‹ Histoire du bréviaireChapitre 122 sur 224 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

11 b'agisàuil simplement pour le saint patriarche, lorsqu'il écrivit son immortelle rèj;Ie en 529 ou 530 , de l'ordonnance de VOfficium ou Psallerium per hebdomadam , de la distribulion des psaumes, des antiennes, des hymnes, des leçons, des répons, des versets et des oraisons entre les divers offices qui devaient se réciter durant une semaine ; il emprunta le texte de ces pièces, sans y rien changer, à la pratique de l'Eglise romaine, à l'église de Milan et à d'autres églises de l'Italie.

On peut poser cinq principes qui ont guidé saint Benoît dans l'ordonnance de l'oftice monastique^ :

a) On doit réciter au moins une fois par semaine le psautier en entier, c'est-à-dire cent cinquante psaumes avec antiennes, prières ou collectes correspondantes et les auilica Scriptursn que l'on récitait habituellement ; lire au moins une fois l'an eu entier l'Ancien et le Nouveau Testament , avec des commentaires [homiliie vel sermones) convenablement choisis et tirés des meilleurs Pères catholiques orthodoxes-. Ailleurs, comme par exemple aujourd'hui encore à Milan et souvent en Orient , on mettait quatorze jours pour achever le psautier.

p) Pour l'oflice de nuit, le nombre sacré de douze psaumes ne devait être ni dépassé ni diminué (abstraction faite néanmoins des prières initiales et finales composées des psaumes m, xciv et L et des canlica). De même pour l'office du jour on récitera douze psaumes, trois dans chacune des quatre petites Heures^.

et d'obtenir quelque uniformité... Quand un arriva à l'y introduire, ce fut en s'inspirant de la Règle bénédictine et surtout de l'usage des monastèj'es de Rome, de ces grands couvents groupés autour des basiliques du Latran, du Vatican, de Sainte -Marie -Majeure, qui, à la longue, sont devenus des chapitres, réguliers d'abord, puis séculiers, mais qui représentent en somme le principiiim et fons de tout le développement latin de l'office ecclésiastique et monacal. Ceci est dit, bien entendu, des temps postérieurs, au A'iie siècle pour la Gaule, au .\« ou xie pour l'Espagne. Dans ces l^ays, il y a lieu de tenir compte d'un développement indigène, qui a commencé sous l'influence directe des usages orientaux, et qui doit jusqu'au vin« siècle) peu à l'imitation des monastères romains. — On peut voir aussi les articles publiés par moi en 1887 sur VEinfluss der Regel des hl. Benedikl auf die Entwicklang des rômischen Breviers {Studien et Mittheilungen aus dem Renedictiner:: und Cistercienserorden, Raigern, 1887, p. 1 sq., 157 sq.), auxquels j'aurais d'ailleurs à apporter quelques modifications après une étude plus approfondie. * S. Regul., c. viii-xix, xli , xlu , xi.v, xlvii-l.

2 Ibid., c. IX, xviii, xm.

3 Ihid.. c. X, XI.

y) On devait laisser le temps nécessaire pour les travaux exij^és*; donc pendant le jour on doit choisir pour les petites Heures des psaumes courts ou des parties de psaumes (les octonaires du ps. cxvin), — en été, à l'office des Matines, après minuit (on se levait vers une heure et demie ou deux heures , on supprimait les grandes leçons dans les nociurnes, prnpter hrevilatem noclium, — de sorte que les heures matinales et fraîches, qui seules durant Tété peuvent être utilisées dans les climats méridionaux, pouvaient être consacrées au travail au g^rand air^. Mais les dimanches et jours de fête, où aucun travail ne pressait, on récitait en entier le grand office avec de longues leçons^.

o) En toute chose, la discrétion, cette mère des vertus, comme l'appelle le patriarche du Mout-Cassin •*, doit tenir le sceptre, et c'est une sage indulgence qui doit veiller sur les faiblesses et les infirmités humaines; c'est pourquoi, après la fatigue des travaux de la journée, le soir (à l'heure des Vêpres) , il n'y aura point un long office. On ne doit pas souper tard, mais toujours à la lumière du jour^, même lorsque le principal repas a lieu après Vêpres ^. On verra plus loin que ces considérations obligèrent le saint patriarche à apporter un changement profond à l'office du soir (partage du Lucernaire en A'êpres et Compiles), et le nombre huit, objet de la prédilection des Pères, comme symbole de la perfection, — in octava perfecfio , in octava summa virtutum, — trouva ainsi son expression dans les heures canoniales de la journée ; c'était une nouvelle interprétation du terme employé par le psalmiste et consacré par l'antiquité : septies in die laiidem dixi tihi (ps. cxvni, 164) = Laudes , Prime , Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies ; et média nocle sur-

1 Veteres monachi labori ita dediti erant, ut officium ipsumhabita lahoris ratione distribueretur, atque sœpe minoribus f'estis contraheretur, ut promptius ad opus redirent. Constat ex Cassiano, S. Benedicto et S. Bernardo Tironens. (Grancolas, Comment, in Rom. Breviar. , Anlwerp., I13i, lib. I, c. XXXVI, p. 112).

2 S. Regul., c. x, xlviii, i..

3 Ibid., c. XI, .XIV.

* Ibid., c. Lxiv.

^ On trouve dans le card. Bona (De div. Psalmodia, c. viii, § 5, n. 2), Calmet et Martène {Commentaire du ch. xvil de la sainte Règle), les raisons qui guidèrent le saint législateur {quia non expedit corporibus neque animabus propter illusiones nocturnas).

^ S. Regul., c. x.x, .\li, xlii, lxiv vers la fin.

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