Urlichs, p
4. De Rossi, p. 113, inscription de l'église Saint-Pierre, à Spolète (v* siècle).
LES ORIGINES DE l'oFFICE ROMAIN. 87
^B extrémités de la Bretagne, comme des vallées de la
^f Loire et du Rhin. Pour ces pèlerins la liturgie pra-
^ tiquée à Saint-Pierre était le canon de la liturgie.
L'illustre abbé de Wearmouth, le maître de Bède,
Benoît Biscop (628-690), était de ces pèlerins du
vii^ siècle , dévots au tombeau du prince des apô-
Itres : cinq fois il fit le pèlerinage d'Angleterre à Rome. A Rome, il avait demandé le plan de son abbaye de Wearmouth. En souvenir de Rome, il avait voulu qu'elle portât le vocable de Saint-Pierre. A Rome, il avait acheté les livres de ses moines. A Rome enfin, il avait demandé son office et sa cantilène. Davantage, il avait demandé au pape Agathon (678-681) de lui donner des clercs romains, qui viendraient à Wearmouth former les moines anglosaxons à l'instar des moines romains. Accédant à cette prière, le pape avait confié cette mission au « vénérable Jean, archichantre de l'église de l'apôtre saint Pierre et abbé du monastère de Saint-Martin », un des quatre monastères vaticans. Benoît Biscop avait amené de Rome en Bretagne ledit abbé Jean, pour que, à Wearmouth, il dressât les moines à chanter l'office ainsi qu'on le chantait à Saint-Pierre de Rome \
1. Bed. Hist. Anglor. iv, 18 {P. L. XCV, 199) : «... vir venerabilis lohannes archicantator ecclesiae sancti apostoli Pétri, et abbas monasterii beati Martini, ... venerat a Roma per iussionem papae Agathonis... quatenus inmonasterio [abbatis Biscopi] cursum canendi annuum, sicut ad sanctum Petrum Romae agebatur, edoceret. Egitqiie abbas lohannes ut iussionem acceperat pontifiais, et ordinem videlicet ritumque canendi ac legendi viva voce praefati monasterii cantores
Ce point est très instructif et n'a point jusqu'ici été assez remarqué, que la basilique de Saint-Pierre, avec sa scola et ses grands-chantres, a été le lieu d'origine de l'office canonique romain. Le fait était accompli, dans le troisième quart du vii^ siècle, grâce à cet irrésistible mouvement de dévotion et d'admiration qui portait les moines d'au delà les monts à ne considérer plus comme office romain que l'office des moines de Saint-Pierre ; à emprunter à cet office basilical la distribution de ses psaumes, de ses leçons, le texte de ses antiennes et de ses répons, le cycle de ses fêtes, entendez les fêtes du temps. Tel était l'éclat et telle l'autorité du canon de l'office basilical de Saint- Pierre, à une époque où pourtant il n'était point encore codifié, puisque l'abbé Jean dut, à Wearmouth, se résoudre à en écrire au moins un directoire pour la commodité des monastères anglo-saxons. Le jour où l'office de Saint-Pierre se trouva codifié, le jour où les Libri responsales ou antiphonaires dits plus tard de saint Grégoire, mais en réalité de Saint-Pierre, purent se répandre, ils feront la conquête des Églises franques ^ .
Mais avant de voir ce succès de l'office basilical romain, il nous reste à expliquer comment s'était formé et développé l'office des églises cimitériales, d'un mot le sanctoral de l'Eglise romaine, et comment il fut introduit dans l'office basilical romain.
edocendo, et ea quae totius anni circulus in celebratione dierum festorum poscebat, etiam litteris mandando. »
1. Sur la pénétration (avant Pépin) du romain dans le gallican, voyez D. Morin, « Fragments inédits d'antiphonaire gallican », Revue bénédictine, 1905, p. 329-357.
LES ORIGINES DE l'oFIICE ROMAIN. 89
Les fêtes de saints, à Rome comme dans toutes les Églises chrétiennes, étaient à l'origine des anniversaires de martyrs indigènes. Et ainsi l'histoire des fêtes romaines de saints est liée à l'histoire des cimetières et des basiliques cimitériales de la banlieue romaine.
