CHAPITRE VI
emprunté le texte en question. Saint Benoît ne parle pas, il est vrai, d'hymnes propres pour ces fêtes, mais peut-être seulement brevilalis causa; car nous avons vu plus haut par saint Célestin et Fauste de Riez* qu'à cette époque, en Italie, on chantait des hymnes propres aux principaux jours de fête.
Ainsi donc il existait au milieu du vi* siècle, dans le voisinage immédiat de Rome (Subiaco, où saint Benoît avait construit douze monastères, à Tei^racine et au Mont-Gassin), une ordonnance, définitive et fixée jusque dans le moindre détail, de l'office de jour et de nuit, et on la suivait avec zèle.
jMais il existe encore un autre témoi|j^nage relatif à l'office divin en Italie. Nous devons en parler brièvement avant de clore cette première période. Il nous montre la règle de saint Benoît dans son application pratique en ce qui concerne l'office des moines.
Cassiodore. — Cassiodore, premier ministre d'Italie sous quatre rois, fonda vers le milieu du vi'' siècle, dans la basse Italie, non loin du Mont-Cassin , le célèbre monastère de Vivarium. Il connaissait, pour l'avoir vue de ses propres yeux, l'œuvre que saint Benoît avait établie sur les hauteurs du Gassin. Dans ses écrits, il parle à plusieurs reprises de l'office des Heures canoniales, et notamment dans son Exposition sur le Psautier, composée en 545, c'est-à-dire deux ans après la mort de saint Benoit. Dans la préface, il énumère les avantages que nous offrent les psaumes, et cite comme l'un des plus importants celui de nous faciliter et de nous adoucir le devoir de la louange divine, en formant le texte des Heures canoniales. Puis ces heures sont examinées séparément. Il nomme les Vigiles , les Mâtines, Prime, Tierce, Sexte (après laquelle se faisait le sacrifice de la sainte Messe, « la fraction du pain; » il ressort de ce qu'il dit qu'il ne faut pas songer ici au repas corporel ou au repas de midi), None, à la fin du jour (Vêpres ou Lucernaire) et au début de la nuit (Gomplies). Gela correspond entièrement à la règle de saint Benoît, que vraisemblablement l'on observait dans le monastère de Gassiodore, et nous montre aussi qu'à partir du milieu du vi^ siècle les huit Heures canoniales étaient déjà employées chez les moines d'Italie, en dehors du Monl-
7 Voir plus haut, p. 193.
Biév., t. I. i^
Gassin. Le passage est instructif et intéressant et mérite d'être cité tout entier en note*.
Dans l'explication du psaume lxxvi, verset 4, Cassiodore dit* « que la coutume est d'appeler nocturnes ce que le psalmiste appelait vigilias ». Le nom de nocturne était appliqué à l'office de nuit d'une façon analogue à celle qui est employée dans la règle de saint Benoît. Dans l'explication du psaume ci, 1 , on lit que le chrétien devrait s'appliquer à saisir dans la prière le sens des mots qu'il emploie, et Cassiodore^ cite une strophe d'une
1 Psalmi sunt denique, qui nobis gratas faciiint esse vigilias, quando silenti nocte psallentibus choris humana vox erumpit in miisicam, verbisque arte modulatis ad illum redire facit, a quo pro salute humani generis diviniim venit eloquium. Cantus qui aiires oblectat et animas instruit, fit vox una psallentium; et cum angelis Dei, quos audire non possumus, lauduni verba miscemus , per illum scilicet qui venit ex semine David, Dominum lesum Christum, sicut ipse in Apocalypsi dicit : Ego sum radix et origo David ( Apoc, xxii, 16). A quo et religionem salutarem suscepimus, et sanctse Trinitatis mysteria revelata cognoscimus. Unde merito eis (psaumes par la Doxologie) Patris et Filii et Spiritus Sancli una gloria sociatur, ut perfecta eorum prœconia comprobentur. Ipsi enim diem venturum matutina exsultatione conciliant, ipsi nobis primam diei horam dedicant, ipsi nobis tertiam horam consecrant, ipsi sextam in panis confractione lœtificant , ipsi nobis nona ieiunia resolvunt , ipsi diei postrema concludunt, ipsi noctis adventu, ne mens nostra tenebrelur efficiunt, sicut ipsi dicunt : Nox illuminatio mea in deliciis meis : quoniam tenebrse non obscurabuntur abs te. Domine (ps. cxxxviii, 11); ut merito se a vera vita credat alienum, quisquis huius muneris iucunditate non frnitur. Quorum virtutes ut breviter divinus sermo concluderet , in septuagesimo psalmo (v. 22) dicturus est : « Ego autem confitebor tibi in vasis psalmorum veritatem tuam. » Rêvera vasa veritatis, quse tôt virtutes capiunt, tôt diviiiis odoribns farciuntur, tôt thesauris cselestibus cumulantur, Hydrise quse vinum cseleste recipientes , puritatem eius in novitate semper custodiunt. Dulcedo mirabilis , quse sseculi corruptionibus non acescit, sed in sua permanens dignitate, gratia semper purissimse suavitatis augetur. Apotheca valde copiosa de qua cum bibant tam magni terrarum populi, uberlas eius nescit expendi (Cassiodorus, Prsef. in Psalter.; P. L., t. Lxx, col. 10, 11).
' Dicit {psalmista) oculos suos anticipasse vigilias, quas in Dei laudibus solemniter exhibebat. Istas usus noster consuevit vocare nocturnos (P. L., loc. cit., col. 547).
3 Hune autem modum sanctœ orationis servandum devotissimus christianus intelligat, ut idipsum cogitet quod orat, ipsum respiciat mente cui supplicat... ne, ut ait quidam, purissimis fontibus apros immittere videatur improvidos. Hinc etiam S. Ambrosii secundum apostolum (I Cor., xiY, 15) horse sextœ roseus hymnus ille redoluit. Ait enim :
Orabo mente Dominum, etc.
Tune enim Deo accepta est oratio canentium, si pura mens idem gerat