Microlog. p
5. Amalar. Epistul. ad Hilvinum (éd. Duemmler, p. 248) : « leiunaraus de alléluia viiii ebdomadas. »
(j. Ot'do de Montpellier, fol. 96 : « Graeci a sexagesima de carne levant ieiunium; monachi vero et Romani devoti vel boni christiani a quinquagesima; ruslici autem et reliquus vulgus a quadragesima. Primum autem ieiunium quarta et sexta feria post quinquagesimam, id est una ebdomada ante quadragesima, apud eo|i publicae agitur. »
L'office de ces neuf dimanches avant Pâques était l'office dominical ordinaire de dix-huit psaumes et neuf leçons ; l'office des stations de carême était l'office férial de douze psaumes et trois leçons. Les répons donnaient à ces différents offices leur caractère distinctif; car, outre les responsoria de Abraham, de loseph, etc., correspondant à l'Ecriture occurrente jusqu'à la semaine sainte, les dimanches et les stations d'avant Pâques avaient une série de répons pénitentiaux : Ecce nunc tempus acceptabile..., Emendemus in melius...y Paradisi portas.,., tous répons qui ont passé dans le Bréviaire romain, mais qui sont inférieurs à la plupart des répons de l'Avent. Par contre, les répons du temps de la Passion constituent un ensemble de premier ordre. Nous avons presque tous au Bréviaire ces admirables répons dont Amalaire dit expressément qu'ils sont l'œuvre des maîtres de l'Église romaine ^ .
In proximo est tribulatio mea, Domine, et non est qui adiuvet, ut fodiant manus meas et pedes meos. Libéra me de ore leonis, ut narrera nomen tuum fratribus meis. — Deus deus meus, respice in me : quare me dereliquisti longe a salute mea? — Libéra me de ore leonis... — In proximo est tribulatio mea, et non est qui adiuvet!
1. De ord. antiph. 43 : « In duabus ebdomadibus anle Pascha Domini undecunque potuit colligere compositor antiphonarii sermones convenientes passioni Domini, super eos fecit sonum cantus habitera ad id terapus, id est lugubrem, iuxta numerum necessariorura responsoriorura et antiphonarura... Gorapositi sunt a raagistris sanctae romanae Ecclesiae, in quibus [= responsoriis] corapunctio traditionis eius [= Christi] frequentatur, et dolor crucifixionis eius stimulât corda fidelium. »
l'office romain du temps de charlemagne. 141
Ils expriment la plainte du Christ au jardin des Oliviers, du Christ trahi et abandonné, « compunctio^ ncm traditionis eiiis », pour employer le mot d'Amalaire.
Dixerunt impii non recte cogitantes : Gircumveniamus iustum, quoniam conirarius est operibus nostris. Promittit se scientiam Dei habere! Filium Dei se nominat! Et gloriatur patrem se habere Deum ! Videamus, si sermones illius veri sint. Et si est verus filius Dei, liberet illum de manibiis nostris. Morte turpissima condemnemus eum ! — Haec cogitaverunt. Et erraverunt : excaecavit enim illos malitia eoruin, et nescierunt sacramenta Dei. — Morte turpissima condemnemus eum !
Ils expriment les mauvais sentiments de la foule indécise encore, et son ironie, et sa brutalité — Et le Christ reprenant dans un autre répons :
Adtende Domine ad me, et audi voces adversariorum meorum. Numquid redditur pro bono malum? Quia foderunt foveam animae meae. — Homo pacis meae in quo sperabam, qui edebat panes meos, ampliavit adversum me supplantationem. — Numquid redditur pro bono malum? — Adtende Domine ad me, et audi voces adversariorum meorum...
On entrait dans la grande semaine : l'office du lundi, du mardi, du mercredi saints était l'office férial : douze psaumes, trois leçons. Et l'on arrivait ainsi au triduum des trois dernières fériés de la semaine sainte, où l'office devait prendre l'ampleur des plus solennels anniversaires.
