‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 45 sur 218 · L. P. t. II, p · texte numérisé non relu

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clerc, car nous voyons le pape Zacharie (741-752) l'enlever à son monastère pour l'attacher au service de la chambre pontificale (in Lateranensis patriarchii cubiculo esse praecepit) , après quoi il deviendra prêtre du titre de Sainte-Cécile ^ Saint Chrodegang ne concevra pas autrement les chanoines réguliers (clerici canonici) qu'il établira à Metz, sur le modèle, assure-t-il, de ce qu'il a vu pratiquera Rome^.

Or, quel est le rôle de ces moines basilicaux romains du viii^ siècle? Former les jeunes clercs à la vie et à la science ecclésiastiques, en concurrence avec le Vestiarium du palais pontifical? Héberger les pèlerins qui viennent visiter les sanctuaires apostoliques^? Sans doute. Mais la charge principale de ces moines est de chanter l'office. Et comme ils sont clercs et moines, leur office sera double. Clercs, ils prennent part à l'office quotidien des clercs, j'entends l'office vigilial. Moines, ils y ajoutent l'office diurne propre aux moines, tierce, sexte et none. Parlant de la restauration par Grégoire II (715-731) des monas-

2. Paul. diag. Gesla episcoporum melensium (P. L. XGV, 709) : « Hic clerum adunavit et ad instar coenobii intra claustrorum septa conversari fecit... Ipsumque clerum abundanter lege divina romanaque imbutum cantilena morem atque ordinem romanae Ecclesiae servare praecepit. » La vie du pape Grégoire IV (827-844) donne aux moines basilicaux romains le nom de « monachi canonici ». L. P. t. II, p. 78.

3. L. P. t. II, p. 52 : « [Paschalis] gratiam hospitalitatis in peregrinis et claudis qui ob"amorem beati Pétri apostoli de longinquis regionibus ad eius limina occurrebant, uiiliter praeparans necessaria subministrabat ». Pascal était alors abbé de Sain t-É tienne-Majeur.

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Itères de Saint-Paul-hors-les-murs , rhistoriographe pontifical écrit :

... Monasteria que secus basilicam sancti Pauli apostoli erant ad solitudinem deducta innovavit; atque ordinatis servis Dei monachis congregationem post longum tempus constituens, ut tribus per diem vicibus et noctii matiitinos dicerent.

Et comme on pourrait ne pas attribuer à ses expressions toute leur valeur, il les répète peu après, en marquant mieux ainsi le caractère canonique :

... Monasterium iuxta [ecclesiam sanctae Dei genetricis ad praesepe] positum sancti Andreae apostoli, quod Barbare nuncupatur, ad nimiam deductus desertionem, in quibus ne unus habebalur monachus, restaurans, monachos faciens, ordinavit ut teriiam sextam et nonam vel matiitinos in eadem ecclesia sanctae Dei genetricis cotidianis agerent diebus; et manet nunc usque pia eius ordination

En d'autres termes, les moines de Saint-Paul et de Sainte-Marie-Majeure chantent dans la basilique l'office vigilial nocturne [noctu matutinos) ; et, en outre, tierce, sexte, none, le jour [tribus per diem vicihus]. Ceci au commencement du viii^ siècle.

Encore quelques années, et il ne s'agira plus seulement de tierce, sexte et none, mais encore de prime et de vêpres. Voici comment s'exprime l'historiographe du pape Hadrien P'" (772-795) :

Hic... dum per aima exquisitione sua repperuisset monasterium quondam Honorii papae in nimia deso-

latione per quandam neglegentiam evenire, divina inspiratione motus, a noviter eum aedificavit atque ditavit, et abbatem cum ceteros monachos regulariter ibidem vila degentes ordinavit. Et constituit eos in basilica Salvatoris quae et Gonstantiniana iuxta Lateranense patriarchio posita offîcio celebrari, hoc est matutino, ora prima et tertia, sexta seu nona, etiam et vespertina, ab uno choro, qui dudum singulariter in utrosque psallebant, monachi monasterii sancti Pancratii ibidem posito, et ab altero clioro monachi iamfati monasterii sancti Andreae et Bartholomei qui appellatur Honorii papae, quatenus piis laudibus navilerque psallentes, hymniferis choris Deique letis resonent cantibus, reddentes Domino glorificos melos pro sepius memorali venerandi pontiflcis nomen, scilicet in saecula memorialem eius pangenles carminibus '.

