Bulle Immensa aeterni Dei, 22 janvier
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comme nous l'avions tous cru jusqu'ici, mais de Sixte- Quint, et elle est contemporaine de la création de la Congrégation des Rites. Sixte-Quint chargea, en effet, le cardinal Gesualdo, premier préfet de la Congrégation des Rites, de solliciter, par l'intermédiaire des nonces, l'avis, non seulement des ordinaires, mais des principaux savants ou corps savants d'Europe. Le dessein arrêté du pape était de « faire restaurer le plus tôt possible dans leur pureté le Bréviaire et le MisseP ». Les Adnotationes criticae adressées ainsi par les théologiens de Pologne, de Savoie, de Portugal, d'Espagne, d'Allemagne, de Naples, de Venise, par la Sorbonne, par le doyen de la faculté de théologie de Salamanque, par d'autres encore, sans omettre Ciacconio et Bellarmin, — ces Adnotationes sont conservées à la bibliothèque Vallicellane, à Rome, parmi les papiers de Baronius -. La consultation ouverte par Sixte-Quint n'eut pas de suite immédiate, le pape étant mort peu après (27 août 1590) et ses trois successeurs, Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX, n'ayant fait que passer sur le Siège apostolique (1590-1591). Néanmoins au
1. Gepoint a été mis en lumière par Baeumer, t. II, p. 253-256. Voyez les citations qu'il fait des réponses de quelques nonces, juillet, août, octobre 1588. La circulaire du cardinal Gesualdo est du 13 mai 1588. Baeumer (p. 255) n'en a pas pu retrouver le texte. Dans une lettre du 9 avril 1588, Baronius écrit pour son propre compte : « Il Breviario romano per disgralia nostra e cosi cattivo che cento e quaranta errori ho notato nelle historié che ivi si trattano ». Baeumer, p. 212.
2. A. Bergel, « Die Emendation des nimischen Breviers uiitor Papsl Glemens VIII », dans la Zeitschrift fur katholische Théologie d'Innsbruck, 1884, pp. 293-294, en donne l'inventaire.
cours de ses dix mois de pontificat, Grégoire XIV trouva le temps de reprendre le projet de revision du Bréviaire : il renouvela au cardinal Gesualdo la mission dont l'avait investi Sixte-Quint, une commission de consulteurs fut nommée qui se réunit le 25 avril 1591 sous la présidence de Gesualdo. Les actes, d'ailleurs incomplets, de cette commission ont été retrouvés récemment et publiés ^
1. Baeumer, 1. II, 263-269, d'après le Vatican, lat. 6097. —J'ai consulté ce ms. à mon tour en 1904. C'est un dossier qui porto en titre (fol. E) : Super reformatione Brevl4RIi varia. Et au verso : « Hune libellum ex foliis volantibus habitis ex hac^ redilate loannis Baptistae Bandini canonici S. Pétri, et olim correctoris Bibliothecae Vaticanae, et sccretarii Gongregationis super Reformatione Breviarii sub Clémente VIII. Collegi ego Félix Contelorius eiusdem Bibliothecae custos anno 1628. »
Les actes de la commission de Grégoire XIV commencent au fol. 127, mais ce n'en est qu'une copie, et cette copie est très lacuneuse. On lit en lête (fol. 127) : « Sanctissimus I). N. Grogorius XIV emendationem Breviarii rom. quam Xystus V eius praedecessor aggressus fuerat, et morte praeventus absolvere nequiverat, continuandam esse decrevit, Cumque sciret huic lune negotio praefectum fuisse 111™ et R"' Cardinalem Gesualdum, iterum eius rei curam omnem eidem demandavit, suacque intentionis et voluntatis esse declaravit ut in lectionibus sanctorum et aliis quibusque rébus ea solum mutentur quae nullo pacto sustineri possunt, et quae satis bene digesta noscuntur non ulterius laborandum ut ampliora et perfectiora l'cddantur, cum importunae novitates hoc praesertim tempore nihil expedire nullamque prorsus utilitatem vel commodum Ecclesiae Dei afferre posse videantur. Ad eam rem cum primum delecti fuerant eruditi aliquot viri sacrarum rerum periti et ecclesiasticis ritibus instructi, ut lotum Breviarium diligenter examinarent, et quid in singulis rébus statuendum videretur maturo iudicio consulerent, quorum haec sunt nomina [les noms manquent, et ils nous sont inconnus d'ailleurs]. Eos igitur D. Cardinalis ad se convocavit die XXV aprilis MDXGI ac mandatum et voluntatem Sanctissimi illis exposuit... »
