CHAPITRE V
répandue par lui clans le clergé séculier et qu'elle devint populaire chez les laïques. Il ordonna que dans l'ég-lise Saint-Etienne d'Arles on célébrerait tous les jours solennellement les offices de Tieixe, de Sexle et de Noue, de sorte que les pénitents et les autres laïques pussent y assister. Mais il ne fit célébrer Prime solennellement et publiquement que les jours de dimanche et de fêtes, et le samedi. Il obligea aussi les laïques à chanter des psaumes et des hymnes, afin qu'ils n'eussent pas le loisir de bavarder durant l'office. Les uns chantaient en latin, les autres en grec, et cela à cause des étrangers , des marchands ou des familles d'employés de Byzance , habitant les colonies grecques. Nous possédons encore plusieurs discours du saint évêque, où d'un côté il exprime sa joie de ce que le peuple chante des psaumes avec tant de zèle, et de l'autre l'exhorte à venir à l'église durant le Carême aussi bien aux offices de nuit qu'à Tierce, Sexle et None. Il ne l'exhorte pas à venir à Laudes et à Vêpres, offices du matin et du soir, paixe que, comme on le voit par ses discours, ces offices étaient suffisamment fréquentés^. Nous ajouterons enfin que, s'il faut en croire sa règle et ses homélies, on commençait dès lors à célébrer la Sexagésime, ce que nous voyons aussi par certains conciles de Gaule et, pour l'Italie, par le Codex Fuldensis'^ .
Conciles. — Avant d'aborder l'ordonnance de l'office telle que nous la donne la règle du saint patriarche des moines d'Occident, voyons quelques conciles dont les canons sont propres à éclairer davantage notre travail. Dès 465 le concile de \'annes avait prescrit que, un clerc qui sans raison suffisante avait manqué l'office des Laudes [a matalinis hymnis) serait privé pendant sept jours de la communion ; le même concile ordonna,
1 Terlise, Sextse et Nonœ officia in maiori S. Stephani hasilica instiluit, curavilque ut laici in ecclesia prosas et aniiphonas latine et grœce canerent, ut fahulis vacandi spalium non haherent. Sic in Ecclesia Parisiensi, teste Fortunato, per idem tempus pontificis monitis clerus , plehs , immo et infantes psallebant (Mabillon, Annales ordinis S. Bcned., t. i, lib. IV, c. .vxvi, éd. Lucae, 1739, p. 89), psalmos et hymnos attaque et modulata l'oce, alii grsece alii latine {Bolland. Acl. SS., aug., t. vi, p. 67 [die i"]; cf. p. 68 D-E). Les sermons sont dans rédition bénédictine des œuvres de saint Augustin (t. v; append., serm. cclxx.viii , cglxxxiv, ccc, cxl; cf. serm. cclxxx-cclxxxiii).
* Edit. Ranke , Marburg , 1868.
en se basant, à ce quil semble, sur un décret du synode de Milève de 416, que dans toute la province l'ordre de la psalmodie et de l'ofûce serait uniforme*. Le concile d'Agde de 506, que présida saint Césaire d'Arles, rend dans son Canon 30 une ordonnance qui recommande l'exécution scrupuleuse d'un usag^e observé partout dans TEg-lise (peut-être aussi à Rome) : Tous les jours on chantera Laudes et Vêpres ; après les antiennes, c'est-à-dire entre chaque psaume, l'évêque ou le prêtre récitera des collectes; il est aussi prescrit qu'à la fin des Laudes et des Vêpres, après la psalmodie ou après l'hymne [post hymnos peut signifier les deux) on dii"a des preces, des invocations tirées des versets des psaumes, ce qui rappelle l'ancienne prière qui se récitait pour les fidèles et pour les intérêts de la chrétienté. A la fin, après qu'il a récité la collecte, lévêque renverra le peuple avec sa bénédiction^. Mais il n'est plus question des leçons à Vêpres; elles n'existent plus que chez les moines de Lérins , ainsi que nous l'avons vu par Césaire et Aurélien. De même saint Benoît, vers 530, n'a plus pour les A'êpres une grande leçon, mais seulement une leçon brève, et l'on peut supposer que les grandes leçons disparurent à cette époque.
Le synode de Tarragone (516) prescrivit que dans les églises de la campagne [diœcesanis ecclesiis) les prêtres, les diacres et les clercs se succéderaient pour le service de l'église chacun leur semaine, de façon que tous les jours Matines et \'êpres y fussent célébrées solennellement. Mais le samedi tout le clergé devrait être prêt pour y faire l'office du dimanche [ut presbyteri...
1 Clericus qui inlrn inuros civitalis saœ manere constileril , et a niatulinis hymnis sine prohahili ercusatione pegritudinis inventns fuerit defuisse, septem diehua a communione hahealur exlraneus Conc. Veneticum , 465; can. 14'. — Reclum quoque dnximus, ut vel inlra provinciam nostram sacrorum ordo ^ritc de la messe) et psallendi una sit consuetudo. Et sicut unam cum Trinitaiis confessione fidem, unam et officiorum regulam leneamus; ne variata observatione in aliquo devotio nostra discrepare credatur ^caii. 15; Hardouin, Coll. Concil., Paris., 1714. t. ii, col. 798^.
2 Quia convenu ordinom Ecclesiae ab omnibus œqualiter custodiri, studendum est, ut sicut ubique fit, et post antiphonas coltectiones per ordinem ab episcopo vel presbyteris dicatur; et hymni matutini vel vespertini diebus omnibus dacantentnr: et in conclusione matulinarum vel vespertinarum missarum, post hymnos capitella de psalmis dicantur : et plebs collecta oratione ad Vesperam ab episcopo cum benedictione dimittatur (Conc. Agathens., can. 30; Hardouin, toc. cit., col. 1001). Cf. D. Cabrol, Dictionnaire d'archéologie et de liturgie , art. Agde, 1903, t. i, col. 871 sq.