L'office des trois derniers jours de la semaine sainte est minutieusement décrit par les Ordines /^omaniles
plus anciens et les plus purs, celui d'Einsiedeln, celui de Saint-Amand. Cet ofFice était sûrement une pure création romaine. Le jeudi, le vendredi, le samedi saints, l'office devait commencer au milieu de la nuit, et, contrairement à l'ordinaire, on ne disait ni le Deus in adiiUoriurUy ni l'invitatoire, mais on attaquait la psalmodie sans prélimiijaire. L'office était de trois nocturnes, chacun de trois psaumes antiphonés. Puis le verset, et le lecteur se levait pour la leçon; mais il ne demandait point de bénédiction pour la commencer et ne prononçait point le Tu autem en la terminant. Les leçons, au premier nocturne, étaient des Lamentations de Jérémie à chacun des trois jours; celles du second nocturne étaient de saint Augustin ; celles du troisième, des épîtres de saint Paul. Les psaumes ni les répons ne comportaient de Gloria Patri. A la suite des trois nocturnes, laudes antiphonées. Pour clore les laudes, point de Kyrie eleison comme d'ordinaire, mais simplement l'oraison Christus factus est. Et toute l'assemblée se retirait en silence. — A l'office nocturne du jeudi saint, qui se célébrait à Saint-Jean-de-Latran, la basilique était illuminée comme à l'ordinaire. A l'office du vendredi saint, à Sainte-Croix-en-Jérusalem, on éteignait l'une après l'autre toutes les lumières, de sorte qu'à la fin du Benedictus de laudes il n'en restât plus qu'une allumée, que l'on faisait alors disparaître derrière l'autel [reservetur absconsa usque in sabbato sancto). C'était le signe que la lumière du monde était éteinte, le Christ mort, et que les ténèbres se faisaient sur toute la terre. L'office nocturne du samedi saint se célébrait
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dans robscurité [tantiim iina lampada accendatur pr opter legendum ^).
L'Eglise romaine n'aurait même pas eu besoin de celte symbolique mise en scène pour frapper l'esprit de ses fidèles. Tout le drame de la passion du Sauveur était dans les répons de son office.
Eram quasi agnus innocens, ductiis sum ad immolandum et nesciebam. — Gonsilium fecerunt inimici mei adversum me dicentes : Venite, mittamus lignum in paneni eius, et conteramus eum de terra viventium. — Omnes inimici mei adversum me cogitabant mala mihi, verbum iniquum mandaverunt adversum me. — Venite, mittamus lignum in panem eius, et conteramus eum de terra viventium. — Eram quasi agnus innocens, etc.
Puis, après cette plainte du Christ, l'émotion de sa mère appelant au secours les apôtres qui ont fui :
Vadis propitiatus ad immolandum pro omnibus. Non tibi occurrit Petrus, qui dicebat mori tccum? Reliquit te Thomas, qui aiebat : Omnes eum eo moriamur? Et ne unus ex illis? Sed tu solus duceris, qui castam me confortasti, filius et Deus meus ! — Promittentes tecum in carcerem et in mortem ire, relicto te fugerunt. — Et ne unus ex illis... ! — Vadis propitiatus ad immolandum, etc.
L'horreur de la conscience humaine à la vue d'une telle iniquité :
1. L'extinction des cierges, l'un après l'autre, cela aux nocturnes du jeudi, du vendredi, du samedi, est un usage frank, attesté par AmaJaire, De ord. antiph. 43. Cet usage a évincé l'usage romain, attesté au ix® siècle par l'archidiacre Théodore (ibid.).
Barrabas latro dimittitur et innocens Ghristus occiditur. Nam et ludas armidoctor sceleris, qui per pacem didicit facere bellum, osculando tradidit dominum lesuin Ghristum. — Verax datur fallacibus, pium flagellât impius. — Osculando tradidit... — Barrabas latro dimittitur, etc.
Le tressaillement de la nature elle-même et de la Loi :
Tenebrae factae sunt, etc.
Et vélum templi scissum est, etc.
Et après cet orage de douleur, de trahison, de sang, après cet ébranlement de la terre et du ciel, l'apaisement dans les larmes :
Recessit pastor noster, etc.
Ecce quomodo moritiir iustus, etc.
Domine, post passionem luam et post discipuloi^um fugam, Petrus plorabat dicens : Latro te confessus est, et ego te negavi. Mulieres te praedicaverunt, et ego renui. Putas, iam vocabis me discipulum tuum? Aut iterum constitues me piscatorem mundi? Sed repoenitentem suscipe me, Domine, et miserere mei. — Ego dixi in excessu meo : omnis homo mendax. — Putas iam vocabis me...? — Domine post passionem tuara, etc.
L'office nocturne de ces trois jours devenait la grande représentation du mystère douloureux de la passion, de la mort, de l'ensevelissement du Sauveur, et des pathétiques regrets de l'humanité pénitente. Il s'achevait, le samedi saint au matin, dans l'obscurité et dans les larmes de laudes : Sedentes ad monumentum lamentabantur fientes Dominum ^