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CHAPITRE V

que les usag-es de leurs prédécesseurs et de leurs modèles*. Mais Cassien sent vivement, ce qui nous est clairement dit aussi par les remarques de Sulpice Sévère^, que Tesprit monastique de rOrient, et en particulier de TÉgypte, ne saurait être populaire parmi le clergé de la Gaule. Il en conclut qu'il est nécessaire d'adoucir les austérités de la discipline égyptienne par l'observance plus bénigne qui régnait en Palestine et dans l'Extrême - Orient alors connu.

Cependant les préfaces de son ouvrage ultérieur, les Collationes Patrum, montrent combien peu de temps suffit aux Institutiones pour répandre dans la Gaule méridionale l'admiration en faveur du monachisme égyptien. Quelques courtes notes suffiront :

La préface de la première partie des Conférences^ nous montre un évêque Léonce, frère et peut-être successeur de Castor, comme le protecteur de ceux qui suivaient le genre de vie des anachorètes , et Hellade comme patron du genre de vie sublime [contemplalio Dei et orationis perpetuœ iuc/itas^) qui, comme il semble ressortir de la préface de la deuxième partie^, n'était pas connu ou du moins pratiqué dans les monastères de la Palestine. Mais Honorât et Eucher, auxquels il dédie cette préface de la seconde partie, et qu'il traite de « vénérables frères », sentirent s'allumer dans leur âme le feu de l'enthousiasme. Honorât, mentionné ici, est le fondateur du célèbre monastère de Lérins®, et, au témoignage de Cassien, il voulut lui-même introduire dans cette sainte maison l'observance de la vie anachorétique d'Egypte. Eucher était aussi enthousiaste de l'Egypte, et il songeait à entreprendre un voyage dans ce pays afin de connaître par lui-

1 Non secundum typum maiorem antiquissima constitutione fundatuw, sed pro arbitrio uniuscuiusque instituentis monasterium vel diminulum vel additum in istis regionibus {De insl. cœnob., praef. [Petschenig, loc. cit., p. 6; P. L., loc. cit., col. 59]).

2 Sulpicius Severus, dial. I, De virtutibus monachorum orient., c. i, m.

3 Collât., I-X (Petschenig, loc. cit., p. 7-308; P. L., t. xlix, col. 478-844;. * Petschenig, loc. cit., p. 4; P. L., loc. cit., col. i79-480.

s Collât., XI-XVII incl. (Petschenig, loc. cit., p. 311 sq. ; P. L., loc. cit., col. 844 sq. ).

6 Ingenti fratrum cœnohio prse.tidens (Petschenig, loc. cit., p. 311; P. L., loc. cit., col. 843 ). Eucher écrivit un livre à la louange de l'île de Lérins. Sidonius Apollinaris dit des nombreux saints du monastère : Quantos illa insula plana — Miser it in cœlurn montes!

même les pratiques des habitants de cette patrie glorieuse de la discipline monastique, des saints déserts de la Thébaïde. Un des principaux motifs de la composition de ces sept conférences fut , comme le dit Cassien , d'épargner la fatigue de ce voyage.

Malgré sa brièveté, la préface de la troisième partie des Conférences (18-24) est d'une grande importance, car elle nous donne une idée assez claire du moule dans lequel furent fusionnés ces recueils d'observances égyptiennes et palestiniennes , et nous dit comment ils furent adaptés aux besoins d'un peuple qui, à des points de Aue si divers, se distinguait de celui chez lequel ces observances étaient nées et auquel il demeura étranger. La préface est adressée à quatre personnages : Jovinien, Minervus, Léonce et Théodore. Ce dernier avait construit en Gaule un monastère exclusivement réservé à la vie en commun, mais formé avec soin sur le modèle « de l'ancienne tradition* ». C'est chose digne de remarque , car chez Cassien elle forme contraste avec la méthode arbitraire et négligée suivie par les anciens monastères qui s'étaient érigés en Gaule. Les trois autres personnages avaient fondé des monastères où l'on unissait la vie cénobitique, telle qu'elle se pratiquait en Orient et en Egypte, à la vie anachorétique , qui avait fait la principale renommée des déserts d'Egypte. Dans toutes ces nouveautés se trahit la direction , l'influence égyptienne ; elle prédomine. Cassien nous montre aussi comment on réalisait pratiquement cette alliance des deux vies. A peu de distance du monastère, étaient construites un certain nombre de cellules séparées pour les anachorètes. Comme ces derniei's ne doivent pas être dirigés par leurs propres désirs, mais guidés par les enseignements des anciens, il écrivit les sept dernières conférences pour leur instruction et leur direction.

Ces faits sont importants, car ils nous montrent de quelle façon les coutumes égyptiennes, qui jusqu'à ce moment avaient trouvé de l'opposition dans ces contrées, y prirent pied peu à peu, y devinrent même populaires et s'y propagèrent.

Mais il est temps d'examiner de plus près, à la lumière des renseignements que nous a fournis Cassien, les règles monastiques gauloises du vi^ siècle et leurs ordonnances relatives à l'office.

' Sa.ncta.m ulque egregiam disciplinam in provinciis Gallicanis antiquariirn virtutum districtione fundavit Petschenig, loc. cit., p. 503; P. L., loc. cit., col. 1089'!.

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