‹ Histoire du bréviaireChapitre 143 sur 224 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

cernait sa propre cour et le clergé de la ville éternelle, Grégoire s'occupa des églises d'Italie et de Sicile. Il y établit une hiérarchie plus régulière en surveillant avec sévérité les élections épiscopales et mit fin au schisme de l'église d'Aquilée. Dans cette ferme conviction, fournie par la foi , que le siège de Pierre est le rocher inébranlable sur lequel le Christ a bâti son Eglise et que c'est par lui seul qu'elle existe, il chercha à obtenir de toutes les Eglises particulières leur dépendance systématique et régulière vis-à-vis de l'Eglise de Rome. Puis il travailla à la réconciliation des schismatiques avec cette dernière, à la réfutation des erreurs et à la défaite de l'opiniâtreté des hérétiques, enfin à la diffusion de la lumière de la foi parmi les païens appelés au salut dans le Christ. Outre les Anglo-Saxons , dont nous parlerons plus loin, il convertit les Lombards avec leur reine Théodelinde et fit annoncer l'Evangile aux Berbères [Barbaricini)^ tribu africaine que les Vandales avaient repoussée vers la Corse et la Sardaigne^

Dieu avait conduit Grégoire en Orient avant son pontificat pour lui fournir, d'un côté, l'occasion de connaître de plus près le théâtre de la lutte et pour lui permettre d'étudier, en la voyant de ses propres yeux ou en la pratiquant, la liturgie grécoorientale; d'un autre côté, pour le l'endre capable d'employer cette liturgie pour sa propre Eglise et d'introduire dans le rite latin ce qui lui semblerait bon et utile. Lorsque l'abbé bénédictin fut devenu pape, il ne manqua pas d'observer toutes les formes de politesse envers l'empereur d'Occident , souverain de nom do Rome et de l'Italie. Mais, dès qu'il s'aperçut que ce monarque manquait de force et de volonté pour entreprendre quoi que ce fût en faveur de la Ville éternelle , il prit sous sa protection le peuple délaissé. Désormais il défendit Rome comme son héritage paternel et regarda l'Italie comme son pays à lui. Il corrige et modifie, en qualité de seigneur autonome et de chef souverain, une loi qui interdisait aux soldats et à tous ceux qui avaient eu quelque charge publique, l'entrée dans un monastère et dans les rangs du clergé. Avant tout il humilie la cour de Byzance, punit

* S. Gregor., epist. iv, c. xxiii; epist. iv, c. xxii, xxin (P. L.,l. Lxxvir, col. 692, 1134-1135). Cf. JafFé - Ewald , Regestei Pontificum Romanorum , éd. 2, Lipsiae, 1883, t. i, p. 143-219.

les coupables de censures ecclésiastiques et pardonne à ceux qui se repentent. Puis il s'oppose avec énergie à la prétention du patriarche « œcuménique » , ce qui irrite l'empereur Maurice ; mais Grégoire en appelle au juge éternel, et la verge de la justice divine frappe bientôt après l'empereur et son patriarche. L'empire entier parut s'humilier et trembler sous les paroles prophétiques du pape : « Tu aiguises l'épée des Barbares contre l'Etat ^ . »

Et malgré tout, Grégoire, ainsi qu'on le voit par ses lettres^, se monti^e dans toute sa façon de gouverner un père pour l'Orient. 11 console les pasteurs des diocèses orientaux les plus éloignés ; par sa vigilance et son énergique intervention, il réussit à étouffer dans leur germe les erreurs nouvellement nées à Thessalonique et à Alexandrie. Il favorise les tentatives pour la conversion des Perses. Des vallons éloignés du Caucase, qui. si l'on en juge par les moyens de communication du temps, étaient plus distants de Rome que ne le sont aujourd'hui San-Francisco, Tobolsk ou Pékin, des fidèles réclament par lettres les conseils du père de la chrétienté et reçoivent de lui des réponses. L'Eglise orientale ressemblait à un vieux vaisseau pourri, suspendu audessus de l'abîme, craquant dans tous ses joints et sur le point de faire naufrage. Grégoire considérait tout d'un regard pénétrant, et, inépuisable dans son amour et sa miséricorde, il ne négligea aucun moyen de la sauver.

D'Espagne arrivait, semblable à un parfum précieux, selon ses propres expressions , la nouvelle de la conversion des Wisigoths et de leur roi Reccarède par l'envoyé du saint -siège, l'abbé Cyriaque , et l'archevêque de Séville, saint Léandre.

Saint Grégoire, en sa qualité de successeur de saint Pierre, veilla, ainsi que nous l'avons montré plus haut, au maintien rigoui'eux des droits de la primauté; il prit aussi ses mesures, notamment en Gaule, pour que les évêques suffragants restassent dans la dépendance de leur métropolitain qu'avaient fixée les canons, encore qu'il défendît vigoureusement les premiers contre les décrets injustes des seconds. Apprenait-il la mort d'un métropolitain en Italie ou en Sicile, il faisait aussitôt visiter le dio-

* P. L., t. Lxxvii, col. 745. Peccata nostra. barbaricis viribus sociamus, et cnlpa nostra hostium gladios exacuit... diim talia reciditis, de regni prolixilate tractatis (S. Gregor., epist. v, ad Manrit. Augustnm, c. xx).

î Dans P. L., t. lxxvii.

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