Je reviendrai plus loin à ce détail important
OU jeunes enfants, qui sont là très nombreux, à chaque nom répondent Kyrie eleison : leurs voix sont infinies. Le diacre ayant achevé son énumération, l'évêque prononce une oraison : c'est l'oraison pour tous : les fidèles aussi bien que les catéchumènes s'y associent. Puis l'évêque prononce l'oraison pour les catéchumènes, et ceux-ci, sur le signe que leur en donne le diacre, inclinent la tête pendant que l'évêque dit la « benedictionem super cathecuminos ». Enfin l'évêque prononce l'oraison pour les fidèles, et, à leur tour, ceux-ci s'inclinent, au signe du diacre, sous la bénédiction épiscopale. L'office est fini, chacun s'en va après avoir baisé la main de l'évêque : « Et sic fit missa Anastasi*. »
Dans cette courte description de vêpres, nous distinguons la psalmodie et les oraisons. Les oraisons sont la conclusion de l'office : elles sont prononcées par l'évêque. Entre la psalmodie et les oraisons se place une brève litanie, dite par un diacre auquel répondent les enfants. La psalmodie est le corps de l'office. Notons qu'à cet office du soir sont assignés des psaumes déterminés, psalmi lucernares, comme à l'office du matin seront assignés d'autres psaumes, psalmi matutini : entendons par là des psaumes ayant par leur contenu quelque rapport avec la fin ou le commencement de la journée.
1. L'office de l'Anastasis est accompagné de deux prières, l'une nnte crucem, l'autre post crucem : l'Anastasis étant le sanctuaire qui recouvre le saint sépulcre, le sanctuaire de la croix est à côté, c'est celui où se conserve la vraie croix. Par ante crucem est désigné l'atrium du sanctuaire, et par post crucem le chevet du sanctuaire.
Voici pour l'office nocturne :
Chaque nuit, avant le chant des coqs toutes les portes de l'Anastasis s'ouvrent; les monazontes et les parthenae arrivent; et non seulement eux, mais encore de simples fidèles, hommes et femmes, qui veulent faire vigile {laie i qui volunt maturius vigilare). De ce moment-là au lever du soleil, on psalmodie^ ; à la fm de chaque psaume, on prononce une oraison [cata singulos ymnos fit oratio). Ces oraisons sont dites par les prêtres et les diacres qui, tous les jours, au nombre de deux ou trois, sont désignés pour venir présider l'office des monazontes.
Mais, au moment où le jour point, on commence à dire les matutinos ymnos. L'évêque arrive à ce moment avec ses clercs, et, debout derrière la balustrade, il dit une oraison pro omnibus, puis pj^o catechumenis, puis pro fidelibus. 11 se retire ensuite, et chacun vient lui baiser la main et se faire bénir par lui. L'assemblée est congédiée au jour venu, « iam luce ».
1. Textuellement : « Dicuntur ymni, et psalmi responduntur, similiter et antiphonae, et cata singulos ymnos fit oratio. )) Dans ce passage, comme dans maint auteur ancien, ymniis est synonyme de psalmus. Quand la Peregrinatio écrit : « Dicuntur ymni », elle pense, croyons-nous, aux psaumes dits en solo. Par « psalmi responduntur », elle désigne les refrains chantés à l'unisson par les fidèles, et que nous avons vus clore ou entrecouper le solo. Par « antiphonae », elle désigne la psalmodie à deux chœurs alternants, dont nous parlerons plus loin. — Rapprochez Augustin. Epistul. xxix, 11 : « Pomeridiano die maior quam ante meridiem adfuit multitudo, et usque ad horam, qua cum episcopo egrederemur, legebatur alternatim et psallebatur; nobisque egressis duo psalmi lecti sunt. »
2G HISTOIRE DU nnÉviAiRE romain,
Dans cette description, distinguons encore. D'abord le nocturne : des psaumes suivis chacun d'une oraison, c'est l'ordre aussi relevé par Cassien dans les monastères d'Egypte. Le nombre des psaumes était de douze en Egypte. Cet office nocturne constitue la vigile quotidienne. Puis, aulever du jour (ubicepeint lucescere), les laudes. L'évêque s'y rend, comme il s'est rendu à vêpres. Vêpres et laudes se détachent du nocturne, comme si vêpres et laudes, en se confondant avec la prière du soir et la prière du matin, avaient un caractère d'obligation que le nocturne n'a pas. Ce nocturne, en effet, ou vigile quotidienne, proprement, est un office où ne viennent que quelques fidèles, en dehors des ascètes de profession. Mais il y a foule à vêpres et, semble-t-il, à laudes. Le dimanche, le nocturne est le traditionnel office de la vigile dominicale : ce jour-là, il y a foule au nocturne, « une multitude aussi nombreuse qu'elle le serait à Pâques », dit la Peregiinatio^.
