Ihid, p
3. Ce point et toute la négociation entre Versailles et Rome qui suivit a été mis en lumière par nous d'après la Correspondance de Rome des Archives du ministère dos Affaires étrangères. Nous en avons publié les pièces dans les Analecta inris pontificii [de Battandier], février 1896, sous le titre de « Le Bréviaire parisien de 1736 et le pape Clément XII d'après une correspondance diplomatique inédite »•
pandues, et qui n'ont gagné que trop de terrain dans le royaume^ ». Cependant, autour du Saint-Office, on inclinait à penser que dans le Bréviaire parisien il
1. Lettre de l'abbé Certain (agent de l'ambassade) à M. de Chauvelin, ministre des Affaires étrangères, 5 octobre 1736. L'abbé continue en ces termes : « On a rendu justice à M. l'archevêque de Paris sur la droiture de ses intentions et sur la pureté de ses sentiments, mais, à vous dire vrai, on ne lui passe point d'avoir donnô son Bréviaire dans un tem|)s de trouble, et dans des circonstances aussi critiques que celles où se ti'ouve Paris, en particulier sur le point de la Religion. On lui passe encore moins d'avoir clioisi des ouvriers non seulement suspects, mais appellants et réappellants, tels que le sieur Gofïîn qui a fait une grande partie des hymnes. Les corrections que M. l'archevêque s'est cru obligé de faire à son Bréviaire, en y faisant mettre des cartons, forment encore un préjugé très fort au moins contre la première édition. Joignez à cela les retranchements et les changements affectés qu'on ne peut méconnaître dans le plan de l'office nouveau, et surtout le triomphe des Jansénistes d'une part, leur empressement à en enlever les premiers exemplaires, et le cri des Constilutionnaircs zélés de l'autre, vous conviendrez que sans entrer, dans le fond du Bréviaire, il n'est pas étonnant que les personnes les plus modérées aient été frappées de ces préjugés. On a donc cru devoir faire examiner l'ouvrage, et on l'a mis, en effet, entre les mains de quatre qualificateurs pour en faire leur rapport. Gomme les affaires du Saint-Office sont tenues fort secrètes, je ne puis pas assurer que le rapport ait été fait, et encore moins comment il l'a été, et l'effet qu'il a produit. Ce que je sais de bon lieu, c'est qu'on est convenu assez généralement parmi les cardinaux et consulteurs du Saint - Office qu'on ne trouve point d'erreurs dans le nouveau Bréviaire, et qu'ainsi il ne paraissait point jusqu'à présent de matière suffisante à condamnation. Je dis condamnation, et non pas suppression, car, pour supprimer un ouvrage, il n'est pas toujours nécessaire qu'il s'y trouve des erreurs : on peut raisonnablement le supprimer par beaucoup d'autres raisons, mais il n'est pas même question à présent de suppression du Bréviaire. » — J'ai publié cette pièce dans le mémoire ci-dessus.
n'y avait pas matière suffisante à condamnation. Mais n'ordonnerait-on pas la suppression du Bréviaire? L'ambassadeur du roi, duc de Saint- Aignan, eut mission d'insister avec une extrême fermeté pour parer cette « démarche ». Il représenta que l'archevêque de Paris ne préviendrait pas la censure de Rome par une suspension spontanée de son Bréviaire, l'archevêque estimant qu'il n'avait nulle condamnation à se faire ni à essuyer, surtout après qu'il avait corrigé par des cartons, dans les exemplaires du Bréviaire, « ce qui a pu faire quelque peine ». Il représenta de quelle conséquence serait de voir la cour de Rome se porter « à quelque démarche d'éclat que les droits de l'Eglise de France et ceux de l'épiscopat ne pourraient tolérer », et « le feu qu'exciterait une pareille démarche si contraire au bien de la Religion et de la saine doctrine ». Ces parades diplomatiques des ministres de Louis XV dissimulaient mal l'embarras de la Cour, où l'on ne demandait qu'à céder en ménageant l'honneur de l'archevêque. « Tout au plus, on pourrait consentir que les remarques faites à Rome nous fussent envoyées dans le plus grand secret, et nous y aurions égard de concert même avec M. de Paris ^ »
La négociation aboutit, car, dès la fin de décembre 1736, le Bréviaire parisien était provisoirement hors de cause, en cour de Rome^. Il est vrai, le cardinal
1. Lettre de M. de Chaiivelin, ministre des Affaires étrangères, au duc de Saint-Aignan, 23 octobre 1736. — Cette lettre esl publiée dans le mémoire ci-dessus.