‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 37 sur 218 · Gregor. Nyss. In laudem fratris Basilii · texte numérisé non relu

Gregor. Nyss. In laudem fratris Basilii

2. Le pape Sirice, écrivant en 385 à Himerius, évêque de Tarragone (Jaffé, 255), parle des « Natalitiis Christi seu Apparitionis, necnon et apostolorum seu martyrum festivitatibus ». Il n'est pas question encore de saints non martyrs. La première mention que nous en connaissions, est relevée en Palestine, à propos de saint Hilarion (f 371). Sozom. //. E. m, 14 [P. G. LXVII, 1077). On ne peut donc plus dire, comme MarïENE, De antiquis Ecclesiae ritibus (Rouen 1700), p. 550, que saint Martin (f 400) est le premier confesseur dont on ait lèté l'anniversaire.

3. SozoMÈNE (//. E. V, 3). au V siècle, parlant de deux localités voisines, Gaza et Maiuma, si voisines quelles n'ont qu'un municipe, mais qui forment pourtant deux Églises indépendantes, témoigne que ces deux Églises ont chacune leurs anniversaires respectifs, comme elles ont chacune leur clergé et leur évêque : "^Exaxipa ISta èTrîaxouov xai xXr,pov îyz\. vcal 7tavy)")fupetç [xapTupwv xai {jLveîa; twv nap' aOxotç Yevo(ji,£V(ov Upécov.

des Eglises donnent donc la liste des anniversaires et indiquent en même temps la basilique ou l'oratoire où ils se célèbrent. Un calendrier, établi pour l'Église de Tours par l'évêque Perpetuus (460-490), nous a été conservé par Grégoire de Tours. A Tours, le natale de saint Jean l'évangéliste se célèbre dans la basilique de Saint-Martin ; celui de saint Pierre et de saint Paul, dans la basilique des Saints-Pierre-et- Paul; celui de saint Martin, celui de saint Brice, celui de saint Hilaire, dans la basilique de Saint-Martin; celui de saint Litorius, dans la basilique de Saint- Litorius : tandis que les fêtes de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques, de la Pentecôte se célèbrent dans l'église cathédrale ^

A pareille date, Vordo psallendi des moines était arrivé au terme de son développement. L'influence des moines de Palestine avait été ici prépondérante. Les cénobites d'Egypte, en effet, sur la fin du iv^ siècle, au moins ceux que nous fait connaître Jean Cassien^, ne pratiquaient en commun que le cours nocturne et dans la forme archaïque que nous avons décrite plus haut. Pour eux, point de cours diurne : les « antelucanae

1. Histor. Francor» x, 31 : « De vigiliis. Natale Domini iii ecclesia. Epiphania in ecclesia. Natale sancti lohannis ad basilicam domni Martini. Natale sancti Pétri episcopatus ad ipsius basilicam. Sexto kalendas aprilis resurrectio Domini nostri lesu Ghristi ad basilicam domini Martini. Pascha in ecclesia... », etc.

2. Pallad. Hist. laus. xxiii, 3 (éd. Preuschen, 1897, p. 84), témoigne que les ermites n'avaient de synaxe en commun à l'église que le samedi et le dimanche, pour la liturgie eucharistique.

orationes » , comme dit quelque part archaïquement Cassien, une fois terminées, les cénobites égyptiens allaient à leurs travaux manuels, et ce qu'ils faisaient de prières dans le courant de la journée n'était plus qu'œuvre individuelle et libre , « voluntariuni rnunus «^ Les moines de Palestine, au contraire, avaient l'office tel que les ascètes et les vierges le pratiquaient à Jérusalem du temps de la Peregrinatio : le cours nocturne, comprenant les vêpres [vespertina solemnitas) au coucher du soleil, le nocturne (nocturna solemnitas) et les laudes matinales ; le cours diurne comprenant tierce, sexte et none"^.

Cependant les moines de Bethléhem avaient ajouté un exercice au cours diurne^. L'institution n'était pas ancienne, puisque Jean Cassien l'avait vu établir à l'époque où il séjournait à Bethléhem, vers 382. L'origine en est fort prosaïque. A Bethléhem, rapporte Cassien, quand l'office nocturne et les laudes étaient terminés, les moines allaient prendre quelque re-

1. Gassian. Institut, m, 2 : « Apud illos [i. e. Aegyptios] haec officia quae Domino solvere per distinctiones horarum et temporis intervalla cum admonitione compulsoris adigimur, per totum diei spatium iugiter cum operis adiectione spontanée celebrantur... Quamobrem exceptis vespertinis nocturnisque congregationibus, nulla apud eos per diem publica sollemnitas absque die sabbato vel dominica celebratur, in quibus hora tertia sacrae communionis obtentu conveniunt. » Autant SozoMEN. H. E. m, 14 (P. G. LXVIT, 1072).

