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CHAPITRE V

dans leur lit après Matines (Laudes ou Prime*?). D'après Cassien, on avait donc en Occident Matines, Laudes, Prime, Tierce Sexle, None et Vêpres ou sept Heures canoniales [lypus, canon, cursus)^ du moins dans les monastères; c'était l'usage général^.

Il est à remarquer ici que Cassien parle souvent des moines de rOccident en général. Ceux-ci connaissaient bien la pratique des Orientaux; car les premiers moines vinrent précisément d'Orient à Rome et en Gaule, et, entre autres, saint Jérôme venu de Bethléem à Rome (382) avait entretenu les relations les plus étroites avec l'Orient. Comme au temps des papes Damase et Sirice il y avait plusieurs monastères à Rome même, il ne paraît pas seulement plausible, mais évident qu'on y conn'it les règles et les Heures canoniales des Orientaux, devenus un type général. Pour affirmer qu'à Rome et dans les Gaules on n'avait rien de tout cela, ou qu'on avait seulement fait choix de l'une ou l'autre heure canoniale, arbitrairement, il faudrait apporter un témoignage contemporain. Sans aucun doute, l'autorité de Cassien, qui était parfaitement au courant des usages des deux branches des ascètes orientaux , donna une impulsion extraordinaire au mouvement liturgique dans le monachisme occidental , ce qui ressort très bien des préfaces que l'auteur a mises en tête de ses ouvrages,

A cause de l'importance du fait, sans lequel il est impossible d'avoir une intelligence approfondie du développement postérieur, nous devons entrer dans quelques détails.

Cassien, d'après le prologue de son ouvrage De cœnohiorum

* De inst. cœnob., lib. III, c. v (Petschenig, loc. cit., p. 40; P. L., loc. cit., col. 132) : Nonnuli ignorantes expletis matutinis hymnis rursum revertuntur ad somnum.

2 Ibid., lib. III, c. IV (Petschenig, loc. cit., p. 38; P. L., loc. cit., col. 126 sq.) : Qui typus licet ex occasione videatur inventus... tamen illum numerum, qiiem désignât beatus David (ps. cxviii, lxiv... supplet... septies sine diibio spirituales hos conventus in die facientes septies in ea laudibus Domino dicere comprobamur. Cf. lib. IV, c. xix, .xxii (Petschenig, loc. cit., p. 59, 62; P. L., loc. cit., col. 178, 182), où il montre qu'en certains points l'on doit s''éloigner des Egyptiens , et suivre l'exemple des Palestiniens, des Cappadociens, etc. — Sur la physionomie des cloîtres de la Gaule : manque de ferveur, d'application au travail et d'humilité, on peut voir Instit., lib. X, c. xxii, xxni ; lib. XII, c. x.xviii; également Coll., lib. XIX, c. ii. Sur les jeûnes du samedi à Rome, voir Instit., lib. III, c. x.

institutis, qu'il dédie à Castor, évêque dans la Gaule méridionale, peut-être d'Apt [Apta Julia)^ a écrit ce livre dans le but de faciliter au prélat le moyen d'établir dans sa province ou son diocèse, qui n'en possédait pas encore, un monastère copié sur l'observance orientale, en particulier sur celle des moines d'Egypte. II déclare ailleurs que, quoique élevé en Palestine d'après les usages des moines de ce pays , il a depuis déjà longtemps abandonné ces coutumes pour suivre les enseignements d'autres maîtres, les moines égyptiens ^ D'ailleurs, la mémoire des observances de Palestine et de l'Orient lui fait fréquemment défaut, ce que l'on doit d'autant plus regretter que des renseignements écrits ne suffisent pas pour nous donner une idée juste de ces observances; l'expérience et la pratique sont en ce point presque indispensables.

Toutefois il veut acquiescer aux désirs de Castor, surtout à cause de ce fait que jusqu'alors en Gaule les fondateurs de monastères avaient été plus portés à suivre leur propre caprice

1 Dans les Coll., lib. XVIII, c. ii , m (Petschenig, loc. cit., p. 507 sq, ; P. L., t. XLix, col. 1092), on voit que les moines égyptiens se séparaient par leurs usages des coutumes des Orientaux et ne voulaient pas en entendre parler. On pourrait dire qu'il y avait comme une certaine opposition, comme une certaine rivalité entre les moines d'Egypte, de la Théba'i'de et du Sinaï, d'un côté, et ce que Cassien appelle l'Orient, c'està-dire les moines de Palestine, de Syrie, de Mésopotamie, de Cappadoce, elc En effet, lorsque Cassien et ses compagnons vinrent de Syrie en Egypte, ils furent, il est vrai, reçus amicalement; mais on leur signifia clairement qu'ils eussent à abandonner entièrement les coutumes des Syriens et à suivre en tout la pratique et la règle des Egyptiens, sinon ils ne pourraient séjourner plus longtemps dans le monastère. Novimiis enim nonnullos ita ad hœc loca de vestris regionibus (de Syrie ou de Palestine), ut cognoscendi taniummodo gratia fratrum monasteria circumirent, non ut has régulas, oh quas hue commeaverant , atque instituta susciperent... Cum enim nec ieiunioruni morem, neque psalmorum ordinem, nec ipsorum denique indumentorum habitum permutassent, quid aliud in hac regione sectari quam sola rictus sui compendia crederentur? (c. ii). — Quamobrem, si vos, quemadmodum credimus, Dei causa ad œmulationem nostj-ie cognitionis attraxit, omnibus institutis quibus illic primordia vestra prœventa sunt, penitus abdicalis, qusecumque seniores vestros agere vel tradere videritis, summa humilitate sectamini. Neque vos moveat , aut ah imitatione retrahat ac divertat, etiamsi vobis ad preesens alicuius rei vel facti ratio vel causa non liqueat, etc., imitari magis (juam discutere... niinquam rationem veritatis intrabit quisquis a discussione cœperit erudire, etc. (c. m). Il poursuit sur ce ton, et au ch. IV il traite des trois espèces de moines : primum Cœnobitaram, secundum Anachoretarum, lertium reprehensibile Sarabaitarum.

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