Voici pour sexte et none.
A la sixième heure, les monazontes et les pai" thenae se retrouvent dans la basilique de l'Anastasis :
1. Nicetas, évêque de Remesiana, vers 400, dans son sermon De vigiliis, 3 (éd. Burn, 1905, p. 58), écrit : « Nec sane onerosum vel difficile videri débet etiam delicatis corporibus in septimana duarum noctium, id est sabbati atque dominici, portionem aliquam Dei ministerio deputare ». Il s'étonne que certains chrétiens trouvent importun l'office des vigiles réduit à cela : « Mirari me fateor esse aliquos qui sacras vigilias tam spiritali opère fructuosas, orationibus hymnis lectionibusque fecundas, aut superfluas aestimant aut otiosas, aut id quod est deterius, importunas. » Id. 1 (p. 56).
on psalmodie ^ L'évêque est averti, il arrive, et, sans s'asseoir, debout devant la balustrade, comme le matin, il prononce de même l'oraison. Il se retire ensuite et chacun vient lui baiser la main. A la neuvième heure a lieu le même office qu'à la sixième. La Peregrinatio ne parle point de réunion psalmodique à tierce.
Tel était le service quotidien introduit avec les ascètes et les vierges dans la publicité des basiliques. Veut-on voir maintenant comment il s'y combinait avec l'antique usage de la vigile ? La Peregrinatio va nous l'apprendre.
Le septième jour, c'est-à-dire le dimanche , avant le chant des coqs, la multitude, tout ce que la basilique en peut contenir, aussi nombreuse qu'elle le serait à Pâques, se réunit à l'Anastasis, mais devant l'église, à la clarté des lanternes. Les fidèles arrivent longtemps à l'avance, craignant d'arriver passé le chant des coqs. Ils s'assoient. On chante des psaumes ^, chaque psaume suivi d'une oraison dite par un prêtre ou par un diacre, car il y a toujours là des prêtres et des diacres « parati ad vigilias ». La coutume veut qu'avant le chant des coqs on n'ouvre pas les portes de la basilique. Mais sitôt qu'il a retenti,
1. Textuellement : « Dicuntur psalmi . et antiphonae ». Il n'est plus question de psaumes à répons. La raison en est sans doute que cet office de sexte et de noue n'est suivi que par les ascètes, qui, sachant les psaumes par cœur, peuvent les chanter intégralement, tandis que le bon peuple ne peut que chanter son refrain.
