CHAPITRE VI
on chantera dans les nuits courtes délé douze Psaumes, cl lorsque les nuits deviennent plus longues davanlaye , les samedis et les dimanches au moins dix.-huil, el la plupart du temps trentesix. En hiver, aux jours de la semaine, trente-six pour les vigiles; mais aux r.j.vw/a. du samedi cl du dimanche, soixante-quinze. » Pour les Laudes, pas de règle conslanle indiquée; peut-être était-ce la même que celle que l'on supposait connue partout. Pour chacune des petites Heures, contrairement à ce que faisait saint Aurélien, et en ce point se rapprochant de la jn-atique orientale, on récitera trois psaumes, pour les ^'êpres douze (pratique égyptienne). Puis, dit le saint fondateur, on devra connaître l'ordre des prières canoniquement établi [orationuni canonicarum noscendus est moclus... quibus absolutis unusquisque in ciibili suo orare débet). 11 a été rég^lé par les anciens qu'à l'aide de versets ajoutés [cum versiculorum auginenlo intercenientiuni)^ on priera à la fin de l'office pour la paix, ])Our la rémission des péchés et pour tous les besoins de la chrétienté. On doit remarquer l'expression cum versiculorum augmenta,
simul orantes horis convenia.nl slatutis , qiiibusque absolutis unusquisque in cubiculo suo orare débet, per diurnas terni psalmi lioras, pro operum interpositione, statuli sunt a senioribus nostris, cum versiculorum augmenta intervenieutium , pro peccalis primum nostris, deinde pro omni populo christiano , deinde pro sacerdotibus et reliquis Deo consecratis sacrée plebis gradibus, postremo pro eleemosynas facientibus , poslea pro pace regum, novissime pro inimicis, ne illis Deus statuât in peccatum quod persequuntur et detrahunt uobis, quia nesciunt quid faciunt. Ad initium vero noctis (Vêpres) duodecim psalmi, ad mediumque noclis duodecim simililer psallunlur ; ad Malulinum vero bis déni bisque bini per lempora brevium, ut dictum est noclium, sunt dispositi; pluribus iam ut dixi, semper nocti Dominicœ ac Sabbati vigilise deputatis , in quibus sub uno cursu septuaginta quinque singillatim cantanlur. Hsec iiixta communem dicta sunt synaxim... Et ideo licet longitudo slandi aut cantandi sit varia, unius tamen perfectionis erit xqualitas orandi in corde, ac mentis cum Deo iugis intenlio. Sunt autem quidam catholici quibus idem est canonicus duodenarius psalmorum numerus, sive per brèves, sive per longas nocles; sed per qualernas in nocte vices liunc canonem reddunt, ad initium noctis (\'èpres) ad mediumque eius, pullorum quoque cantus (ainsi pour Matines vinj;t-qualre, média nocte douze, et pullum cantus douze) ac Matutinum. Cursus hic, ut in hieme parvus aliis videtur, ita in sestale salis onerosus et gravius invenilur... Aoctibus vero reverentissimis Dominicse scilicet vel Sabbati ad matutinum ter idem volvitur numerus, id est ter dénis et sex psalmis (p. 213). [Edition de la Régula cœnobialis de saint Colomban par Seebass, dans Zeitschrift f. kath. Gesch., t. xvii, p. 215-233, 1896. Tr.,
car elle indique, comme nous l'avons montré ailleurs', que les sulFrages connus déjà par les Constilutions apostoliques , par saint Jean Chrysostome et par Ethéria, et que nous trouvons mentionnés dans les règles de saint Césaire, de saint Aurélien et au concile dWgde (506) sous les termes de Capilella, étaient réellement au vi^ siècle sous forme de versets. Ces versets et leurs répons étaient empruntés aux psaumes, de même que les prières fériales actuelles du Bréviaire romain à Laudes et à Vêpres. Comme ces suffrages, qui correspondaient à l'ordre de saint Paul (I Tim., ii, 1), étaient appelés au commencement du vic siècle Capilella ou Capiliila de psalmis , il est à présumer que la transformation, en versets de psaumes, des invocations avec la réponse Kyrie eleison, que nous font connaître les Cons- (ilutions apostoliques , avait eu lieu au v^ siècle. Cela nous paraîtra plus évident, si nous savons que Museus et Claudien Mamert sont mentionnés comme ayant choisi des extraits bien appliqués des psaumes et des Ecritures [apta ex psalmis et scnpturis) pour des prières. Il ressort clairement d'une indication de saint Prosper, que ces suffrages étaient partout récités, aussi bien à la Messe (d'après saint Célestin , Epis t. ad Gall.) qu'à Laudes et à Vêpres^. L'expression technique pour l'Occident était supplicatio^.
Nous ajouterons encore ici quelques indications tirées d'autres sources et qui fournissent des éclaircissements sur l'office des moines irlandais au vie siècle ; tout d'abord par la Vita sancti Bren-
1 Studien des Benediktinerordens , Raigern, 1886, t. ii : Ueber Litaniœ und Mis s se.
2 Saint Prosper dit, clans l'ouvrage De vocatione (jentium (lib. I, c. xii ; P. L., t. Li, col. 664) et inter 0pp. S. Ambrosii (c. iv [P. L., t. xvn, col. 1086], clans l'explication du passage de I Tim., n, 1) : Ohedientia concordat prœcepto. Qiiam legem supplicationis ita omnium sacerdotam et fidelium devotio tenet, ut niilla pars mundisit, in ciua hiiiusmodi orationes non celebrentur... Siipplicat ergo Ecclesia pro regeneratis , infidelibas, hsereticis ,... omnibus hominibus. Cf. aussi Régula S. Benedicti , c. IX (Supplicatio lilaniœ). Probst, dans Kalholik, 1882, t. i, p. 123-J24, montre, d'après le Liber de sacramentis , qu'au v« siècle le mot supplicatio était généralement employé pour désigner ces suffrages.
3 [Le meilleur travail sur la liturgie celtique paru jusqu'ici nous semble être l'article de la Church Quarlerly Review, janvier 189», intitulé A service book of ihe seventh century , p. 337-363. L'auteur, le Rév. W. C. Bishop, étudie VAntiphonary of Bangor et la Règle de saint Colomban, et émet plusieurs idées cjui méritent considération. Tr.]