CHAPITRE VI -ioo
qui portait le caractère de la prière de nuit, et il en fait avec des psaumes, une leçon et une hymne, un office propre au soir, une prière officielle pour la nuit. Ainsi, outre le psaume xc, qu'une ordonnance de saint Basile^ avait déjà mentionné (peut-être est-ce là la première oriyine des Compiles), on avait encore les psaumes iv et cxxxni, qui renferment quelques versets ayant trait au repos de la nuit , à la yarde de Dieu durant la nuit ou à la prière durant cette même nuit. Pour le reste, il l'ait cet office entièrement analogue aux \'êpres d'autrefois, qu'il dcAait remplacer, en prescrivant une leçon, une hymne, des Prêtes et une bénédiction finale.
[Le Père Pargoire a étudié avec détails loriyine des Compiles, dans la Revue d'histoire et de litt. religieuses, 1898, t. ni, p. 456-467. Après son article, il y a lieu de reviser l'affirmation de dom Biiumer qu'il faudrait attribuer la paternité de Compiles à saint Benoît. Déjà dom Plaine (0. S. B.) avait essayé de prouver que le dernier office du soir était antérieur à saint Benoît ; mais la plupart des textes allég-ués par lui sont insuffisants-. Le Père Pargoire a versé au débat un nouveau texte grec qui prouve de façon évidente, il semble, l'existence de Compiles durant la première moitié du v'^ siècle, par conséquent à une époque bien antérieure à saint Benoît. Ce texte est tiré dune vie de saint Hypace, higoumène du monastère de Rufinianes, dans le faubourg du Chêne, non loin de Chalcédoine, et mort le 30 juin 446. Sa vie a été écrite entre 447 et 450 par son disciple Callinique ; personne ne récuse son authenticité^. De l'un de ses passages se dégage l'existence d'une Heure canonique intermédiaire entre la pi'ière des flambeaux et la prière de minuit, entre les Xu/vcxà et les txeo-ovuxTta , entre les A'êpres et le Nocturne*. Cette Heure canonique, appelée ici TrpwQuiivta parce qu'elle précède le pre-
1 Régal, fus. interr., c. xxxvii (P. G., t. xxxi, col. 1015). Cf. plus haut, p. 116, note 2. [Le Père Pargoire voit clairement dans cette citation de saint Basile l'indice d'un office de Complies.]
2 [Genèse historique des Heures, dans la Revue anglo-romaine, t. i, p. 593.'
3 [P. Batiffol, Ane. littér. chrét., La littérature grecque, Paris, 1897, p. 231.]
* [fâXXwv xal eù/ôfxîvo; &pOptvi, TptTr,v, iy.Tïiv, £vàTr,v , >.-j/vty.à, TrpwÔ'jnvia, (AEaovûxTia xa-ca tÔv Xiyovta • '<■ 'ETtTdty.i; xr]; r,[ji£pa; r\ys.(ji ag èîtl rà xpcîxaTa Tr,ç Stxaioo-'jvy); tjoy. » 'Eitotsi oyv to vu/Ôi^txepov, t{/â).),wv ÉTtràxc;, Ixatbv 4'«^!J'0Vî '>'-^'- ixarbv e-j/àî. Ta-jtTjv oyv tt^v ito).'.T£t'av Iw; -rr,; T£>.;'jTf,;
mier sommeil, porlc aujourd'hui chez les Grecs le nom d'k-ô- SetTcvov à raison du repus qu'elle suit. Cette Heure canonique est Compiles. Je renvoie le lecteur à l'article intéressant du Père Pargoire, qui prouve que cette heure n'était pas un exercice privé. Le Rév. Père étaye son texte de deux autres citations de saint Jean Chrysoslome' et de saint Basile. Tr.]
On doit encoi'e remarquer que saint Benoît ne crée ou ne prescrit pour Toflice aucun nouveau texte qui ne fût déjà dans l'usage ecclésiastique en dehors de la sainte Écriture ; il suppose plutôt les hymnes connues, aussi bien les ambrosiennes que le Te Deiim et le Te decel laiis' ; ce n'est que pour les trois Caniica prophelarum du troisième nocturne du dimanche qu'il laisse à l'abbé libre choix (ch. n). Pour les jours de fête du Seigneur {solemnitales) et pour les fêtes des Martyrs ou des Saints [in Sanctorum feslivilatihus , natalitiis)^ il prescrit le même ordre que pour les dimanches (c'est-à-dire trois nocturnes aux Matines, douze psaumes et trois cantiques). Mais le texte sera changé; les psaumes, antiennes, leçons et répons qui les suivent seront empruntés au mystère du jour [ad ipsum diein pertinentes) ou au Proprium du saint du jour. Cela suppose que déjà à cette époque, dans cette contrée, peut-être dans l'Eglise de ce pays, à Rome, il existait un Proprium de Tempore et Sanctis, qui avait son type et sa racine dans le Proprium que nous avons vu dans son complet épanouissement au iv*' siècle dans l'Eglise de Jérusalem ; et mieux encore, vraisemblablement, un Ordo Romanum ou Breviarium , lectionnaire et antiphonaire , auquel était
ayTo-j cXTSÀÉffa; , xoî; lajToO (jLa9r|-aî; y.axD.iTtEv ( Callinici , De vita S. Hypatii liber, edidd. Seminarii philologorum Bonnensis sodales , Lipsiae, 1895, p. 54. Cette vie se trouve aussi dans les Acta Sanctorum, juin, t. m, p. 308-349).]
1 [[ti Epist. I ad Timoth., c. v, honi. xiv; P. G., t. lxii, coi. 577. J
2 [Saint Césaire d'Arles fait aussi réciter le Te Deum le dimanche, avec le Gloria in excelsis, à la fin des Laudes. LAntiphonaire de Bangor le donne aussi à Laudes; les psautiers du ix* siècle le donnent avec les autres cantiques du matin sous le titre Hymnus in die doniinica ou Laii* angelica. Quel est l'auteur du Te Deum? On a tour à tour nommé saint "Augustin et saint Ambroise (cette hypothèse est désormais abandonnée^; ini moine du v« siècle du nom de Sisebut; Nicetius, évêque de Trêves au milieu du vi* siècle; ou Abundius, évéque de Cônie, et Nicetas, de Remesiana, tous deux du v« siècle. Ce dernier paraît réunir les suffrages des critiques. Cf. Usserius, De Symbolo; G. Morin, Revue bénédictine, 1890, p. 151-J59; 1894, p. 49 et 337; 1897, p. 390. Tr.j