L'empereur poursuit : « Qui [Paul Diacre] nostrae cel
l'office romain du temps de charlemagne. 127
liaire impérial eut vite fait de supplanter les autres, et de lui est dérivé en partie l'homiliaire actuel de l'Église romaine.
La neuvième leçon dominicale était suivie de son répons, le neuvième ^ A Rome, encore du temps d'Amalaire, il n'était aucunement question de substituer à ce neuvième répons, ou de lui donner comme complément le Te Deiim. La liturgie romaine du temps d'Amalaire réservait le Te Deum au nocturne des seules fêtes des saints papes ^. On doit dire que cet
situdini dévote parère desiderans, Iractnlus alqiie sermones diversorum catholicoriim patriini perlegens, etoplima quaeque decerpens, in duobus voluminibus per tolius anni circuluni congruentcs cuiquo fesiivilati dislincle et absque viliis nobis obtulit lecliones. Quarum omnium tcxtum nostra sagacilaio perpendenles, nostra eadem volumina aucloritate constabilimus, vestraeque religioni in Ghristi ecclesiis tradimus ad legendum. » Pertz, {M. G.) Leges, t. I, p. 45. L'homiliaire est imprimé dans P. L. XGV, 1159 sqq. Mais le texte imprimé par Migne renferme des additions postérieures (xr-xiii" siècle) fusionnées avec l'homiliaire primitif : on ne peut donc, au Jugement de l)om Morin, y voir l'homiliaire même de Paul Diacre. Pour une restitution de l'homiliaire de Paul Diacre, 1". WiEGAND, Das JlomUiariiim Karls des Grossen aiif seine ursprûngliche Gestalf hin-iintersiicM (Leipzig 1897), et Dom Morin, « Les sources non identifiées de Fhom. de P. D. », Revue bénédictine, 1898, p. 400-403.
1. De eccl. off. iv, 9 : « Coniungunt nos novem lectionos conversalioni novem ordinum angelorum. Coniungunt nos novem responsorii gaudiis eorumdem novem ordinum angelorum. » Baeumer, t. I, p. 412, note que, pour le troisième nocturne du dimanche, les lectionnaires ont des homélies sur l'évangile du jour, mais aussi des « exposiiiones epistolarum vel apocalypsis », c'est-à-dire des homélies sur l'épître du jour. Ces dernières se maintinrent jusqu'à Innocent IIL
2. De ord. antiph. prolog. : « Interrogavi si canerent per dominicas noctes Te Deum laudamus. Responsum est : Tan-
« hymne » n'appartenait point à la tradition liturgique romaine ^
A défaut du Te Deum, à Rome, le neuvième répons terminait l'office nocturne dominical. Pour commencer laudes, on attendait que le soleil parût. La pause était plus ou moins longue selon la saison : les clercs et les moines l'employaient à se remettre en haleine : « Nocturnis finitis, si lux non statùn superç>eneril faciunt modicum inters^allum, propter nécessitâtes fratriiniy et iterum ingrediuntur ad matutinis laudibus complendas », dit encore l'Anonyme de Gerbert dans son latin de frère lai! A Rome, on tenait si fort à commencer laudes au soleil levant, que, arrivait-il aux nocturnes de n'être point achevés quand le soleil paraissait, l'on devait couper court au nocturne pour attaquer laudes sans plus tarder^. Comme vé-
lum in nataliliis pontificum Te Deum laudamus canimus. » Saint Benoît le prescrit à l'office nocturne dominical. Regul. 11 : « Post, quartum autem responsorium incipiat abbas ymnum Te Deum laudamus. »
1. En pays gallican, on tenait le Te Deum pour l'œuvre collective de saint Ambroise et de saint Augustin. Mais personne ne songe plus à attribuer ce centon à saint Ambroise ni à saint Augustin. On a renoncé également à l'attribuer à Nicétius, évêque de Trêves (537-566), le Te Deum étant sûrement antérieur au vi* siècle. L'attribution la plus plausible est celle qu'a proposée Dom Morin et que fait valoir A. E. Burn, Niceta of Remesiana his life and works (Cambridge 1905), p. xGiicxxv : l'auteur du Te Deum est Nicétas.
