a do coutume de les lire dans l'Eglise, ni même ordre de lire l'Ecriture sainte dans l'ofTice de Matines. Tous es changements, disent ces sages Maîtres, sont contraires à ancienne pratique de l'Eglise et à la dévotion des Fidèles; n sorte que c'est une grande témérité à l'Auteur de ce Bréviaire d'avoir ôté tout cela... Je ne vous rapporte point les autres raisons qu'ils ajoutent pour montrer que la suppression de ce Livre était absolument nécessaire, parce qu'ils n'y eurent eux-mêmes aucun égard dans la suite. Peu d'années après on fil en France plusieurs éditions de ce même Bréviaire avec leur approbation. »
en retenant toujours la forme générale de notre Bréviaire. » Et le Bréviaire, dans son texte définitif, parut enfin.
Je lis au titre de mon exemplaire : Breviarium Romanum a Paulo Tertio j-ecens promulgatum, e.v sacra potissimum scriptara et prohatis sanctorum historiis constans. Ah authore denuo recognitum : et antiphoniSf homeliis, precibus, sanctorum commemorationibus, et aliis id genus additamentis muliifariam locupletatum : variisque modis immutatum, ut in prefatione luculentius explicatur^. Le bref de Paul III aux imprimeurs romains est daté du 3 juillet 1536.
Le cardinal Quignonez expose dans la préface de son Bréviaire les principes qui Font dirigé. On voit vite que le cardinal était dans l'illusion d'avoir ramené l'office divin à sa forme antique, essentielle. Par cette restitution, il avait entendu servir l'intérêt spirituel des clercs astreints à la récitation privée de l'office divin, leur rendre la prière plus accessible et plus attachante, pour que « a caducarum rerum cogitationibus subinde açocati^ contemplationi divinarum assuescant ». 11 avait voulu, dans une pensét
1. Parisiis. Apud lolandam Bonhomme, viduam Thielmaniu Keruer. M. 1). XXXVIII (Achevé d'imprimer, 6 février 15.'î8). — Mais les libraires réimpriment concurremment le vieux Bréviaire. Voyez, imprimé à Lyon par de Harsy (achevé 23 novembre 1538), Breviarium ad usum sacrosancte Romane ecclesie iuxtu Romani chori normam ahsolutissimum : in quo nihil eorum, que hacteniis vel addila, vel emendata sunt, omissum est. Sed et nuperrime adiectum est officium de Nominr ■lesu. M. D. XXXVIII.
qui n'était pas moins élevée, que les clercs trouvassent dans l'office divin un instrument de culture religieuse. Les clercs, dit- il, sont appelés, non seulement à prier, mais aussi à enseigner, et il convient qu'ils s'instruisent par la lecture quotidienne de l'Ecriture sainte et de l'histoire ecclésiastique. L'office divin a été réglé par les anciens Pères de façon à pourvoir parfaitement à cette double nécessité. Or qu'est-il arrivé par la négligence des hommes ? Les livres de l'Ecriture sainte sont à peine lus à l'office, leur place y étant réduite à presque rien, et remplacés qu'ils sont par des lectures qu'on ne saurait leur comparer ni pour l'utilité, ni pour la gravité. Des psaumes, destinés à être chantés au complet chaque semaine, il n'en est de service que quelques-uns et qui se répètent toute l'année. Les histoires des saints sont sans autorité et d'un style inculte. L'ordre de l'office est si compliqué que l'on en arrive à mettre autant de temps à chercher son olïice qu'à le réciter.
