CHAPITRE V
Saint Césaire d'Arles. — Les règles de saint Césaire d'Arles -|-542) renferment plusieurs indications et ordonnances concernant roffice. Avec les renseignements de Cassien et les prescriptions de saint Aurélien d'Arles (-{-585), elles nous aident à comprendre les progrès de l'office monastique et aussi de celui du clergé séculier aux v* et VI*' siècles, dans une grande partie de l'Occident. En effet, les anciennes règles d'Arles nous représentent sans nul doute la tradition des monastères de Lérins. Ordinem eliam, quo psallere deheatis , ex maxima parte secundum regulam monasterii Lirinensis in hoc libello indicavimus inserendam , dit Césaire lui-même'. Mais de Lérins partirent, aux v^ et vie siècles, un grand nombre de saints et savants hommes qui, devenant évêques ou abbés d'églises ou de monastères en Gaule, dans le nord de l'Italie et dans les îles de la Méditerranée et de l'Océan, y implantèrent certainement quelques-uns de leurs anciens usages.
Césaire, autrefois moine à Lérins, et nommé en 499 abbé d'un monastère d'Arles, écrivit d'abord vers 500 ou 502 une règle j)0ur les moines de son monastère^. Vers la fin de sa vie, il composa pour le monastère de religieuses, dirigé par sa sœur Césarie, une règle plus développée, à laquelle il ajouta une ordonnance plus détaillée relativement à la prière des Heures canoniales^. .Vurélien , deuxième successeur de Césaire sur le siège primatial d'Arles, écrivit une i^ègle pour les moines de cette ville, concordant en bien des points, pour l'ordonnance de l'office, avec la règle des religieuses de saint Césaii^e ; on peut la regarder comme un complément de la règle pour les moines du même sainf.
' S. Gaesar., Regul. ad virg., § 10, 11; Acta SS. BolL, l. n, p. 1" (die l'i ian.). fOn consultera avec profit le magistral ouvrage de l'abbé Malnory, Saint Césaire, évéque d'Arles, Paris, 1894. On pourra aussi voir Dr. G. F. Arnold, Cœsarius von Arelate und die gallische Kircfxe seiner Zeit, Leipzig, 1894. Tr.
2 La règle des moines se trouve dans P. L., t. lxvii, col. 1099 sq.
3 La règle pour les religieuses se trouve dans la vie de sainte Gésarie, dans les Bollandistes, aux 12 et 19 janvier, Acta SS., janv., t. ii, p. 12 sq. Un doit remarquer que Césaire, qui plaça le monastère sous la protection du Pape, écrit : Secundum sacra sanctissimi Papse urbis Romse adiutoria vos, auxiliante Domino, munire in omnibus studete [loc. cit., p. 17).
* Dans P. L., t. lxviu, col. 393, 403. On trouve les deux règles des moines, mais non la règle des religieuses, dans Holstenius, Codex regularum, Paris, 1663. La règle des abbés Paul et Etienne et la Régula ma-
La langue peu châtiée de ces règles rend souvent difficile Tintelligence du véritable sens de chaque prescription, et il n'est pas rare que différents termes soient employés pour désigner la même chose; les leçons, par exemple, sont nommées tantôt missse, tantôt orationes.
La règle de saint Césaire pour les moines est très sobre en ce qui concerne Toffice. Pour le samedi , le dimanche et les jours de fête elle prescrit une vigile avec douze psaumes, trois antiennes et trois leçons, et, de ces dernières, Tune doit être pi-ise dans les Prophètes, la seconde dans l'Apôtre, et la troisième dans l'Evangile. Cette ordonnance accuse l'influence des règles égyptiennes. On pourrait être tenté d'en conclure que pour les jours ordinaires, il n'y avait pas de vigiles. Mais un passage antérieur montre que cette conclusion serait prématurée, car il y est ordonné (sans doute pour les jours ordinaires), durant le temps qui va d'octobre à Pâques, de réciter deux nocturnes et trois leçons. Les psaumes seront récités par ordre [de orcline psallerii) et en alternant d'une façon antiphonée, et le dimanche on lira entre autres choses, pour les Matines, la Resurrectio (le récit de la résurrection d'après l'un des quatre Evangiles*).
gistri dépendent trop manifestement de la règle de saint Benoît pour qu'on les étudie ici en détail (Holstenius, loc. cit., t. ii, p. 46 sq., 175 sq.). 1 Un vieux codex de la Bibliothèque royale de Bruxelles ( ms. n. S 780- S793, sxc. vin), vraisemblablement un commentaire de la plus ancienne recension, contient, fol. 29 i" sq., les passages suivants de la règle monastique de saint Césaire : Vigilias a mense octuhres usque pascha. duos nocturnos faciant et très missas, ad una missa légat frater folia trea, et orate, légat alla trea, et orate, légat alla trea et levet se, dicite antephona, responsurium et alia antephona, antephonas ipsas de ordine psalterii , post hoc dicant matutinus (= os) : directaneum Exaltabo te Deus meus. Deinde in ordine totus matutinarius in antephonas dicatur. Omni dominica sex missas facile. Prima missa semper resurrectio legalur. Dum resurrectio legitur nullus sedeat. Perfectas missas dicetes matutinus : directaneo Exaltabo te Deus meus et Rcx meus; deinde Confitemini; inde Cantcmus Domino; Lauda anima mea Domino; Benedictionem; Laudate Dominum de cœlis; Te Deum laudamus; Gloria in excelsis Deo; Et capitello. Omni dominica sic dicatur. En comparant ce que nous savons par la règle de saint Césaire, relativement au temps pascal et aux fêtes, nous pouvons en tirer les conclusions suivantes, pour ce qui est de la division de l'office : 1» De Pâques à septembre inclusivement, on récitait aux Vigiles, le samedi, le dimanche et les jours de fêtes : douze psaumes, trois antiennes et trois leçons (du prophète, de l'apôtre et de lEvangile ; 2° d'octobre à Pâques : deux nocturnes ( vraisemblablement chacun de douze psaumes), trois leçons, les psaumes de ordine psalterii, qui, à ce