2. Textuellement : « Dicuntur ymni, nec non et antiphonae, et fiunt orationes cata singulos ymnos vel antiphonas ».
l'évêque arrive : toutes les portes s'ouvrent, la foule entre ; des luminaires infinis sont allumés. Le peuple entré, un prêtre dit un psaume auquel l'assemblée répond^ ; après le psaume, une oraison. Puis un diacre dit un second psaume, suivi d'une oraison. Puis un clerc quelconque un troisième psaume, suivi d'une troisième oraison. A la suite, la commémoraison ou prière pour tous, comme plus haut. Ces trois psaumes et ces trois oraisons achevés, les encensoirs sont apportés; la basilique s'emplit de leur parfum. C'est le moment où l'évêque prend l'évangile en main et fait la lecture 2. Après quoi, il bénit les fidèles, l'office est fini. L'évêque se retire; les fidèles aussi retournent chez eux et vont dormir. — Mais les monazontes restent dans la basilique pour psalmodier jusqu'au jour, chaque psaume suivi d'une oraison dite par quelque prêtre ou diacre. Il reste aussi quelques simples fidèles, hommes ou femmes, ceux qui veulent^.
1. Textuellement : « Dicet psalmum quicumque de presbyteris, et respondent omnes; post hoc fit oratio. » Nous retrouvons ici la psalmodie en solo et à répons.
2. Voici enfin une leçon, mais à Jérusalem, dans la basilique de l'Anastasis, le dimanche matin, on lit toujours la même leçon, qui est le récit de la résurrection du Sauveur : « Legit resurrectionem domnus episcopus ipse... Lecto euangelio exit episcopus et ducitur cum ymnis ad crucem », l'église adjacente à l'Anastasis, « et omnis populus cum illo. Ibi denuo dicitur unus psalmus et fit oratio. Item benedicet fidèles et fit missa. »
3. Textuellement encore : « Psalmi dicuntur et antiphonae usque ad lucem, et cata singulos psalmos vel antiphonas fit oratio. » La Peregrinatio ajoute, au sujet de cette psalmodie qui suit la psalmodie à laquelle l'évêque a assisté : « Vicibus cotidie presbyteri et diacones vigilant ad Anastasim cum po-
Dans cette description si détaillée et si vivante, on distingue nettement la superposition des deux liturgies : la liturgie de la totalité des fidèles, la liturgie des ascètes et des vierges. Ces deux liturgies se juxtaposent le dimanche de telle sorte que l'une est obligatoire et suivie par le clergé et par tous les fidèles, et que l'autre, qui cependant suit la première, reste facultative, et ne retient que les plus fervents pour y prendre part et quelques clercs pour la présider.
La quotidienneté des vigiles n'était point la seule innovation due à l'influence des ascètes et des vierges. On leur devait une transformation profonde de la psalmodie ecclésiastique.
Ce qu'était le chant antique des psaumes, on l'a vu plus haut : mais on ne saurait trop répéter la formule qu'en donne saint Augustin d'après saint Athanase : « Tarn modico flexu çocis faciehat sonare lectorem psalmi, ut pronuncianti vicinior esset quam canenti. » C'est la vieille manière. Or, si un pareil chant pouvait suffire à fixer l'attention d'une assemblée très restreinte et très serrée, et à remplir la capacité d'une petite église, il n'en allait pas de même d'une grande foule ni d'une vaste basilique. Dans de pareils vaisseaux la voix grêle d'un lecteur devenait
piilo. De laicis etiam, viris et mulieribus, si qui volunt, usque ad lucem loco sunt; si qui nolunt, revertuntur in domos suas et reponent se dormito. » ■
impuissante à dominer le confus murmure du peuple. « Quantum laboratur in ecclesia ut fiât silentium cum lectiones leguntur^ » observe un évêque du iv^ siècle ^ . Dans des assemblées, que le même auteur compare à une mer mouvante et bruyante ^, il fallait que le chant devînt plus puissant, puissant comme le bruit des grandes eaux elles-mêmes. A la psalmodie en solo, psalmus responsorius, se substitua la psalmodie en chœur, antiphona.
Ici plus de solo : toute l'assemblée prend part au chant, partagée en deux chœurs ou « systèmes », chantant l'un le premier verset du psaume, l'autre le second, et ainsi de suite ^. L'antiphone consiste en ce que les deux chœurs se répondent verset par verset : ainsi la décrit saint Isidore, et avant lui, saint Basile^. Saint Isidore ajoute que cette psalmodie venait