CHAPITRE III l'office romain du temps de charlemagxe
Pour décrire l'office romain du temps de Charlemagne, des Antiphonalia et des Responsalia ^ purement romains, comme ceux dont parle le concile de Glovesho en 747^ ou ceux que Chrodegang rapporta de Rome à Metz en 754, ou ceux que Pépin reçut du pape Paul P'' vers 760, ou celui que l'abbaye de Corbie possédait « signé » du pape Hadrien en 783, nous seraient infiniment précieux. Nous ne les avons malheureusement pas^.
1. Précisons les termes. Nous savons par Amalaire [De ord. antiph. prolog-) que les Romains de son temps distinguent 1° le Cantatortiim ou livre des chants de la messe, qu'Amalaire appelle graduel {Gradale), 2" le Responsoriale ou livre des répons de l'otfice, 3" VAntiphonariiis ou livre des antiennes de l'office. Amalaire, fidèle à l'usage frank, bloque les répons et les antiennes et donne au recueil le nom d'AiiUphonarius. Paul P"", envoyant à Pépin les livres d'office romains, distingue « Antiphonale et responsale ». Jaffk, 2351. Tenons-nous à la terminologie d'Amalaire.
2. L'antiphonaire publié sous le nom de saint Grégoire par les éditeurs bénédictins de ses œuvres, est un ms. de la fin du IX" siècle, Bibl. Nat. lat. 17436, provenant de l'abbaye de Saint- Corneille, à Gompiègne. G'cst un texte romano-frank approprié à l'usage d'une église du Nord de la France. Il est réimprimé dans P. L. LXXVIII. 726-850.
l'office romain du temps de charlemagne. 105
En revanche, nous avons l'œuvre du liturgiste frank Amalaire ^ Né dans la seconde moitié du vin" siècle, disciple d'Alcuin à Tours, très en cour auprès de Charlemagne qui le fit archevêque à Trêves (vers 809), Amalaire est le plus grand liturgiste de son temps et de son pays. Il connaît Rome pour l'avoir visitée une première fois, croit-on, sous le pape Léon m (795-816). Il y est revenu, sous le pape Grégoire IV, en 831. II s'y est appliqué à l'observation des usages liturgiques ; il a interrogé notamment l'archidiacre Théodore, dont il. rapporte les réponses.
Entre les exemplaires romains de l'antiphonaire, comme entre l'usage romain du temps et ces exemplaires de dates diverses, Amalaire constate de multiples divergences. La raison en est aisée à conjecturer : la lettre, la note, l'ordre ont varié même à Rome entre 750 et 830. Amalaire nous l'apprend : étant en 831 à Rome, il a demandé au pape Grégoire IV un exemplaire du chant suivi à Rome, et le pape lui a répondu qu'il n'en avait pas qu'il pût offrir à l'empereur, Louis le Débonnaire, ayant donné le seul qu'il eût de disponible à l'abbé de Gorbie, Wala, quand naguère il était venu en ambassade à Rome. Amalaire recourt au monastère de Gorbie, où il consulte l'antiphonaire donné par Grégoire IV : un exemplaire, en quatre volumes, trois pour l'office noc-
1. Voyez Dom Morin, « La question .des deux Amalaires », Revue bénédictine, t. VIII (1891), p. 433-442 et « Amalaire, esquisse biographique», ibid. t. IX (1892), p. 337-351. Voyez aussi la notice de E. Duemmler, dans {M. G.) Epistolae karolini aevi, t. III (1899), p. 240-241.
turne, un pour l'office diurne, portant en tête une inscription (nous Favons citée plus haut) qui attribuait au pape Hadrien cette codification. Or, poursuit Amalaire, l'antiphonaire de Corbie et ceux de Metz différaient « non solum in ordine, verum etiam in çerbis et multitudine responsoriorum et antiphonariim quas nos non cantamus ». Il est vrai que l'antiphonaire de Metz parut à Amalaire sur beaucoup de points mieux ordonné : « In multis rationahilius statuta reperi nostra volumina quam essent illa » ^ . Amalaire était donc en présence d'un problème de critique, qu'il résolut ingénument par de l'éclectisme en constituant un antiphonaire romain propre à Metz, qui de longtemps allait être l'édition modèle du chant ecclésiastique ^. C'est cette édition quasi critique qu'il commente dans son livre De ordine antiphonarii publié entre 827 et 833. Nous y trouvons, puisque d'ailleurs nous possédons les répons et les antiennes dont parle Amalaire, de précieuses indications pour reconstituer l'office authentiquement romain ^.
1. De ord. an^ipi^. prolog. — Amalaire encore (/6/'i. 68), parlant des antiennes dont le texte est pris aux évangiles de chaque jour, raconte qu'il demanda aux « maîtres de l'Église romaine », s'ils les chantaient, et ceux-ci répondirent non. Et il ajoute : « Nostri tamen magistri dicunt se eas ab eis percepisse per primos magistros quos melodiam cantus Romani docuerunt infra terminos Francorum. Deus scit si isti fallant, aut si ipsi fefellissent qui gloriati sunt se eas percepisse a magistris romanae Ecclesiae, aut Romani propter incuriam et neglegentiam eas amisissent... »