La volonté de Grégoire XIV était que Ton supprimât dans les légendes des saints ce qui ne pouvait en aucune façon être maintenu, mais que Ton ne cédât pas à la tentation de rendre parfait ce qui était bien. Il ne paraît pas que les consulteurs aient été très sévères aux légendes. Pourtant, ils proposèrent d'effacer dans celle du pape Damase quelques lignes que nous y lisons encore, sur la psalmodie et la peine du talion, et qui sont prises aux fausses décrétâtes. C'est la seule correction de valeur que nous relevions, correction qui ne sera reprise ni sous Clément VIII, ni sous Urbain VIII.
Grégoire XIV mourut trop tôt pour voir aboutir son dessein, qu'il était réservé à Clément VIII de reprendre en main. On a noté avec raison que ce pontificat (1592-1605) fut un moment de rare activité : sans parler de l'édition définitive de la Vulgate (1598), à ce pontificat appartient l'édition du Martyrologe (1598), du Pontifical romain (1596), du Cérémonial des Évêques (1600), du Missel romain (1604). Rome était à ce moment un brillant foyer d'études ecclésiastiques : le cardinal Bellarmin, le cardinal Baronius étaient l'honneur du Sacré Collège, et, autour d'eux, nombreux étaient les hommes de valeur. Clément VIII choisit Baronius pour organiser la nouvelle revision du Bréviaire : les Adnotationes criticae adressées à Rome en 1588 furent remises à .Ba-
Voyez la pièce intégralement reproduite par Baeumer, t. II. p, 263-269, sous le litre de « Actes de la commission d( Grégoire XIV ».
ronius, pour qu'il en exprimât au pape son sentiment. Et nous possédons le texte du rapport de Baronius. J'ai examiné, dit-il, toutes les critiques qui, de diverses provinces, ont été adressées, ou que de doctes personnes de Rome nous ont communiquées. Conformément à ces critiques, j'ai mis à part, dans tout le Bréviaire, ce qui ne paraissait pas pouvoir être défendu, en quoi je me suis appliqué, pour la plus grande rapidité de la correction, à supprimer plutôt qu'à ajouter. Comme il est juste que mon travail soit soumis à la censure d'autrui, il serait excellent que Sa Sainteté nommât un des cardinaux de la Congrégation des Rites, auquel elle adjoindrait deux ou trois consulteurs doctes et érudits, qui prendraient la peine de revoir sérieusement mon travail. Ainsi, en quelques jours, une décision pourrait être prise sur toute cette affaire. J'ai, en effet, partout indiqué les raisons qui me faisaient corriger ou ne pas corriger le texte du Bréviaire ; je serais d'ailleurs présent pour fournir les explications nécessaires, si quelque point paraissait obscur ou ambigu. Une fois la correction approuvée par ces trois censeurs, on la soumettrait, au moins quant aux modifications les plus importantes, à la Congrégation des Rites, et ensuite Sa Sainteté pourrait en prendre connaissance et décider, en dernier, de tout le travail, selon qu'il lui semblerait juste. — Pour ce qui est de l'exécution, on avait pensé à publier un petit livre qui contiendrait les offices nouveaux approuvés par Sixte- Quint..., et le correclorium de tout le Bréviaire. Pour les offices nouveaux, dont quelques-uns n'ont pas encore été imprimés (la
