‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 125 sur 218 · Jean d'Arz, ap. Roskovany, t. V, p · texte numérisé non relu

Jean d'Arz, ap. Roskovany, t. V, p

2. De novo hreviario toUendo consiiltatio... D. I. loannes de Arze presbyter pallantinus professione theologus, ap. Roskovany, t. V, p. 635-720. — Autre critique sévère, chez un autre espagnol, théologien du Concile de Trente, Soto, De iustitia et iure, lib. I, q. 7, a. 1, et lib. X, q. 4, a. 4, cité par Baeumer, t. II, p. 140.

Il avait raison lorsqu'il exprima le vœu de voir roffice férial plus fréquemment célébré pour l'amour du psautier et de l'Ecriture sainte, et l'ofTice dominical de rigueur chaque dimanche pour rester fidèle à la raison d'être du vieux Bréviaire [et ita constabit ratio çeteris Brenarii), encore qu'il ne nous dise pas comment on ferait pour maintenir intangible le calendrier des fêtes de saints , et à toutes les fêtes de saints leur office. Il avait raison de prendre la défense des répons, des versets, des capitules, et de dire que, si ces détails sont propres à l'office chanté au chœur et ne s'expliquent que par là, on ne saurait cependant admettre deux offices, Tun pour le chœur, l'autre pour la récitation privée, sans introduire dans l'office canonique quel qu'il soit une fâcheuse confusion. Il avait raison de dire que l'office était fait pour être chanté, étant une prière et non une matière d'étude, et que c'était mêler deux exercices distincts et confondre deux buts que de vouloir transformer la récitation de l'office en une lecture de la Bible ; sans compter que, à chercher la simple instruction des clercs, il était plus expédient de leur faire goûter quelques textes faciles des saintes Lettres, des textes visant à l'édification des mœurs, que d'exposer l'Ecriture nue à l'incompréhension ou à la légèreté de gens mal préparés ou mal intentionnés. Il avait raison encore quand il réclamait pour les droits de Vordo psallendi traditionnel de l'Église romaine, pour la. distribution traditionnelle des psaumes entre les diverses heures de l'office, pour la répartition traditionnelle des leçons de la sainte Écriture entre les divers temps del

l'année, pour le nombre traditionnel de nocturnes, pour tout cet ordre liturgique qui avait ses raisons mystiques, et qui était un reste évident [haud obscura çestigia) de la plus vénérable antiquité.

Ces critiques sont judicieuses; s'il en est d'autres moins fondées ou qui ne prouvent rien pour vouloir trop prouver, si même quelques considérations de Jean d'Arz, concédons-le au P. Arevalo, sont poussées à l'outrance déclamatoire, il y a telles pages de son mémoire qui sont animées d'une sincère éloquence. Sera-ce, écrit-il, quand nos peuples voient le clergé et les grands dignitaires de l'Eglise si appliqués à augmenter les revenus de leurs bénéfices, qu'il conviendra d'abréger l'office divin dont ces revenus sont la rétribution? Sera-ce dans un siècle de fer, dans un siècle porté vers les nouveautés les plus suspectes, quand le chant ecclésiastique est tourné en dérision, les heures canoniques proscrites, les cérémonies ecclésiastiques méprisées, les lois canoniques traitées d'inventions humaines, et cela partout, en iVllemagne, en Suisse, en Angleterre; quand parmi nous-mêmes, qui sommes orthodoxes, on voit régner le dégoût des choses ecclésiastiques, grandir le mépris des choses saintes, se propager la hardiesse à ju-ger chacun pour soi des dogmes et des canons; serace le moment de lâcher nos traditions liturgiques, et de paraître tacitement donner raison à nos adversaires, alors que notre premier devoir serait de tenir ferme?

Il y avait quelque hardiesse à Jean d'Arz à s'exprimer si directement. Il se défend, dans les premières

lignes de son mémoire, de vouloir rien condamner de ce qui est émané du Siège apostolique ou qui a été approuvé une fois de son autorité : « Id profiter i libet nos... nec quidpiam damnare quod a Sede Apostolica sitprofectum aut eius auctoritate aliquando comprohatum,... nec tantam Sedem, quod absit, in ius vocamus ». Pourtant avec quelle vigueur il critique le Bréviaire émané du Siège apostolique et approuvé une fois de son autorité ! Il conjure les Pères du concile de prendre garde à cet esprit de nouveauté qui discrédite l'antiquité, qui suggère des innovations partie fausses, partie suspectes, et qui, non content de produire en Allemagne de nouveaux rites, de nouveaux sacrements, de nouveaux canons, de nouveaux bréviaires, entreprend de s'accréditer insidieusement chez les orthodoxes : Gageant pastores ! Voilà comment un espagnol en 1551 dénonçait au concile de Trente l'œuvre liturgique d'un espagnol consacrée en 1531 par le Saint-Siège : on découvrait entre l'œuvre de Quignonez et l'esprit de la Réforme * des affinités que le pieux cardinal, pas plus que le B. Canisius ou saint François Xavier 2, n'avait soupçonnées.

1. On a relevé justement l'influence qu'a eue le Brôviaiic de Quignonez sur Cranmer et sur la conslilution du Book of common prayer de l'Église anglicane. Voy. F. A. Gasquet et E. BiSHOP, Eduard VI and the Book of common prayer (London 1890), pp. 29 et suiv. Cf. W. Legg, Some local reforms of the divine service attempted on the continent in the sixteenlli century (London 1901).

2. Cf. Michel, Histoire de saint Ignace, t. II (Tournai 1893), p. 331.

Le Bréviaire du cardinal Quignonez a été publié à Rome en 1536 : vingt-deux ans plus tard, il y est proscrit. Par un rescrit du 8 août 1558, le pape Paul IV, sans en condamner l'usage provisoire, décide qu'il n'y a plus lieu d'en autoriser de réimpression ^ Restait à pourvoir à la réforme du vieux Bréviaire : après les essais de Clément VII et de Paul III, l'œuvre était encore à faire : Paul IV allait-il être plus heureux?

Il entreprit cette réforme avQÇ la fermeté de vues d'un homme qui y avait dès longtemps pensé. Son historien, Caracciolo, rapporte qu'il n'avait jamais voulu se résoudre à réciter le bréviaire de Quignonez, l'estimant « inconvenant et contraire à la forme antique ^ ». Il n'était pas moins sévère au vieux Bréviaire romain. A une époque, en effet, où il ne s'appelait encore que Pierre Carafa, et où, simple évêque de Chiéti [Teate), il s'associait à saint Gaétan do Thiène pour la formation d'une congrégation de clercs réguliers (la première en date de toutes et le prototype de celle de saint Ignace), la congrégation des Théatins, c'avait été un des points les plus neufs de la règle qu'il avait inspirée que d'entreprendre k l'usage des Théatins une réforme du vieux Bréviaire romain. Dès 1523, dans une lettre adressée au dataire Giberti, Carafa exprimait le dégoût que lui

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