Le texte spécifie que les moines des deux monastères du Latran auront à chanter l'office en chœur dans la basilique, l'office nocturne des vigiles et l'office diurne de tierce, sexte et none, auquel s'ajoutent dès lors prime et vêpres^.

2. Même formule au sujet des moines attachés à la basilique de Saint-Marc : « Matutino, hora prima, tertia et sexta atque nona seu vespera. » Ibid. p. 507, Même formule au sujet du monastère de filles attaché à la basilique de Sainte-Eugénie : « Hora prima, tertia, sexta, nona, vespera et matutino. » Ibid. p. 510. Voyez (ibid. p. 501 et 511) ce qui est dit de l'ofTice des monastères du Vatican et de Sainte-Marie- Majeure : le pape Hadrien régularise partout l'office chanté dans les basiliques. Voici le texte (p. 501) qui concerne le' Vatican : « Constituit in monasterio sancti Slephani cata Barbara patricia, situm ad beatum Petrum apostolum, congregationem monachorum, ubi et abbatem idoneam personam ordinans, statuit ut sedulus laudes in ecclesla beati Pétri persolvant, sicut et cetera tria monasteria; ut duo monasleri'a per

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On saisit dans ces divers textes la trace de révolution liturgique qui s'est accomplie à Rome, entre la fin du vii^ siècle et le milieu du viii*', sous Tinfluence monastique : j'entends la juxtaposition journalière de Toffice vigilial traditionnel des clercs et des heures monastiques. N'y a-t-il même que juxtaposition ? Et l'office vigilial des clercs, tel que le formulait le Li~ ber diurnus^ n'a-t-il point subi une transformation profonde? La distribution des psaumes et des leçons à l'office vigilial, cette distribution que nous verrons être, à Rome, à la fin du viii^ siècle, si sensiblement différente de ce qu'elle était au vi*' siècle à en juger par le Liber diurnus, n'est-elle point le fait des moines basilicaux ^ ?

Cette évolution liturgique, accomplie à l'intérieur des basiliques romaines entre la fin du vii*^ siècle et le milieu du vin% est due à l'influence prépondérante de l'usage de la basilique vaticane. Il est certain que, déjà sous Grégoire III (731-741), tous les jours, à Saint-Pierre, les moines des trois monastères alors existant auprès de la basilique chantaient vêpres devant la confession du prince des apôtres. Nous le savons par le texte d'un synode romain de l'an 732 :

Tria illa monasLeria qiiae secus basilicam apostoli simt constituta, sanctorum lohannis et Pauli, sancti

latera ipsius ecclesiae Deo nostro canant laudes ; quoniam ipsum monasterium in inagna desidia et negleclus incuria positus erat, et nullum offîcium divino cuitu ibidem exhibebatur. » 1. Notez que les textes produits par nous pour Rome au Yiii' siècle ne mentionnent pas complies. Vêpres est alors la seule evening prayer.

Slephani, et sancti Martini, id est eorum congregatio, omnibus diebus dum vesperas explevevint ante confessionem... ^

Et ce même pape Grégoire III, lorsqu'il fonde le monastère de Saint-Chrysogone, édicté que les moines dudit monastère chanteront les louanges de Dieu, dans la basilique de Saint-Chrysogone, non seulement la nuit, mais encore le jour, selon l'usage de la basilique de Saint-Pierre :

Constituens monachorum congregationem, ad persolvendas Deo laudes in eumdem titulum, diurnis atque nocturnis temporibus ordinatam, secundum instar officiorum ecclesie beati Pétri apostoli.

