Augustin. Confess. ix
2. Id. X, 33 : « Erro nimia severitate, sed valde interdum, ut melos omnes cantilenarum suavium, quibus daviticum psalterium frequentatur, ab auribus meis removeri velim atque ipsius Ecclesiae, tutiusque mihi videtur quod de alexandrino episcopo Athanasio saepe dictum commemini... Verum tamen cum reminiscor lacrimas meas, quas fudi ad cantus Ecclesiae in primordiis recuperatae fidei meae, et nunc Ipsum quod moveor non cantu, sed rébus quae cantantur, cum liquida voce et convenientissima modulatione cantantur, magnam institut i huius utilitatem rursus agnosco. » — Sur le sentiment d'AthaMase, voyez son Epistula ad Marcellinum, 27-29.
chrétien triomphant. L'art chrétien naissait sous toutes ses formes : architecture, peinture, cérémonial. A ces foules nouvelles de fidèles il fallait l'attrait et le prestige d'une musique pénétrante et ornée, comme l'était aussi l'éloquence de saint Jean Chrysostome, celle de saint Ambroise, et tout de même celle de saint Augustin.
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L'œuvre liturgique du iv^ siècle est accomplie. Elle a consisté à organiser la quotidienneté d'un double service psalmodique : d'une part, le cours [cursus) nocturne, comprenant les vêpres, l'office nocturne au chant du coq, enfin les laudes matinales; d'autre part, le cours diurne, comprenant les trois psalmodies de tierce, de sexte et de none.
Mais il arrive que, à dater du règne de Théodose et du moment où le catholicisme devient la religion sociale du monde romain, une scission profonde se produit dans la société religieuse. Les ascètes et les vierges, qui ont vécu jusqu'ici dans la communauté des fidèles, abandonnent le siècle pour passer au désert. Le cénobitisme se constitue en une société chrétienne distincte, en dehors de la société catholique séculière.
Cette sécession opérée, un double or do psallendi apparaît, celui des clercs et celui des moines.
En aucune église, nous ne retrouverons l'office tel qu'il était célébré dans l'Anastasis de Jérusalem au
temps de la Peregrinatio : tierce, sexte, none ne sont nulle part de l'office public du clergé. Nous voulons, dit une loi de Tempereur Justinien datée de 528, que « tous les clercs constitués dans chaque église chantent eux-mêmes les nocturnes, les laudes, les vêpres » . Car, ajoute l'empereur, « il est absurde que les clercs, à qui incombe le devoir de la psalmodie, fassent chanter à leur place des gens à gage ; et que les laïcs si nombreux, qui pour le bien de leurs âmes se montrent assidus à venir à l'église prendre part à la psalmodie, y paissent constater que les clercs constitués pour cet office ne le remplissent point ». La loi prescrit en conséquence que les clercs de chaque église seront requis, par l'évêque du lieu et par le prévôt de chaque église, de prendre part à la psalmodie : ceux qui se seront montrés infidèles à ce service seront mis hors le clergé ^ Où nous voyons que dans fOrient grec, au commencement du vi® siècle, chaque église a son cours nocturne, c'est-à-dire son office vespéral, nocturne et matinal, auquel les fidèles aiment encore à assister et que les clercs ont l'obligation de chanter, car ils sont payés pour cela. Aucun cours diurne.
1. Coil. lustinian. I, 3, 41 (éd. Krueger, p. 28) : « Ad hoc sancimus, ut omnes clerici per singulas ecclesias constiiuli per se ipsos et nocturnas et matutinas et vespertinas preces cantent, neve in consumendis tantummodo rébus ecclesiasticis clerici esse videantur... Absurdum etenim est, cum ipsis nécessitas incumbat, scriptos [= Ypauxou;] eorum loco canere. Nam si multi laici, ut animae suae consulant, ad sacrosanctas ecclesias confluentes studiosos se circa psalmodiam ostendunt, quemadmodum non absurdum est clericos, qui ad hoc ordinati sunt, munus suum non implere? Quamobrem omnimodo clericos canere iubemus. »
LA GENESE fiES HEURES. 37
Pareil usage dans les Gaules ^ .