2. De ord. antiph. 4 : « Sancta romana Ecclesia hoc specialim nobis insinuât per suam consuetudinem. Ipsa enim quotocunque ordine vel numéro lectionum viderit maturam procedere, ut audivi, dimittit nocturnale oftîcium, et incipit matutinale. »
r/oFFICE ROMAIN DU TFAFPS DE CHARLEMAGNE. 129
près, laudes débutaient par le verset Deiis in adiatorium suivi du Gloria Patri. Comme à vêpres, la psalmodie comptait cinq psaumes : invariablement les psaumes matutinaux Deus deus meus, Laudate dominum de caelis, Cantate domino, Laudate dominum in sanctis. 11 s'y ajoutait, le dimanche, le Dominus régnant et le Benedicite; aux fériés le Miserere et l'un des six autres cantiques de l'Ancien Testament... ^ La psalmodie était, comme celle de vêpres, antiphonée. Comme à vêpres, la psalmodie s'achevait sur une leçon brève, un verset. Puis le Benedictus, antiphoné^. Enfin le Kyrie eleison et le Pater. Amalaire ne parle pas de faire réciter ici la collecte.
Avec l'office de laudes s'achevait le cours nocturne, et les moines pouvaient maintenant aller prendre quelque repos.
1. De eccl. off. iv, 10 et 12, — Cf. Benedigt. Regiil. 13 : « Nani ceteris diebus [privatis] canticum unumqiiemque die suo ex prophctis, sicut psallit Ecclesia romana, dicanhir. » Saint Benoît marque pour les laudes du dimanche, outre le Miserere et le ps. cxvii [Confite mini), les pss. lx [Deus niiserealiir nostri) et lxii {Deus deus meus). Il ajoute : « Inde benodicones (le cantique Benedicite de Daniel) et laudes ^les pss. gxlviii-c:l), lectio de Apocalypsin una ex corde (une leçon brève), et responsorium, ambrosianum (un hymne), versum, canticum de Evangelio, letania et completum est. » Pas trace de collecte. — Cf. D. G. M. « L'uniformité dans les laudes du dimanche, du iv* au vir siècle. » Revue bénédictine, 1889, p. 301-304.
2. De ord. antiph. 2 : « Post hos psalmos canitur aliqua lectio... Post quam lection^m dicitur versus [Dominus régnavit...\ Post hoc tempus sequitur ut hymnus dicatur [Benedictus...]. » Aux laudes fériales, Amalaire indique le verset Repleti sumus mane, et il ajoute : « In romano vero antiphonario inveni plures. » De ord. antiph. 5.
La journée était au cours diurne, c'est-à-dire aux trois heures de tierce, sexte et none. Chacune des trois avait même programme. En tète, le verset Deus in adiiitorium, le Gloria Palvi, et trois psaumes à la suite ^ Trois psaumes, ou plutôt trois sections de psaume, trois octonaires du psaume Beati immaculali. Trois psaumes non antiphonés. Après la psalmodie, une leçon brève, un verset, le Kyrie eleison et le Pater ^. Le programme des trois petites heures diurnes était ainsi complètement indépendant de celui de Toffice nocturne, et il était invariable.
De même que complies, prime était un exercice surtout conventuel. C'était la prière du lever des moines, comme complies était la prière de leur coucher. « Ista prima ibi cantatur ubi dormiunt, » dit encore l'Anonyme de Gerbert. Et, ce qui prouve que les petites heures diurnes avaient commencé par être de même purement conventuelles, prime comme elles comptait trois psaumes : c'étaient pour prime le psaume Deus in nomine tuo sahum me fac et les deux premiers octonaires du Beati immaciilati^. Comme elles, prime débutait par le Deus in
1. Ardon. Vita s. Benedicti anianen. 52 {P. L. GUI, 379) : « Officia [diurna] iuxta romanum psalmo cxviii persolventur. »
2. Amalar. De eccl. off. iv, 3 et 4. Saint Benoît, Regul. 17, énumère, après les trois psaumes, une leçon, un verset et lo Kyrie eZeiso/i simplement : « ternos psalmos, lectione etversii, Kyrie eleison et missas. » Pas trace de collecte.
3. On ajouta plus tard à cette psalmodie de prime le dimanche les cinq psaumes xxi-xxv, qui ont été, par Pie V, reportés sur la semaine. Je ne trouve pas l'origine de cette surcharge.
