CHAPITRE VI
hymne de saint Ambroise que Ton a coutume de chanter à Sexte.
Orabo mente Dominurn , Oraho si/nul spiritu :
Ne vox sola Deo canat Sensusque nosler alibi Ductus aberret fîuctuans, Vanis prœventus canibus.
Au verset 164 du psaume cxvin, il dit' « que si Ton entend à la lettre le passag-e du psalmiste : Septies in die, il signifie les sept moments où la dévotion des moines est satisfaite ». Saint Ambroise l'atteste dans une hymne de Sexte.
Voici le passage allégué par Cassiodore :
Nos ergo nunc confamuli Prophetse dicti meinores, Solvanius or a in canticis Prece mixta Davidicis.
Ut septies dieni vere Orantes cum psalterio Laudesque cantantes Deo , Lseti solvanius debitum^.
Nous avons vu que Cassiodore connaît , outre les sept heures mentionnées , une huitième heure , Prime ; dans ce passage elle est peut-être unie aux Matines , de même que dans Cassien nous l'avons vue désignée sous le nom de secondes Matines.
Une autre indication de Cassiodore mérite ici une particulière attention; c'est lorsqu'il montre que ceux-là sont dans l'erreur qui prétendent ne pas reconnaître dans le chant ecclésiastique
qiiod explicat vox cantici (P. L., t. lxx, col. 707; cf. Régula S. Bened., c. xix).
1 Septies in die laudem dixi tibi, super iudicia iusticix tuse. Si ad litteram hune numerum velimus advertere, septem illas significat vices, quitus se monachorum pia devotio consolatur, id est Matutinis, Tertia , Sexta, Nona, Lucernaria, Completoriis , Nocturnis. Hoc et sancti Amhrosii hymnus in Sextse Horœ decantatione tsstatur. Si vero spiritualiter intendas, etc. (P. L., loc. cit., col. 895).
2 De l'hymne Bis ternas Horas explicans, dans P. L., t. xvii, col. 1173-
260 HISTOIRE DU BREVIAIHE
l'existence de chants mélismatiques, de séries neumatiques de notes ou de juhili ^. Le passage traite de VAllelaia^.
Cassiodore parle ici , comme le fait excellemment remarquer Wagner^, de longues suites de notes d'une façon qui révèle sûrement une longue pratique et une connaissance plus profonde encore. Cassiodore mourut en 570; il existait donc très certainement des jubili dans les chants d'église au milieu du w'^ siècle. Mais comme V Alléluia avait déjà pris une place d'honneur dans la liturgie dès le iv^ siècle, cette supposition pourrait être justifiée, que même au iv^ siècle on ne le récitait pas ou qu'on ne le chantait pas uniquement sur une cadence simple.
Les moines bénédictins au Latran. — Lorsque les Lombards, qui pénétrèrent en Italie en 568, détruisirent totalement quelques années après la fondation de saint Benoît, alors dans son complet épanouissement, les moines durent s'enfuir à Rome"*.
Dans cette ville, le pape Pelage II (578-590) leur donna, croit -on, une habitation près de son palais du Latran; ils y bâtirent un ou plusieurs monastères, pour célébrer désormais, jour et nuit, dans l'église principale de la chrétienté, l'église
1 Cf. Dreves, S. .T., Aurel. Amhrosius, der Vater des Kirchengesanges, Freiburg-, 1893, p. 105 sq.
2 Nomis plane tituliis et dicti qjsius hrevitale conspicuus ; hoc ecclesiis votiviim, hoc sanctis festivitatibus decenter accommodum. Hinc ornatur lingua cantorum : istud aiila Domini lœta respondet , et tamquam insatiahile honum iropis semper variantihus innovatiir {Expos, inps. Cil'; P. L., t. Lxx, col. 742).
3 Histor. Jahrbuch der Gôrresgesellschaft, 1894, t. .xv, p. 128.
* La surprise et la destruction du Mont-Cassin furent accomplies par les hordes de Zoto, duc de la principauté ou du duché établi en Bénévent par les Lombards, en 580 ou un peu auparavant, sous l'abbé Bonitus. D'après Tosti [Sloria délia Badia di monte Cassino, Napoli, 1842, t. i, p. 18), ces faits n'eurent lieu qu'en 589. Mais Mabillon prouve que, déjà en 580, les moines du Mont-Cassin avaient un monastère à Rome; la destruction du Mont-Cassin pourrait ainsi avoir eu lieu dès 579, ou au plus tard 580 {Annales 0. S. B., lib. VII, c. i-iii,. Parisiis, 1703, t. i, p. 176, 177 [cf. Paul. Diac, Hist. Long., lib. IV, c. xiii; idem, Chron. Cassinens., lib. I, c. II]). Grégoire le Grand parle de cette destruction et de la surprise nocturne au ch. .xvii du livre II de ses Dialogues , et dit que tous les moines avaient pu s'enfuir. Dans l'introduction de ce deuxième livre des Dialogues , écrit en 593 ou 594, il dit que l'abbé Valentinien, disciple de saint Benoît, et qui vécut avec ce dernier au Mont-Cassin, était déjà depuis nombre d'années abbé du Latran {annis multis Lateranensi monasterio prsefuit); on peut l'entendre de douze ou treize ans, par conséquent dès 580. Nuper, chez saint Grégoire, signifie souvent une période de dix ou vingt ans.