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Conception, la Visitation, la Présentation...), ce projet aurait du bon : pour le correctorium, il ne me plaît pas du tout. En effet, à publier un correctorium, on découvre à toute la terre et aux ennemis de l'Eglise les nombreuses et graves erreurs que nous avons tolérées jusqu'ici dans le Bréviaire : ce serait un scandale, et de plus le désaveu des auteurs du Bréviaire, sans compter qu'il serait désagréable à beaucoup de faire tant de corrections à leurs Bréviaires. 11 paraît plus sûr d'imprimer un Bréviaire corrigé et expurgé, qu'on n'obligerait personne à acheter incontinent, mais seulement quand besoin serait. Ainsi les religieux et les prêtres pauvres ne seraient point gênés ; ainsi peu de gens remarqueraient les corrections nouvelles de tant d'erreurs qui, en réalité, se sont introduites dans le Bréviaire ; et cependant, en quelques années, on finirait par n'avoir plus en circulation que des Bréviaires corrigés. Si l'on se décide à imprimer un Bréviaire corrigé, ce que tous les hommes instruits désirent vivement et attendent impatiemment. Sa Sainteté pourrait expliquer dans une bulle préface les raisons de cette nouvelle édition..., notamment qu'elle a pour but de couper court à la témérité de quelques-uns qui, de leur autorité privée, ont inséré dans les Bréviaires des choses fausses ou incertaines, ainsi que cela est évident en ce qui concerne les leçons de saint Alexis et autres, et qu'à cette occasion on a corrigé quelques autres fautes dues à la négligence des typographes ou autres ^.
1. Bergel, pp. 295-297. La séance où fut lu ce rapport est du 10 sept. 1592.
Les jugements exprimés là par le cardinal Baronius s'inspiraient d'un grand sens pratique : puisque l'on corrigeait des erreurs, mieux valait les corriger modestement et sans éclat : puisque l'on publiait une édition nouvelle, mieux valait ne pas en imposer immédiatement le cours. Mais la revision devait supprimer du Bréviaire tout ce qui no pouvait pas être défendu : autant dire qu'une revision s'imposait '.
La congrégation particulière, dont Baronius demandait l'avis, fut nommée aussitôt par Clément Vlll. Nous avons les noms de ses membres : J.-B. Bandini, chanoine de Saint-Pierre; Michel Ghisleri, théatin; Barth. Gavanti, barnabite; Ludovic de Torres, archevêque de Montreale ; le cardinal Antoniano, le cardinal Bellarmin, enfin le cardinal Baronius, président^.
1. Dans le Vatican, lat. 6097, fol. 114 et suiv., voyez la lettre au card. Baronius écrite, de Naples, par « Marianus Liherius Pelignus » en 1601, Elle commence ainsi : « Gum breviarinm sacrarum precum serio tandem emendari et ad veterem primaevae Ecclesiae forraam revocari persentiscerem, statui, antequam istic editio rtiaturescat, nec accersitus quidem, symbolam conferre meam... » On peut conclure que la correction du Bréviaire décidée par Clément VIII dès le début de son pontificat, sommeilla jusqu'en 1601. — L'état d'âme de ce napolitain est curieux à signaler. Il écrit : « Habemus sacrarum precum Breviarium, non quale Damasus, aut Léo, aut certe Gelasius ediderunt, sed quale sanctissimi Gregorius septimus, Innocentius lerlius, el insequentes pontiflces rudi illa nostrorum patrum aetalc, et lutulenlo ac turbulento tempore utcumque habere poluerunt. lam hoc florenli saeculo Clemens VIII opt. max. quo virtutem et litterarum studia caput diu pressum lollere incipiunt, quidni priscum illum psallendi ritum, abiecto hoc semibarbaro, restituât? »
2. Gavanti, préface à son Thésaurus sacrorum rituum (Rome 1628).
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La première réunion eut lieu le 10 septembre 1592.
