CHAPITRE VI
ajoutait à l'office des Vêpres le cantique de la très sainte Vierge, le Macjnifical, comme convenant bien à cette heure. D'après Honorius d'Autun, saint Benoît aurait ici copié saint Ambroise. Honorius n'a cependant pas fourni de preuve en faveur de son affirmation' ; elle repose sur cette croyance non fondée : à savoir que l'office de Milan d'aujourd'hui , ou celui usité au xii* siècle dans cette église, était exactement le même que celui du iv^ siècle, au temps de saint Ambroise. On ci'oit généi^dement de nos jours, et pour de bonnes raisons, que le Magnificat a été introduit aux \'êpres, comme le Benedictus aux Laudes, par saint Benoît, et, emprunté au rite bénédictin, il est passé dans l'office romain; on croit qu'on doit aussi au patriarche des moines d'Occident la complète organisation des petites Heures , composées du Deus in adiulorium, de l'hymne, de trois psaumes, du capitule, du verset avec répons et de l'oraison^. Enfin saint Benoît fait réciter à haute voix le Pater noster à la fin des Vêpres comme à la fin des Laudes, ce qui avait déjà été prescrit par un concile (de Girone, page 221), mais n'avait pas pénétré dans les églises et les monastères de l'Italie. Dans tous les cas, saint Benoît donne de cette récitation une raison particulière : Propter scandaloruin spinas, qiue oriri soient , ut conventi per ipsius orationis sponsionem qua dicunt : w Diniitte nobis sicut et nos dimitlimus, n purgent se ab huiusmodi vitio. Caeteris vero ac/endis ultima pars eius orationis dicatur, ut ab omnibus respondeatur : « Sed libéra nos a malo (c. xni). » On voit par cette dernière remarque que l'on disait à la fin de toutes les heures et de tous les offices le Pater noster; mais le début et la conclusion seuls devaient être récités à haute voix, de sorte que ceux-là se sont trompés qui, comme Hergott [Vêtus discipl. monast.)^ ont cru, en se basant sur le ch. ix, qu'à la fin de l'office il n'y avait qu'un triple Kyrie eleison et pas autre chose; on récitait certainement les Litaniœ et Missse, les Preces ou Capitella^.
1 Gemma animée, n, 66 (P. L., t. clxxii, col. 640).
2 Martène, De ant. mon. rilibus, lib. II, c. x, n. 26. Idem dans Commentario ad Regul. S. Benedicti, c. xvii (P. L., t. lxvi, col. 467). Grancolas. Comment, in rom. Brev., lib. I, c. xxxviii; lib. II, c. ui. Binterim, Denkw.. t. IV, K» part., p. 38C. Pleithncr, Gesch. des Breviers, p. 312, en particulier notes 4 et 5, et p. 313, note 5.
' Il est à peine besoin de remarquer que l'usage de réciter le Kyrie eleison et le Pater nosler à l'office était déjà traditionnel chez les Orien-
2o't HISTOIKE DU BUtN lAlKE
L'ue lonj,^ue leeUire précède Compiles. La leçon brève : Fralres, sohrii eslote, des Gomplies romaines, la rappelle encoi'e aujourd'hui , tandis que dans beaucoup de monastères de l'ordre béaédiclin on a conservé jusqu'à ce jour une plus longue lecture immédiatement avant cette heure; elle est précédée du lubc iJomne... Xocleni quielam, etc. Dans quelques-uns de ces monastères, pour cette raison, le Fratres, sohrii, etc., n'est pas dit.
Diflerents écrivains se sont ellorcés de nos jours de prouver que les Complies existaient déjà à cette époque et avaient pénétré en Orient à la lin du iv" siècle. Certains passa^-'es ou indications dans ce sens se rencontrent, il est vrai, dans saint Basile. Cassien et d'autres, que l'on pourrait faire valoir à lappui de cette thèse; nous les avons examinés avec soin en leur lieu. Mais il nous semble que ces renseig^nements , si l'on veut y voir le yerme des Complies, ne prouvent pas l'existence de cette heure en tant qu'office ; supposer des Complies proprement dites avant saint Benoît est contraire à l'histoire. L'établissement de cette heure comme office était devenu une nécessité, depuis que saint Benoît avait fait des Vêpres un office du jour.
La raison suivante peut être invoquée pour l'introduction d'un office indépendant, quotidien, distinct des A'épres. Les ^'^êpres n'étaient plus désormais la prière de la nuit , elles avaient un autre caractère; elles étaient devenues un sacrifice de louange, une action de g"râces pour les bienfaits reçus pendant le jour et pour le sacrifice du Christ considéré à son double point de vue, de sacrifice de la croix et de son renouvellement non sanglant sur nos autels. Et , en elfet . saint Benoît détache des A'épres ce
taux. En Occident aussi, il avait déjà depuis longtemps pris pied, ainsi que nous lavons vu plus haut. De même, il était tenu pour un usage ancien en Orient ou chez les Grecs et en Palestine, comme on le voit par les témoignages fournis par le cardinal Pitra pour ce qui est des moines du mont Sinaï, par la Peregrinaiio Sylviœ pour ce qui est de Jérusalem et par d'autres documents. On ne doit pas oublier que, au vi^ siècle, les rapports des Romains avec les moines du mont Sinaï sont affirmés par les lettres de saint Grégoire, qui leur envoyait des aumônes. En feuilletant un peu les psautiers des vm», vue, vie siècles (Zurich, Utrecht, Paris, O.vford, Londres, Milan), qui se rapportent à Toffice romain ou du moins occidental, qu'il s'agisse de l'oftice luonaslique ^ Antiphonaire de Bangor) ou de celui des prêtres séculiers, on ne peut douter que les Litanise , Supplicalio litaniœ, Missœ de la règle de saint Benoît, ne contiennent et ne signifient quelque chose de plus qu'on l'a cru parfois jusqu'ici.