Donc, pour remédier à ces inconvénients, on a supprimé de l'office nouveau les versets, les capitules et les répons : le Bréviaire ne comprend plus que 1° les psaumes, 2° les antiennes, 3"" les leçons. On a maintenu les hymnes qui ont paru avoir le plus d'autorité et de gravité. Les psaumes ont été distribués de manière à ce que chaque semaine le psautier soit récité intégralement, mais chaque heure ne compte que trois psaumes, la longueur des uns étant compensée par la brièveté des autres, si bien que tous les offices ont une même étendue. Les leçonschaque jour sont au nombre de trois : la première
de l'Ancien Testament, la seconde du Nouveau, la troisième soit la légende du saint, si l'on célèbre ce jour-là une fête de saint, soit une homélie sur l'évangile du jour, si le jour a une messe propre au missel, soit enfin une leçon des Actes ou des Épîtres des apôtres aux fériés communes^.
La réaction qui amènera, quarante ans plus tard, la suppression du Bréviaire de Quignonez , ne doit pas nous rendre injustes pour l'œuvre originale et hardie de 1535. On a méconnu l'intention directrice du cardinal, qui était de ranimer dans le clergé le goût de la prière. On a oublié surtout que le cardinal laissait intact l'office du chœur, et que le nouveau Bréviaire était exclusivement réservé, dans sa pensée et
1. Richard Simon, p. 243 : « Le dessein de ce cardinal était principalement qu'on lût l'Ecriture sainte pendant toulo l'année, et le Psautier entier chaque semaine... Il avait même prévu une bonne partie des objections qu'on lui fit depuis : car il dit dans sa Préface qu'il a retranclié exprès les traits ou versets, les répons et autres choses semblables que le chant a introduites dans l'office. Il témoigne qu'en composai! I son ouvrage il a eu plus d'égard à l'instruction et à l'utilité dv ceux qui récitent le Bréviaire en particulier, qu'aux usages de ceux qui le chantent publiquement dans les Eglises. Et pour ce qui est du petit office de la Vierge, il avoue qu'il ne l'a point rais dans son Bréviaire, sans néanmoins avoir eu inlention de diminuer en rien le culte qui lui est dû; parce qu'il > reste encore assez d'endroits où l'on célèbre sa mémoire, et où on lui adresse des prières. Mais il ajoute en même temps une chose qui ne devait pas plaire aux zélez dévots de la Vierge. Et profecto quorumdam Psalmorum gravem plerisque repetitionem omitti non tam molestum esse Virgini matri credi par est, quant gratiim ilUid quod CAevici ad ipsiiis Filii Jesu Christi diurnum ciiUum commodissima et expedita ratione alliciantur. »
dans la pensée de Paul III, à la récitation privée. Mettons donc hors de cause les intentions du pieux cardinal.
Mais comment être indulgent au bouleversement opéré par lui du psautier, du lectionnaire, du calendrier? Car, après cela, que restait-il de l'office traditionnel? Ce sera la tentation de tous les réformateurs gallicans du Bréviaire, ce sera la tentation de Benoît XIV, de revenir sur ce point à l'inspiration de Quignonez : mais le vieil office défend ici ses œuvres vives. Nous voyons bien, dans le Bréviaire de Quignonez, les psaumes distribués dans un ordre pratique, cxpéditif, séduisant, mais pourquoi est-il tout nouveau? Plus d'expositions ou de sermons des saints Pères : à peine une homélie à la troisième leçon des fêtes temporales, concession de la seconde édition. Plus de distinction de rite entre les fêtes, chaque jour même degré de solennité. L'office sanctoral réduit à ne marquer plus que par l'invitatoire, l'hymne, la troisième leçon et la collecte. En revanche, l'Ecriture sainte, avec les « livres les plus utiles et les plus graves » de l'Ancien Testament, avec tout le Nouveau, à l'exception de l'Apocalypse, dont on ne doit lire que les premiers chapitres. Et, de la sorte, l'oftice devenant principalement une lecture de la Bible, et subsidiairement une lecture d'histoire ecclésiastique. Tout cela est fort ingénieux et confortable, mais tout cela est neuf, et il faut pardonner à l'historien de partager la mauvaise humeur de la Sorbonne, qui disait de Quignonez : « L'auteur du Bréviaire nouveau a préféré son sens propre aux dé-