Nous n'avons pas les procès-verbaux de la commission, et nous ignorons quel temps exactement durèrent ses travaux. On trouve trace * de séances tenues du 21 mars 1601 au 12 juin 1602. La bulle Cum in ecclesia, par laquelle Clément YIII promulgue la nouvelle édition du Bréviaire, porte la date du 10 mai 1602. Comme les premières séances de la commission remontent au 25 avril 1591, ou au moins au 10 sept. 1592, on calcule que les travaux de la commission ont duré dix ans.
Du moins connaît-on mieux la nature de ces travaux.
La congrégation fut d'accord, avant tout, de faire au texte du Bréviaire le moins de changements qu'il se pourrait [data est opéra ut quant miniina mutatio fieret). Le cardinal Antoniano avait proposé de corriger les hymnes des fautes de quantité qui les tachent : plus sage, la congrégation, en reconnaissant que les hymnes sont pleins d'erreurs prosodiques, ne consentit à changer que ce qui paraissait être la faute des copistes, ou ce qui pouvait être corrigé par le cliangement d'une seule lettre ou d'une
1. Dans le Vatican, lat. 6957, fol. 22-^18 : « Lecliones receplae ac restituiae », sommaire des travaux des séances tenues du 21 mars 1601 au 12 juin 1602. Les commissaires sont Baronius, Antoniano, Bellarmin, Torres, Bandini. — J'ai consulté les mss. Vatican, lat. 6096-6100 « Super reformalione Breviarii ». Dans le Vatican tat. 6096, fol. 88-89, j'ai trouvé un bon résumé général des émendations proposées en dernier ressort à Clément VIII : « Gapita precipua in repurgatione Breviarii Romani cxaminata. » On le trouvera imprimé plus loin.
seule syllabe, « particulièrement dans les hymnes de Prudence et d'Ambroise qu'il n'est pas permis de supposer avoir été composées incorrectement^ ». On se demande s'il ne conviendrait pas d'abréger l'office dominical, et pareillement les nouveaux offices doubles : mais on se rangea à l'avis qu'il ne fallait rien abréger [nihil breviandum). Quant au lectionnaire, à l'antiphonaire et au responsoral, on entendait « ne changer que ce qui ne pouvait être maintenu sans scandale » [ea sola mutaremus quae sine offensions tolerari non poterant ^). On supprima quelques homélies ou sermons du lectionnaire pour les remplacer par d'autres : ainsi, au 15 août, on fit disparaître un sermon apocryphe de saint Athanase, pour le remplacer par un sermon de saint Jean Damascène ; ainsi, au l^*" novembre, on restitua à Bède le sermon du second nocturne que le Bréviaire de Pie V attribuait à saint Augustin... On supprima des légendes sanc-
1. BerCiEL, p. 297. On ajouta deux hymnes : le Fortem vil'ili pectore, œuvre du cardinal Antoniano, pour le commun des non vierges, et le Pater superiii luminis, œuvre du cardinal Bellarmin, pour la fêle de sainte Madeleine. Dans son autobiographie, Bellarmin rappelle qu'il avait une extrême facilité à versifier en latin dans tous les mètres : « Ex lanto numéro carminum nihil suporat, nisi carmen sapphicum compositum Florentiae de Spiritu Sancto [Spiritiis celsis dominator astris]... et hymnus do S. Maria Magdalena qui posilus est in I^reviario, qui hymnus composilus fuit TuscuU et a Clément VIII antepositus hymno quem de ea re scripsit Gardinalis Anlonianus, et uterque nostrum quasi ex tempore scripsit et joco magis quam ut in Breviario poni deberet », Die Selbstbiographie des Gard. Bellarmin, éd. Doellinger et Reusgh, Bonn 1887, p. 26.