CHAPITRE V
Au deuxième concile de Tours, en 567, à côté de plusieurs ordonnances concernant la liturgie de la Messe, qui ont tout spécialement trait au rite gallican*, il y en a aussi concernant la prière canoniale, qui ont une importance plus générale. Elles rappellent les usages de l'Orient et en même temps les prescriptions de saint Aurélien d'Arles. D'après le canon 17, il y avait des litanies au !«'' janvier ou au 29 décembre^. A Matines, d'après le canon 18 [pro reverentia domini Marlini)^ on devait réciter en été douze psaumes, en automne de dix -huit à vingt -quatre, depuis le commencement de décembre jusqu'à Pâques trente, et de deux à trois psaumes sous une antienne. Les Matines ou Vigiles s'appellent dans le canon du nom qu'elles portent aujourd'hui, Matulinum^. A Vêpres on dira douze psaumes, à Sexte six avec Alléluia. Le canon 23 dit : « Bien que nous ayons au canon {ordo officii) des hymnes de saint Ambroise, on en récitera encore quelques autres qui digni suiil forma cantari, pourvu, cependant, qu'on en connaisse l'auteur''. » L'archevêque de Braga, Martin, rendit des ordonnances assez analogues à celles qui sont citées plus haut^.
On constate, par toutes les décisions conciliaires des v^ et VI* siècles, les efforts tentés pour introduire avant tout l'unité
1 Ainsi, par exemple, le can. 3 : Ut corpus Domini in altari non in imaginario ordine, sed sab crucis tiiulo componatur (Hardouin, lac. cit., col. 358; Hefele, op. cit., t. m, p. 23).
- Triduum ilLud, quo ad calcandum gentilium consuetadinem patres nostri statuerunt privatas in Kalendis lanuarii fieri litanias, ut in ecclesiis psallatur et hora octava in ipsis Kalendis Circumcisionis Missa Deo propitio celebretur {ca.n. 17 [Hardouin, loc. cit., col. 360; Hefele, op. cit., P- 25]).
3 Tarn in ipsa basilica quam in ecclesiis nostris in diebus œstivis ad matutinum sex antiphonœ binis psalmis explicentur. Toto Augusto manicationes (lever de grand matin) fiant. Octobri octo antiphonœ ternis psalmis, etc. Novembri novem, Decemhri decem ternis psalmis, lanuario , Februario itidem usque ad Pascha. Ad Sextam sex psalmi cum Alléluia, ad duodecimam duodecim itemque cum Alléluia (can. 18 I^ Hardouin, loc. cit., t. II, col. 361; Hefele, loc. cit., p. 25]),
* Licel hymnos Ambrosianos habeamus in Canone, tamen... volumus libenter amplecti eos prœterea, quorum auctoram nomma fuerint in limine prœnotata (can. 23 [Hardouin, loc. cit., col. 365; Hefele, loc. cit., p. 26]). Sur la Gara carislia ou Gara cognatio, on peut voir Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 267, et de Rossi, Bulletin (1867), n. 3, p. 46 sq.
5 Ainsi chap. xlv, lxiii, lxiv, lxvii, lxxiii (Hardouin, loc. cit., t. m, col. 396-400).
Brév., t. I. 15
dans la lilurj^'^ie, de façon à faire régner la même pratique dans chaque province ou dans chaque pays, et pour, en second lieu, se modeler sur lOrient et sur les usages de Rome^.
Décret de Justinien. — Nous devons enfin mentionner un important décret de l'empereur Justinien, qui ordonna, vers 530, que dans tout l'Orient et dans tout l'Occident, dans les provinces romaines occidentales et orientales, dans toutes les églises auxquelles était attaché un clergé, on réciterait chaque jour solennellement l'office de nuit, les Laudes et les A'^êpres^,
1 Le quatrième concile de Tolède (633), que présida saint Isidore et qui fut si important au point de vue du droit canon, prescrivit aussi cela plus tard pour toute l'Espagne et la Gallia Narhonensis : Ut unaquseque provincia et psallemli et ministrundi parem consuetudineia leneat {Conc.
Toletan. IV, can. 2, dans Labbe, Conc, t. v, col. 170i; Ilclel;, loc. cit., t. ni, p. 80).
2 Sancimiis, ut omnes clerici per sincfulas ecclesias constitati per se ipsos noctiirnas et matutinas et vespertinas preces canant... Si enim uiulli laicorum, ut sua? animse consulant, ad sanctissimas ecclesias coniluentes, studiosos circa psalmodiam se ostendunt, quomodo non fuerit indecens , clericos ad id ordinatos non implere munus suum! [Cod., lib. I, tit. m, De episcopis et clericis, 1. 42 [al. 41], § 10.) Ce décret fut porté par l'empereur Justinien I*^"" en 528 et se trouve dans l'édition de Leipzig du Corpas iuris civilis de Kriegel et Hermann (t. ii, 16^ édit., p. 39). D'après la
Vie de saint Brendan, abbé de Cluainfort ou Clonfert, en Irlande (-J- 578), éditée par les boUandistes P. van Ilove et ses confrères aux frais du marquis de Bute et imprimée chez Desclée (Tournai), les moines irlandais avaient, au milieu ou vers la fin du vi« siècle, un ordo de l'office qui correspondait à celui des règles de saint Benoît, de saint Césaire et d'Aurélien; ils avaient aussi les Complies {Acta sanctoruni Hiberniœ ex codice Salmanticensi, Bi'ugis, 1887, in-4o, p. 118, 122, 133, 135, 153, 200 . Cependant, comme ces Actes ne sont pas très authentiques, mais fort interpolés, on ne peut pas leur accorder une grande valeur historique; aussi peu à la
Vita S. Arnulfi, marlijris (f vers 526), évéque de Tours, duquel il est rapporté qu'il avait coutume de dire au commencement de l'office nocturne, qu'il récitait avec son clergé dans l'église, le verset Domine labia mea aperies. A la fin de l'office de nuit et de l'office du matin, on récitait les ps. c.\Lviu-CL, comme il ressort de la remarque qu'il s'arrêtait un peu à la lin du Psalmodiée cursus, au verset Exsultabant sancti : Consuetudinis erat heato Arnulfo episcopo singulis noctibus cum suis clericis matutinis laudibus interesse et ex devotione eas inchoare. Cumque quadam vice « Domine labia mea aperies » initiaret, et omnis chorus omnesque, qui présentes aderant, tacuisset, subsecuta est euni vox angelica, quse respondit : « Et os meum annuntiabit laudeni tuam. » Sequenti nocte adversus psalmodiœ cursuni cum psalterii finem faceret : Ëxsaltabunt, etc. {Vita S. Arnulfi, martyris, c. xviii). Cette vie a été éditée d'après un manuscrit du xm^ siècle [Codex parisinus, 5 271) dans le Catalocjus codicum Hagiographicorum latinorum (éd. Bolland., t. i, Bruxelles, 1889, p. 415 sq.'; le passage cité se trouve page 424.