crets des anciens Pères et à l'usage éprouvé et commun de l'Eglise. »
Peut-on dire au moins que le cardinal Quignonez avait fait preuve de plus de tact, quand il supprimait des légendes du sanctoral tout ce qui peut provoquer « le mépris ou la raillerie », n'y voulant rien voir que de « poli, de grave, de fondé sur l'histoire ecclésiastique et sur les auteurs sûrs et graves » ? Les leçons hagiographiques de Quignonez ont un « poli » irréprochable. Mais les sources auxquelles elles sont puisées sont loin d'être toutes également pures. Eusèbe est un auteur sûr et grave, sans doute; les vies des papes de Platina et les vies de saints de Mombrizo le sont-elles.au même degré? Quelle critique déliée et avisée il eût fallu pour en tirer bon parti! La sagacité de Quignonez n'allait pas à lui faire soupçonner que les actes apocryphes des apôtres et que les évangiles apocryphes sont fabuleux; et il ne croyait point que telle leçon du vieux Bréviaire, comme la leçon de la fête de sainte Marie aux Neiges, fût de celles qui demandaient à être remplacées^. Ces quelques exemples suffisent à montrer
1. Richard Simon, p. 244 : « Enfin si nous en ci'oïons ce cardinal, les Histoires des Saints qu'il a laissées dans son Bréviaire y sont d'une telle sorte, qu'elles ne contiennent rion qui puisse choquer les personnes graves et savantes... Mais quelque? soin qu'il ait pris pour en ôtcr les fables, il y reste encore bien des choses qui ne peuvent être du goût des personnes savantes. Aussi Maldonat dans la dispute qu'il eut avec les Théologiens de Paris sur le fait de la Conception de la Vierge parle-t-il de ce Bréviaire d'une étrange manière. On lit dans la troisième leçon de l'Ofïice de cette Fête, les témoignages de plusieurs Saints qui ont cru dit-on que la sainte
combien, pour une part où elle était légitime, l'œuvre entreprise par Quignonez était prématurée.
A la décharge du cardinal Quignonez, on peut dire que son Bréviaire était quelque chose de provisoire ; qu'il était fait pour la récitation privée, non pour l'exécution au chœur; que le Saint-Siège accordait la faculté de le réciter seulement aux clercs (jui en faisaient individuellement la demande ^ L'Église entendait, par le moyen de cet office abrégé et simplifié.
Vierge a été conçue sans péché originel. On y fait dire à saint Thomas ces paroles auxquelles il n'a jamais pensé : Maria ah omni peccato originali et actuali immunis fuit. Et c'est principalement là-dessus que se récrie Maldonat, qui ne fait aucune difficulté de traiter d'impudent celui qui a composé ce Bréviaire. »
1. Qu'on veuille bien lire avec attention le bref de Paul III (3 juillet 1536) à l'imprimeur : « Breviarium diuini oificii quod (lilectus filius noster Franciscus tituH Sancte Grucis in Jérusalem presbyter cardinalis antca nobis oblatum, nuper nobis (consultis atque adhibitis doctis et prudentibus viris) aliqua addendo atque immutando prout commodius duxit summa cura atque diligentia recognouit, atque ad veterum sanctorum |>atrum conciliorumque instituta, ac mcliorem precandi ritum et normam faciliorem brevioremque redegit, ut clerici eius libri ordine ac brevitate ad legendas Deo quotidianas preces magis alliciantur : vobis imprimendi atque vendendi facultatem concedimus... Et insuper omnibus et singulis clericis ac presbytcris duntaxat secularibus qui huiusmodi breviarium recitare voluerint : concedimus quoque ad breviarii antique consuetudinis romane curie vel alterius ecclesie quod in usu hoc tompore habeatur recilationem minime leneantur. Sed huius nouissimi lectione perinde ac si vêtus legissont satisfecisse censeantur, dummodo eorum singuli specialem super hoc facultatem a sede apostolica obtinuerint : quam per solam signaturam absque alia impensa expediri mandabimus. Quibus vero ante huiusmodi breviarii recognitionem ea legendi facultas data est, eos volumus ad nouam facultatem obtinen- (lam minime astringi. »