2. Gassian. m, 3 : « In Palaestinae vel Mesopotamiae monasteriis ac totius Orientis supra dictarum horarum sollemnitatem, trinis psalmis cotidie finiuntur. »

3. Voyez J. Pargoire, « Prime et compiles », dans la Revue iVhist. et de litt. religieuses, t. III (Paris 1898), p. 281-288.

pos : « Reliquas horas refectioni corporum deputatas a maiorihus nostris invenimus. » Mais il arrivait que les moines prenaient prétexte de cette indulgence pour faire la grasse matinée et ne se réveiller qu'au coup de tierce. On a coupé court à ce relâchement en plaçant un office au lever du soleil, un office de trois psaumes, semblable par conséquent à l'office des trois autres heures diurnes. Ce fut l'origine de primée Cassien observe que cet office de prime ne fut pas accueilli partout en Orient, les plus vieux monastères voulant rester fidèles aux vieilles règles : mais il constate que, en Gaule, la propagation de prime ne souffrit pas de difficulté, dans les monastères, s'entend 2.

1. Cassian. III, 4 : « Gum... neglegentiores quique indutias somni longius protelarent, quippe quos vel cellas progredi, vel de suis stratis consurgere ante horam tertiam niilla conventus ullius nécessitas invitaret,... decretum est diutino tractatu et consul tatione sollicita, ut, usque ad ortum solis... fessis corporibus refectione concessa, invitati post hacc religionis huius observantia, cuncti pariter e suis stratis consurgerent, ac tribus psalmis et orationibus celebratis, secundum modum, qui antiquitus in observatione tertiae vel sextae trinae confessionis exemplo statutus est, et somno deinceps finem et initium operationi aequali moderamine simul facerent. »

2. Id. ihiû. 4 : « Cum hic idem typus de Oriente procedens hue usque fuerit ulilissime propagatus, in nonnuUis nuoc usque per Orientera antiquissimis monasteriis, quae nequaquam vetustissimas régulas patrum violari patiuntur, minime videtur admissus. » — Baeumer, 1. 1, p. 230, note que, au vr siècle, à s'en rapporter à Grégoire de Tours, prime ne devait pas exister dans les églises du clergé séculier du nord de la Gaule. Par contre, p. 240, il en trouve une trace certaine dans l'antiphouaire de Bangor (ms. de la fin du vir siècle), qui représente)

L'ollice de vêpres ne concordait pas avec la fin de la journée. Après vêpres avait lieu le repas du soir : le coucher venait ensuite. I^a journée de l'homme de Dieu lînirait-elle autrement que par une prière? Ne convenait-il pas que le religieux recommandât à Dieu la nuit et le repos qu'elle amenait? Quand la nuit commence, écrit saint Basile, il faut demander à Dieu qu'il garde notre repos de toute faute et de tout mauvais songe : et voilà pourquoi on dit alors le psaume xc [Qui habitat in adiutorio altissimi)^ . On a vu avec raison dans ces mots de saint Basile la plus ancienne attestation de la prière du coucher, prière monastique attestée aussi par l'auteur de la vie de saint Hypace, qui écrivait entre 447 et 450, et qui donne à cette prière le nom de -irpoiôuTcvia, premier sommeil^. Mais Cassien l'ignore. En Occident, at-on dit, saint Benoît le premier la fit rentrer dans le

la liturgie des monastères irlandais du vi*' et du vu'' siècle. Mais, là, prime est appelée secunda, car les laudes étaient vraiment la première prière du matin.

1. Basil. Regul. fus. tract, xxxvii, 5 : Kai TcâXtv t^ç vjvttôç ol.çyp]xv^r\c, r\ a'iTTjaiç toù àTrpodxoirov yifxîv xal çavtaaiwv èXeuôépav •juàp^ai Tï)v àvà7iau(nv, )>£YO[X£vou xal sv rauTY) t^ wpa àvayxaito; ToO a' tl'a^fJi-o'^- L'autour des Regulae fus. tract, xxxvii, 3-5, énumère en fait d'heures !•• tov ôp6pov, 2° xriv xpixyiv œpav, 3° Trjv sxxrjv, 4" TY)v swàrriv, 5" l'heure irriç (7U[X7ï)>r]p(oèeî(rYi; xyjç r)(xépaç, 6" l'heure x-^; vuxxb; àpxo[i.évyiç, 7° xo [^.scrovOxxtov, 8° enfin l'heure qui précède xbv opôpov. Ce texte donne l'impression qu'il y est parlé de prières conseillées plutôt que régulières.

