CHAPITRE VI
ffeham ad confitendum libi [ihid., 62 j =^'ig■ilefi ou Noclurnes, qui sonl nos Matines.
t) Chaque heure doit former un tout bien ordonné, qui par une eurythmie dans le partage des psaumes, des hymnes, des leçons et des autres formules de prières plus courtes, représente un ensemble harmonique orné d'un vêtement magnifique. C'est ce qui forme, pour parler avec Cassiodore, une des principales consolations des moines, consolationes pise devotioiu's monachoriim^. Mais en ayant égard à la vie régulière du cloître, on doit tendre à mettre toute l'uniformité possible dans le pensum de l'office à réciter chaque jour. Si, par exemple, le mardi et le samedi, le nombre des psaumes et des cantiques servait de base exclusive, le dernier jour, l'office des Vigiles et des Laudes aurait une longueur double de celui du premier; il en serait de même pour les psaumes des \^êpres, par exemple, le lundi, le jeudi et le vendredi, ce qui pourrait apporter du trouble dans la bonne organisation du travail.
C'est pourquoi les longs psaumes et le Canticum Deuteroiiomii du samedi, et les psaumes de quelques auti'es offices, seront divisés en deux parties égales par un Gloria Patri' le psaume cxviii sera divisé en vingt -deux octonaires , et le psaume cxvi, quia parviis est, sera réuni sous un seul Gloria au psaume cxv^. *
Pour le reste , quand le but et la disposition de son institut monastique ne demandaient absolument pas l'abandon des usages, le vénérable Benoît eut toujours devant les yeux l'office romain, l'office non seulement de l'Eglise dans laquelle il passa sa jeunesse, mais aussi de la province dans laquelle il termina sa vie. En effet, non seulement les mots : siciil psallit Ecclesia romana du ch. xiii de sa règle, mais encore beaucoup d'autres prescriptions doivent s'entendre , au témoignag-e des plus anciens commentateurs , du rite de l'Eglise mère , de Rome^, ou trouvent leur explication dans ce rite.
' Cassiodorius, In ps. cxviii [P. L., t. lxx, col. 895).
2 Cf. S. Regnl., c. xvi, xvn, xviii, xlv, xlvii.
3 Ainsi dit Hildemar [Commentar. in Reg. S. Bened., Ratisbonne, 1880, p. 294, ad c. xni) : Cum autem dicit, secundum consuetudineni, subaiidiendum est : ecclesiœ suœ; quia tune ecclesise illias regionis ita cantahani duos psalmos (cf. Thiel, Epist. Rom. Pontif., t. i, p. 450, note 2.3).
\'oici lordrc de l'office, tel que réliihlil saint Benoîl :
Au comnieiiccment des Heures canonudcs notre bienheureux Père prescrit le verset du psaume si cher aux anciens moines' : Deiis in adiuloriiim meiim infende, Domine nd adiuvanduni me feslina^, dans le but d'offrir, en aflirmant par celle prière la doctrine catholique de la f^ràce , un contrepoids puissant aux tendances semipélagiennes de son temps, qui furent définitivement condamnées en 529 par saint Césaire d'Arles (au II" concile d'Oran<;e par la publication des articles envoyés par le pape ) et bientcM après parle pape Boniface II.
La même idée donna naissance, comme le remarque Hildemar dans son Commenlaire^, à la triple répétition ordonnée par saint Benoîl au commencement des Matines du verset emprunté au psaume l: Domine, J.ihia mea aperies et os menm annnniiahil laudem luam ^.
Les Matines ou A'igiles ont tout d'abord un psaume d'introduction qui doit être dit par tous en même temps, sans antienne, direclanee. C'est le psaume m, Domine, quid muUiplicati sont, qui contient une courte action de j^râces pour le repos de la nuit, dont on a joui par la grâce de Dieu, et qui rappelle la résurrection du Christ, après le sommeil de la mort dans le tombeau, et notre propre résurrection future ; enfin c'est une arme et une demande de secours contre toutes les sugpfestions des esprits mauvais, occupés à dresser des embûches à ceux qui ont quitté
La deuxième moitié du ch. ix et le cli. xiv. où sont mentionnés comme connus des textes de leçons, d'antiennes et de répons, se rapportent aux livres litiugiques de TEglise romaine, puisque Subiaco et le Mont-Cassin, monastères habités par saint Benoît, étaient situés dans la Provincia romana , le premier dans le Latiiim velus , le second dans le Laliiim novum. Cf. Krieg., dans Real Encyklopiidie fur chrisl. Allerlh.. t. ii, col. 630 sq., et Bickell, dans le KaUwlik, 1874, p. 20.^.
> Cf. Cassian., Collai., lib. X, c. x (Pctschenig, p. 297-302; P. l... t. XLix, col. 831-835).
2 Ps. LXIX.
3 Hildemar, Cotnmenl. in Rey. S. Bened., c. ix, p. 280.
'' D'après les plus anciens codices de la aaint? Rèyle , le verset Deus in adiulorium du ch. ix pour les Matines ou Vigiles n'est pas mentionné là, de sorte qu'on les commençait par Domine lahia mea aperies, comme aujourd'hui les Matines romaines. Cf. Edmond Schmid dans l'édition de la Reg. S. Rened., Ratisbonaî, 1880, p. 23. Aux manuscrits qui sont mentionnés dans la préface et qui sont du vii« et du viii<^ siècle, on peut ajouter le codex ">£ de la bibliothèque du chapitre de Vérone, fol. 128, de la fin du VIII' siècle.