De consecr. v, 15. Friedberg, t. I, p
2. L'office des fêtes de saints était raccourci, lui aussi, sur le patron de la semaine de Pâques. Saint Pierre Damien (f 1072), qui témoigne de la liturgie immédiatement antériouro au pontificat de Grégoire VII (1073-1085), raconte dans un do ses opuscules la vision d'un clerc de la basilique de Saint - Pierre, qui, une nuit, vit le prince des apôtres officier dans sa basilique. « B. Petrus apostolus ad ecclesiam suam venit, cui protinus omnium successorum suorum, pontificum videlicet romanorum, chorus infulatus ac festivus occurrit : ipse quoque beatus Petrus, cum eatenus videretur indutus hebraicis vestibus (sicut in picturis ubique conspicitur), tune et plirygium suscepit in capite, et sicut caeteri sacerdotalibus infulis est indutus in corpore. Tune responsorium illud quod dicitur Tu es pastor ovium melodiis atque mellifluis coeperunt intonare clamoribus, sicque illum usque ad sacerdotalis chori consistorium deduxerunt. Quo perveniens ipse apostolorum princeps nocturnum est exorsus offîcium dicens Domine labia
L'oFFrCE MODERNE. 195
Illi autem, qui in diebus cottidianis très tantummodo psalmos et très lectiones celebrare volunt, non ex régula sanctorum patrum, sed ex fastidio conprobantur hoc facere. Romani vero cliver so modo agere coeperunt, maxime a tempore quo Teiitonicis concessum est regimen nostrae ecclesiae i. Nos autem...
En d'autres termes, Grégoire VII n'est pas touché des raisons que peuvent avoir des clercs d'abréger la longueur de l'office et d'en simplifier la disposition. Il voit là un signe de relâchement, et il n'entend point y condescendre, pas plus en tolérant la coutume qui voudrait s'introduire ou s'imposer, qu'en prenant l'initiative d'une réforme régulière qui s'en inspire. Et il conclut :
Nos autem et ordinem romanum investigantes et antiquum morem nostrae Ecclesiae, imitantes antiquos patres, statuimus fieri sicut superius praenotavimus.
Le texte de Gratien est donc plus énergique encore quele texte de Bernold^. Grégoire VII, en fait d'office, s'en rapportée l'antique usage de l'Église romaine; il veut rester fidèle aux anciens Pères.
mea aperies; deinde très psalmos totidemque lectiones ac responsoria quae in apostolorum natalitiis recensentur canonico more persolvit. Omnibus itaque per ordinem rite decursis, matutinis quoque laudibus consequenter expletis, eiusdem ecclesiae tintinnabulum sonuit, et continuo presbyter qui haec videbat evigilans somnium terminavit. » Opiisciil. xxxiv, p. ii, n. 4.
1. Les mots que nous imprimons en italique ne sont pas dans le texte critique de Friedberg, ni dans les variantes de son appareil critique, mais ils se lisent dans l'édition romaine (1582) de Gratien.
2. Nous avons vu ce texte de Gratien corroboré par celui des règlements inédits découverts par Dom Morin.
Disons donc que ni Bernold de Constance dans le MicrologuSy ni Grégoire VII lui-même dans ses décrets, ne parlent d'aucune réforme de Toffice traditionnel faite à Rome au cours du xi*^ siècle. Ils témoignent davantage combien, à Rome, on tenait à Vordo romanus ancien de roffice, c'est-à-dire à Vordo romanus que nous avons vu établi dès la fin du viii^ siècle, et que nous avons vu persister au cours déjà avancé du xii®, soit dans l'usage quotidien de Saint- Jean de Latran et de Saint-Pierre, soit dans le cérémonial pontifical.
L'expression de jnodernum officium, nous l'avons vue employée par Grégoire IX au xiii® siècle. Nous rencontrons un siècle plus tôt une expression équivalente dans la lettre déjà citée d'Abélard, où nous voyons distinguer par lui V antiquum officium, — c'est le nom qu'il donne très justement à l'office pratiqué de son temps à Saint-Jean de Latran, — et une « coutume tant des clercs que des moines, coutume ancienne déjà et encore permanente, « consuetudo tam clericorum quant monachorum longe ante habita et nunc quoque permanens ». Pour quiconque est familiarisé avec la terminologie du droit canonique, ces expressions d'Abélard reviennent à dire qu'il y a un canon ancien de l'office, et qu'il y a une coutume qui s'est introduite postérieurement à la promulgation de ce canon, et qui est ancienne, et qui est générale, et qui est en pleine vigueur. Ne croyez pas, d'ail-
l'office moderne. 197
leurs, que cette coutume ait rien de l'unité de Vantiquum officium : Abélard nous apprend sans plus tarder que la diversité la plus grande existe dans les usages des clercs, sans parler de ceux des moines : « ïn divinis offlciis... dwersas et innumeras Ecclesiae consuetudines inter ipsos etiam clericos^. » Voici donc, au xii^ siècle, nettement défini l'office moderne par rapport à l'ancien office romain.
Dégageons les caractéristiques les plus générales de cet office moderne non romain.
Nous possédons un petit traité liturgique du xii^ siècle, qui est à cet office moderne ce que les traités d'Amalaire et de Bernold sont au pur office romain ancien. Ce petit traité est le Nationale de Jean Beleth. Jean Beleth était-il normand, poitevin, parisien, ou amiénois? Les dates mêmes de sa vie sont indécises, et l'on ne sait de lui que deux choses sûres : qu'il écrivit son livre à Paris, « apud nostram Lutetiam », comme il dit; et qu'il était, lui-même le dit aussi, contemporain de la bienheureuse Elisabeth de Schônau, laquelle mourut en 1165^. Le Rationale a dû être écrit entre 1161 et 1165. C'est un livre plein de savoir et aussi de grâce littéraire.