2. Acta sanctorum iunii, t. III, p. 325, saint Hypace est présenté ^âlliùv xal e-j-/6{xevo<; ôpOpivà [laudes := prime], xpîxYiv, £xxr)v, èvvàxrjv, Xu^vcxà [vêpres], upioGuTivia [complies], (xsctovOxxia. Compléter par l'article « Apodeipnon « du ûict. arch. rhret. t. I. p. 2579-2582, du P. Pargoire.

44 HISTOIRE DU BRÉVIA.IHE ROMAIN.

cours des offices, en lui donnant le nom qu'elle a gardé de completorium ^ compiles, achèvement. Il est possible que saint Benoît n'ait fait que se conformer à un usage existant déjà, et dont témoigne son contemporain, qui ne fut pas vraisemblablement son disciple, Cassiodore'.

Le cycle de l'office monastique était maintenant complet, que personne n'a plus harmonieusement décrit que Cassiodore ;

Psalmi... nobis gratas faciunt esse vigilias, quando silenti nocte psallentibus choris huinana vox erumpit in musicam, verbisque arte modulatis ad illuiii redire lacit a quo pro salute humani generis divinum venit eloquium. Gantus quia aures oblectat et animas instruit, fit vox una psallentium, et cum angelis Dei quos audire non possumus laudum verba miscemus... Eis [vid. psalmis] Palris et Filii et Spirilus sancti una gloria sociatur, ut pcrlecta corum praeconia comprobentur. Ipsi enim diem venlurum matulina exsultatione conciliant; ipsi nobis priniain diei horara dedicanl; ipsi nobis terliani horam consecrant; ipsi sextam in panis con-

1. CASSiODOii.JÇ'xjoo.viï. inpsalt. ps. 118, vers. 164 : « Seplies in die laudem dixi libi... Si ad littcram hune numerum velimus advertere, soptem illas signiflcat vices quibus se monachorum pia devotio consolatur, id est matutinis, tortia, sexla, nona,lucernaria, completoriis, nocturnis. Hoc et sancti Ambrosii hymnus in sexlae horae decantatione iestatur. »

Cassiodore fait allusion à l'hymne Bis ternas horas explicans, qu'il attribue à saint Ambroise, mais qui est plutôt du temps de Cassiodore lui-même. On y lit : « ... Prophetae dicti memores [Ps. cxviii, 164], | solvamus ora in canticis | prece iiiixta davidicis, | ut septies diem vere ... [ laeti solvamus debitum. » Baeumer, t. I, p. 240, signale dans l'antiphonaire de Bangor une prière ad initium noctis, trace primitive de complies en Occident.

fractione laetificant; ipsi nobis nona ieiunia resolvunt; ipsi diei postrema concludunt ; ipsi noctis adventu ne mens nostra tenebretur efficiunt ^

Du point où nous sommes parvenus, nous embrassons d'un regard le développement qui constitue la genèse des heures. Une pensée primitive chrétienne, peut-être la pensée de la fin du monde et du retour du Christ, a créé l'antique vigile, c'est-à-dire roffîce vespéral, nocturne et matinal du dimanche. La célébration de cet office a été étendue par l'Eglise aux jours de station et aux anniversaires des martyrs. Les confréries d'ascètes et de vierges, au iv*" siècle, l'ont rendue quotidienne. Le désir d'honorer Dieu à chacune des heures qui partageaient la journée a créé tierce, sexte, none, pieux exercices restés dans l'antiquité chrétienne propres aux moines. Les deux exercices de prime et de compiles sont nés des conditions de la vie cénobitique. On reconnaît dans ces grands traits la part de l'ancienne Église et la part du monachisme, restées tranchées jusqu'au VI® siècle.

1. Gassiodor. Exposit. in psalt. praef. — Pour une comparaison de l'office selon saint Benoit et de l'office romain, Amalar. Supplément, ad lih. IV De officlis, publié par Mauil- LON, Vetera Analecta (Paris 1723), p. 93-100.

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