Il restaure et il organise les monastères du Latran :

Congregationem monachorum... constituit ad persolvenda cotidie sacra ofticia laudis divine in basilica Salvatoris domini nostri lesu Christi, quae Constantiniana mencupatur, iuxta Lateranis, diurnis nocturnisque temporibus ordinata, iuxta instar offîciorum ecclesie beati Pétri apostoli 2.

La liturgie pratiquée à Saint-Pierre devenait le canon même de la liturgie. Les monastères qui desservaient la basilique étaient les plus anciens de Rome, puisqu'ils remontaient à saint Léon : leur usage était

1. Ce texte est emprunté à un règlement établi par un synode du clergé romain; ce règlement fut gravé sur des tables de marbre dans la basilique de Saint-Pierre, et ces tables sont encore en partie conservées. Voyez tout le texte reproduit par DucuESNE, L. P. t. I, p. 422-424.

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me tradition, et leur tradition avait, à Rome même, me exceptionnelle autorité. Leurs abbés ou recteurs, [ui étaient des clercs, nous l'avons vu, cumulaient leur fonction d'abbé avec celle d'archichantre de Saint-Pierre : ils étaient les maîtres liturgistes de l'Église romaine. Le liturgiste anonyme frank, dont j'ai dit un mot déjà au paragraphe précédent et à qui je reviendrai bientôt, nous a conservé le nom de trois de ces recteurs, et il les place à la suite des papes Léon, Gélase, Symmaque, Jean, Boniface, Grégoire, Martin, comme les plus récents et les plus autorisés îiturgistes et cantilénistes de l'Église romaine :

Post istos quoque Galalenus abba, ibi deserviens ad sepulcrum sancti Petii, et ipse quidem anni circuli cantum diligentissime edidit.

Post hune quoque Maurianus abba, ipsius sancti Pétri apostoli serviens, annalem suum cantum et ipse nobile ordinavit.

Post hune vero domnus Virbonus abba et omnem cantum anni circuli magnifiée ordinavit ^

Ce qu'était Rome pour la piété et pour l'imagination des peuples latins d'Occident du haut Moyen Age ^, on l'a dit bien des fois, mais jamais mieux que

1. Anonym. Gerbert. v, 6 (plus loin, p. 177). Il faut lire « domnus Virbonus » et non « Domnus vir bonus ». L'emploi de domnus est un indice que cet abbé vivait encore quand le document a été écrit.

2. J. GuiRAUD, Rome ville sainte au V siècle [Compte rendu du IV^ congrès scient, internat, des cath. Fribourg 1897, p. 106 et suiv.). Cf. Vita aniiquissima S. Gmgorii, 28 (éd. Gasquet, p. 37) : « ... Romne quae urbium caput est orbisque domina ».

de rudes inscriptions ne le disaient à Rome aux pèlerins :

Quis negetlias arces insf ai' esse poli?

lisait-on au vi® siècle sur la porte de Rome dite porte de saint Pierre ^ Ou encore :

Nimc caêlo est similis, nunc inchjfa Roma vere[nda], cuius claustra docent inliis inesse Deiim-.

On lisait sur l'arc triomphal de la basilique du Vatican :

Quod duce te mundus sarrexit in astra triumphans hanc Constantinus victor tibi condidit aulam ='\

Saint-Pierre était par excellence le sanctuaire de la catholicité latine, et le tombeau de l'apôtre la pierre angulaire de l'Église d'Occident.

Magna quidem serval venerabile Roma sepulchrum in quo pro Christi nomine passus ohit^!

Tous les yeux étaient tournés vers cette confession auguste. Des pèlerins lui venaient chaque jour des

L'auteur écrit vers 713, à Whitby. Rapprochez l'inscription dédicatoire du Codex Amiatinus, offert à la basilique de Saint- Pierre par Geolfrid, abbé de Wearmouth, en 716 : « Corpus ad eximii merito venerabile Pétri | dedicat ecclesiae quem caput alta fides... » Cf. mon article « Amiatinus » Am Dictionnaire de la Bible de Vigolroux, où j'ai résumé le travail de M. de Rossi.

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