« Nous voulons, dit le concile de Braga de 561, qu'il n'y ait qu'un seul et même ordo psallendi pour les offices du matin et du soir, et nous repoussons les usages des monastères que l'on voudrait mêler à la règle de nos églises ^ ! » On ne saurait plus fortement exprimer la distinction du monastique et du clérical. « Nous voulons, dit le quatrième concile de Tolède, en 633, qu'il n'y ait qu'un ordo psallendi pour l'Espagne et pour la Gaule dans les offices du soir et du matin, in çespertinis matutinisque officiis^ ». Ainsi l'entend le concile d'Agde de 506, quand il prononce qu'il doit y avoir en Narbonnaise comme partout, « sicut ubique fit », chaque jour un office chanté le matin et un office chanté le soir, offices auxquels assiste le clergé, évêque en tête '*. Si, dans quelques
1. Voyez Mauillon, Z)e ciirsu gallicano disqiiisitiô, ap. Migiie, P. L. LXXII, 381 et suiv.
2. Mansi, Concilioi'um collectio (Venise 1759), t. IX, p. 777; Friedberg, Corpus iuris canonici (Leipzig 1881), t. I, p. 31 : « Unus idem psallendi ordo in matutinis vel vespertinis offîciis teneatur,... neque monasteriorum consuetudines cum ecclesiasUca régula sint permixtae. »
3. Mansi, t. X, p. 616 ; Friedberg, t. I, p. 31 : « Unus igitur ordo orandi atque psallendi nobis per omnem Hispaniam atquc Galliam conservetur, unus modus in missarum solemnitatibus, unus in vespertinis matutinisque offîciis, nec diversa sit ultra in nobis ecclesiastica consuetudo, qui in una fide continemur et regno. »
4. Mansi, t. VIII, p. 329; Friedberg, t. I, p. 1415 : « Et quia convenit ordinem Écclesiae ab omnibus aequaliter custodiri, studendum est, ut sicut ubique fit, et post antiphonas collectiones per ordinem ab episcopis vel presbyteris dicantur, et hymni malutini vel vespertini diebus omnibus decantentur, et
églises, à Arles par exemple au temps de saint Césaire , il est question de faire célébrer dans la cathédrale un cours diurne (tierce, sexte, none), nous sommes dûment prévenus que cet exercice monastique est réservé, en fait, aux pénitents ou aux fidèles d'une rare ferveur * .
Tel était au vi^ siècle Vordo psallendi des clercs.
Quant aux anniversaires des martyrs, auxquels maintenant s'ajoutaient des anniversaires de translations de martyrs, des anniversaires de saints non martyrs, et des anniversaires de dédicaces d'églises, — ce serait une erreur de penser sur la foi des martyrologes, comme le Martyrologe hiéronymien (vi^ siècle), qu'ils sont communs à toute la chrétienté.
in conclusione matutinarum vel vespertinariim missarum post hymnos capitella de psalmis dicantur, et plebs collecta oratione ad vesperam ab episcopo cum benedictione dimittatur. » Nous reviendrons plus loin sur les indications liturgiques fournies par le 30" canon d'Agde. — Rapprochez la description de la psalmodie en usage à Saint-Martin de Tours, description donnée dans canon XIX (18) du concile de Tours de 567. Mansi, t. IX, p. 796. Maassen, Concil. merov. (1893), p. 127. Y joindre les indications du De cursii stellarum de Grégoire de Tours (éd. Arndt, des M. G., p. 870-872).
1. Vita Caesarii, 13 (Bolland. Acia SS. Augiistl, t. VI, p. 67) : « De profectibus cunctorum sollicitus et providus pastor, statiin instituit, ut cotidie tertiae sextaeque et nonae opus in Sancti Slephani basilica clerici cuni hymnis cantarent, ut si quis forte saecularium vel paenitentium sanctum opus exsequi ambiret, absque excusatione aliqua cotidiano interesse possit officio. » — Grégoire de Tours attribue à l'un de ses prédécesseurs sur le siège de Tours, Injuriosus (f 545), l'institution de l'usage de célébrer tierce et sexte : « Hic instituit tertiam et sextam in ecclesia dici, quod modo in Dei nomine persévérât. » Hist. Franco?', x, 31.
Le nombre des fêtes « catholiques », fêtes fixes de Notre- Seigneur (Noël et Epiphanie) ou fêtes des grands apôtres (saints Jacques, Jean, Pierre et Paul, auxquels est joint saint Etienne) ^ est encore fort restreint ^. Mais chaque Eglise a ses anniversaires locaux^. En règle générale, là où est la « confession » ou tombeau du saint, et encore là où se trouve une « mémoire » du saint, c'est-à-dire quelque relique, là se célèbre son natale : la fête a toujours ainsi quelque attache topographique, comme au temps où elle se célébrait dans les cimetières, ad corpus. De là vient que les communautés monastiques, celles que décrit Jean Cassien, ne fêtent point les saints ; et ce sera une originalité de la règle bénédictine que d'introduire dans la liturgie monastique les natalitia sanctorum^ qui sont jusque-là le propre des vieilles Eglises riches de martyrs locaux. Les calendriers