Ant. du Benedictus
l'office romain du temps de charlemagne. 145
De toute la journée du samedi saint, aucune autre cérémonie ne rappellerait les fidèles à la basilique. Mais le soir de ce jour, à trois heures de l'après-midi, commencerait la vigile pascale. Point de bénédiction de feu nouveau ou de cierge pascal, usages venus de France à Rome après le viii^ siècle, mais, et c'était d'antique usage romain, la longue séance de leçons et de répons, que nous avons encore à l'office liturgique du samedi saint, et qui représente au mieux le plus ancien état de toute vigile. Deux sous-diacres, portant des torches, venaient se mettre devant l'autel, au pied du trône pontifical, et éclairaient le lecteur. Les leçons commençaient, sans aucune annonce ni bénédiction : In principîo creavit Deus caelum et terram, etc. Chaque leçon était lue d'abord en grec, puis en latin. Elle était suivie de VOremus, du Flectamus genua et de l'oraison. Chaque trois leçons, un répons, exécuté d'abord en grec, puis en latin. Qu'était-ce que cet office, sinon un office nocturne diminué de sa psalmodie? en d'autres termes, moins les psaumes, une vigile sur le patron des vigiles du iv^ siècle? A cet office vigilial s'ajoutait le baptême des catéchumènes, qui se célébrait dans le baptistère du Latran, tandis que dans la basilique le peuple et la Scola cantorum chantaient les litanies, répétant jusqu'à quinze fois les mêmes invocations. Arrivé enfin à \Agnus Dei de cette longue litanie, le maître de la Scola disait Ac~ cendite ; la basilique s'illuminait pour la rentrée processionnelle du cortège pontifical ramenant les nouveaux baptisés. Et la messe, la première messe de Pâques, commençait au chant du Gloria in excelsis
et de l'alleluia. On devait être à ce moment fort au delà de minuit ^
Il semblerait donc que cette liturgie de la nuit pascale, qui n'était que l'antique vigile, dût dispenser de l'office nocturne canonique : il n'en était rien, car, à la suite de la vigile, l'office nocturne quotidien maintenait sa place. Dans la nuit même de la Résurrection, dit VOrdo de Saint-Amand, on se lève après le chant des coqs; on arrive à l'église, et, après une prière, on s'embrasse en silence. Puis commence l'office nocturne, le Deiis in adiutorium, l'invitatoire alléluiatisé, trois psaumes alléluiatisés, le verset... ^, trois leçons et leurs répons. Puis laudes alléluiatisées. Le Benedictus chanté, on ne disait point le Kyrie, mais l'antienne Haec diesy et la collecte •^ Cet office nocturne canonique était, on le voit, un office de trois psaumes, trois leçons, trois répons. La raison de cette brièveté était que, commençaini post gallorum cantum, et non plus média nocte, il eût été impossible de lui donner l'ampleur de l'office de Noël à neuf psaumes, neuf leçons, neuf répons^*. Toute l'octave de Pâques, on
1. Cet office du samedi saint est longuement décrit et commenté par Amalaire, De eccl off. i, 18-31.
2. Ici VOrdo de Saint-Amand insère une oraison : « Et orationem dat presbyter », qui est le Pater sans doute.
3. De eccl. off. iv, 23 : « Habemus scriptum in romano ordine, ut non dicatur Kyrie eleison sive Christe eleison ad ullum cursum in memoratis diebus, sed sine rctractatione cantemus Ilaec dies... GoUectam solam solet sacerdos dicere in fine oftîcii. »
4. Grangolas, p. 332 : « Unus tantum nocturnus dicitur, quia ferme dies erat quando incipiebatur ofTicium noctis, eralque hora laudum... »
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répéterait ce même nocturne de trois psaumes et trois leçons, d'après cette règle que l'office de l'octave devait être la réplique de l'office de la fête.
L'octave de Pâques, ou, comme on disait alors, les sept dies baptismales^ amenaient avec eux un office exceptionnel. Les Ordines romani^ qui fournissent de si minutieux renseignements sur la liturgie des trois derniers jours de la semaine sainte et sur celle de Pâques, non seulement ne mentionnent point les trois heures de tierce, sexte et none, mais ne disent rien des vêpres : point de vêpres publiques prévues pour le jeudi saint, ni le vendredi saint, aucune sorte de vêpres pour le samedi saint '. Par contre, ces mêmes ordines prescrivent des vêpres pour chacun des dies baptismales. La chose serait pour nous surprendre, si ces vêpres pascales étaient un office analogue aux vêpres que nous avons rencontrées dans le commun et dans le propre du temps. Mais ces vêpres pascales ont avec les vêpres de l'office canonique le nom seul de commun. — Le soir de Pâques, par exemple, où
1. Les Ordines purement romains, celui d'Einsiedeln et celui de Saint-Amand, ne font aucune allusion à l'office diurne. VOrdo de la Vallicellane écrit : « Prima, nec tertia, nec sexta, nec nona, a sancto pascha usque in octavas non cantatur. » Par contre VOrdo romanus /"* de Mabillon, qui représente pour la liturgie pascale l'usage romain tei qu'il s'observe ailleurs qu'à Rome, fait mention de l'office diurne. Le jeudi saint : « Ipsa vero die omne diurnale offîcium insimul canunt. » Le vendredi saint : « Vesperam dicit unusquisque privatim. » Le samedi saint, rien. L'antiphonaire de [Saint-Pierre donne cette rubrique : « Primam, tertiam, sextam et nonam, usque ad pascha secreto dicimus; similiter vesperum parasceven ». TOMASI, t. IV, p. 90.
l'ofïice stational se célébrait à Saint-Pierre, le clergé arrivait processionnellement précédé de la croix et de Tencens, et venait se ranger dans le presbyterium, autour de l'autel majeur. Le Kyrie eleison ouvrait l'office: puis on exécutait le Dixit Dominus, et, à la suite, le Confitebor et le Beatus vir^ soit trois psaumes alléluiatisés. Entre le second et le troisième de ces psaumes, se plaçait un groupe de versets : Domînus regnavit décore induit ... Parata sedes tua ex tune... Elevaf^erunt flumina Domine ..., autant d'allusions à la résurrection et au triomphe du Christ. La psalmodie terminée, un long chant de l'alleluia exécuté, « cum melodias simul cum infantibus », dit Y Or do de Saint- Amand. Enfin, le Magnificat antiphoné, et, pour terminer, une oraison. Voilà un programme extraordinaire de vêpres. Et ce n'en est encore qu'une partie. La procession, en effet, reprend sa marche, et le clergé, quittant le presbyterium, c'est-à-dire l'abside de la basilique, vient se ranger en avant de l'arc triomphal, à l'entrée de la nef, au pied de la grande croix suspendue à l'arc dans l'axe de la nef. Là s'exécute un psaume alléluiatisé, la Laudate pueri^ puis pour la seconde fois le Magnificat antiphoné, et, pour la seconde fois aussi, une oraison. La procession se dirige alors vers les fonts baptismaux, où se chante un cinquième psaume, Vin exitu alléluiatisé; puis, une troisième fois, le Magnificat antiphoné et une oraison. Ce sont les rubriques d'Amalaire^ L'Ordo de Saint-Amand, qui