faire reprendre l'habitude à tant de clercs qui l'avaient perdue de dire les heures canoniques. Le bienheureux Canisius, dans cette vue, se fit en Allemagne le propagateur du Bréviaire de Quignonez^ Mais il est vrai de dire aussi que ce qui était au début une faculté individuelle devint rapidement un usage très répandu, en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne. L'auteur de la Vie de saint François Xavier appelle le Bréviaire de Sainte-Croix le Bréviaire des gens occupés^; des gens occupés, il passa aux mains des chanoines, qui ont pourtant la réputation d'être gens de loisir, et en Espagne il fut introduit au chœur de plusieurs cathédrales : de la récitation privée il passait ainsi à l'exécution solennelle. C'est dans ces cir-
1. SciiOBEii, Explanatio, p. 15, cite une Icltro de Canisius à saint Ignace, du 28 décembre 1560. Saint Ignace étant mort en 1556, il y a sûrement erreur de date. Mais ce qu'écrit Canisiu> est à retenir : « Gomplures ecclesiastici homines niliii recilarunt de horis canonicis. Eos pensum lioc nobiscum persolvere curavimus, ut recilandi morem addisccrent, et quia Breviarii novi Romani usus maxime placcbat, impetravimus iliis, quod pelebant, a Rmo Legalo Pontificio. Itaque pergunt quotidio in recitandis lioris canonicis. » Voyez Canisii Epistiilac, éd. Braunsberger (Freiburg i. B., 1896-1901), t. I, p. 196 et t. III. p. 70. Même pensée chez saint François Xavier, Epislolarunt Ubri seplem, éd. Possin. (Rome 1667), p. 35, d'une lettre du saint à saint Ignace, 22 octobre 1540 : « Opus etiam essel impetrariprivilegium sex clericis arbitratu nostro communicabile, utendi Breviario novo. Ea res usuni haberet non nulluiu ad facilius alliciendos quosdam ut nos in Indias sequi vellent. »
2. H. TuRSELLiNi, De Vita B. Francisci Xaverii, vi, 5 (édil. Lyon 1607, p. 532) : « Nuper novum Icrnarum leclionum Breviarium (sanctae Grucis dicebatur) occupatorum hominum levamen editum erat : eiusque usus Francisco propter occupationes ab initio concessus. » L'auteur ajoute que le saint n'usa jamais de celte concession.
constances qu'à Saragosse le peuple, ne reconnaissant plus Toffice des ténèbres du jeudi saint, et croyant sans doute que le chapitre était devenu huguenot, éclata en émeute dans la cathédrale même, et manqua faire un autodafé des chanoines et de leur nouveau Bréviaire ' .
Dans un mémoire, daté de Trente, 1*^'" août 1551, et dédié au légat du Saint-Siège au concile, le cardinal Marcel Crescenzi, un théologien espagnol, Jean d'Arz, soumit aux pères du concile les raisons que l'Église devait avoir de répudier le Bréviaire de Quignonez. Ce mémoire, longtemps demeuré manuscrit, a été publié de nos jours ^. Le P. Arevalo, qui l'avait lu manuscrit, en loue la doctrine, mais trouve qu'il renferme plus de déclamation que de forte critique : il est, en effet, d'un ton un peu échauffé, mais il ne manque pas de justesse. Jean d'Arz avait jugé avec bon sens les résultats de l'œuvre du cardinal Quignonez. Tout en reconnaissant que « plusieurs légendes des vieux Bréviaires demandaient à être réformées )), il déplorait qu'on en eût tant rejeté sur de trop minces prétextes ; qu'on en eût conservé d'autres qui n'étaient guère mieux établies; qu'on eût ajouté trop de foi à la critique d'un historien comme Platina.