Les églises inti^a muros ne furent pas d'abord mises sous le vocable des saints. Les églises presbytérales ou titres portaient le nom du fidèle ou du pape qui les avait établies à ses frais. On disait, au iv*" et au v^ siècle, le titre de Vestina, le titre de Lucina, le titre de Fasciola, le titre de Damase, le titre de Pudens, le titre de Clément..., pour désigner ces églises paroissiales ^ Plus tard seulement, au déclin du vi' siècle et au cours du vii% les églises des diaconies furent fondées sous des vocables de saints : on eut intima muros les basiliques de Saints-Côme-et-Damien, de Saint-Adrien, de Saints-Sergius-et-Bacchus, de Sainte-Lucie...-, par assimilation aux basiliques suburbaines élevées sur le tombeau des martyrs et pour ce fait nommées de leurs noms.
C'est, en effet, dans les seuls cimetières suburbains que se célébraient à l'origine les anniversaires des martyrs, de même que les anniversaires des défunts de chaque famille. Un texte peu explicite attribue au
1. Voyez les souscriptions du synode romain de l'année 499, sous le pape Symmaque, dans les Variae de Cassiodore (édit. MoMMSEN des M, G.), p. 410-415.
pape Félix (269-274) l'institution de synaxes liturgiques sur la tombe des martyrs; mais, comme on l'a fait observer, ce texte ne témoigne rigoureusement que de l'usage romain du commencement du vi*' siècle, c'est-à-dire l'usage contemporain de la rédaction de ce passage du Liber ^. On sait cependant, grâce à Prudence, que cet usage existait au commencement du v*^ siècle : le jour anniversaire de la mort d'un martyr, la messe était célébrée, soit sur l'autel dos basiliques cimitériales qui s'élevaient au-dessus du tombeau, soit dans la crypte elle-même (si elle existait encore), sur un autel placé à côté du tombeau. La messe ad corpus, si restreint pouvait être le nombre des assistants, était par la force des choses une messe quasi privée ; l'autre, au contraire, célébrée dans une enceinte souvent fort vaste, ou même à ciel ouvert sur l'aire du cimetière, était une missa publica. Le peuple pouvait y assister en foule. Parlant de l'anniversaire de saint Hippolyte, sur la voie Tiburtine, Prudence distingue soigneusement la crypte où est le corps du martyr et où les fidèles viennent journellement et individuellement prier :
Haud procul extrcmo culta ad pomaeria vallo mersa latebrosis crypta patet foveis...
et la basilique, celle de Saint-Laurent, élevée au rez du sol, où, le jour anniversaire du martyr, le peuple et les pèlerins viennent en foule assister aux solennités liturgiques :
LES ORIGINES DE l'oFFICE ROMAIN. 91
lam ciim se rénovât deciirsis mensibus annus
natalemque diem passio festa refert...
urbs augiista suos vomit effunditqiie Quirites... Exsultant fremUus variariim hinc inde viarum.., Stat sed iiixta aliiid quod tanta freqiientia iemplum
tune adeat, cnltii nohile regifico...
Plena lahorantes aegre domiis accipit undas
arctaque confertis aestuat in foribiis i.
La vie de sainte Mélanie nous a appris que la fête de saint Laurent est solcmnisée par une messe, que précède une vigile nocturne ^. On le savait grâce à l'auteur du traité De haeresi praedestinatorum, qui, écrivant au y° siècle, rapporte, en effet, que la basilique des saints Processus et Martinien, au deuxième mille de la voie Aurélienne, a été enlevée à la secte hérétique des Tertullianistes, qui y avaient installé leur culte (392-394). Cette expulsion date au plus tard du pontificat d'Innocent V^ (401-417). Et notre auteur en écrit ceci : « Martyrum suorum Deus excuhias catholicae festivitati restituit ^. » Le mot excubiae est le synonyme de vigiliae.
1. Prudent. Perisiephanon, xi, 153 et suiv. Cf. card. Ram- POLLA, p. 267.