L'OFFICE ROMAIN DU TEMPS DE CHARLEMAGNE. 13i
adiatûrium... Gloria Patri, Comme elles, prime s'achevait par un verset, le Kyrie eleison et le Pate7\ Mais à prime point de leçon brevet Amalaire joint à cette psalmodie la récitation du symbole des apôtres^. Il y joint le chant du Miserere, et, entre le Miserere et le symbole, il place des versets exprimant des sentiments de pénitence et de pardon, comme Vi^et anima mea et laudabit te et iudicia tua adiiivahant me^. Il n'est point question du Confiteor"".
L'office qui précède est distinct de l'exercice qui va suivre; du moins a-t-il été distinct à l'origine,
1. De ord. antiph. 6 : « Psalmus Deus in nomine tiio... praeponitur cxviir. » De eccl. off. iv, 2 : « Deinde sequitur versus Exsiirge Domine adiuva nos... Postea inchoamus implorare misericordiam Domini per Kyrie eleison, et Christe eleison, et iteruni Kyrie eleison.... Ac deinde sequitur oratio dominica. » De ord. antiph. 6 : « In prima non recitatur lectio. »
2. De eccl. off. iv, 2 : « Post orationem dominicam sequitur nostra credulitas quam sancli Apostoli constituerunt. »
3. De eccl. off. iv, 2 : « Sequitur psalmus quem David cantavit postquam paenitendo conversus est a malo adulterii et homicidii. »
4. Mais il en est question dans la règle de saint Ghrodegang (ch. xix) : « Gonvenientes cleri ad primam canendam in ecclesia, completo ofTicio ipso, ante psalmum quinquagesimum, douent confessiones suas vicissim, dicentes : Confiteor Domino et tibi, frater, quod peccavi in cogitatione, et locutione, et opère : propterea, precor te, ora pro me. Et ille respondet : Misereatur tui omnipotens Deus, et indulgeat tibi omnia peccata tua : liberet te ab omni malo, conservet te in omni bono, et perducat te ad vitam aeternam. Et ille dicit : Amen. Supplici corde certatim pro se orantes, hoc sibi faciunt. Hoc expleto, conveniunt ad capitulum. « Cf. Dunstan. De reglmine monach. 1 {P. L. GXXXVII, 482) : « Post hoc (à l'issue du capitulum) quicunque se reum alicuius culpae agnoâcit, veniam humiliter postulans, petat indulgentiam ».
témoin la règle de saint Chrodegang, qui, faisant réciter la psalmodie de prime à l'église, place au chapitre l'exercice qui l'accompagne, et qui s'ouvre par la lecture du Martyrologe, suivie du verset Pretiosa in conspectu Domini^ de l'oraison Sancta Maria et omnes sancli ou tout autre analogue. La lecture du martyrologe n'était pas la raison d'être de cet exercice, placé ainsi au début de la journée pour que la tâche de chacun y fût déterminée, et la bénédiction de Dieu appelée sur l'œuvre des mains de ses serviteurs. De là le prononcé de trois fois le verset Deus in adiutorium^ ^ puis Gloria Patriy le Kyrie^ le Pater ^ suivi du psaume Respice in seivos tuos^ et de l'oraison Dirigere et sanctificare...'^. Les moines basilicaux de Rome ne levaient point le chapitre sans avoir fait une lecture dans la règle de saint Benoît, c'est ce que nous apprend l'Anonyme de Gerberf*. Amalaire parle seulement d'une lecture; mais pour
1. L'Anonyme de Gerbert, v, 4 (plus loin, p. 176), marque que telle est la formule de prière par laquelle le cuisinier de semaine inaugure sa semaine le dimanche matin, et qu'il en va de même, à Saint-Pierre, chaque samedi (tierce), pour les mansionarii de semaine. « Statim dicit qui ingreditur Deus in adiutoriiim meum intende, et ista oratione ter cum omnibus repetitur. »
2. Saint Chrodegang fait réciter tout le psaume : « Respice in servos tuos pariter usque in fmem psalmi, subiungentes Gloria. Deinde prior dicit : Dirigere... « Regiil. 18. Cf. DuNSTAN. De regimine monach. 1 (P. L. GXXXVII, 482).