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CHAPITRE I

cèse sans pasteur par un autre évêque, et sommait le clergé et le peuple de procéder à une nouvelle élection sous la présidence du délégué de Rome.

Mais l'oeuvre de prédilection de Grégoire fut la conversion de ses « ang-es », les Anglo-Saxons. Il est devenu leur apôtre par l'envoi de ses fils spirituels, le moine bénédictin Augustin et ses quarante confrères du monastère de Saint-André '. Tout le monde sait, parle récit du \'énérable Bède , comment saint Grégoire aima de prédilection ces insulaires païens^, et comment au soir de sa vie le grand homme put saluer avec admiration l'heureuse transformation accomplie par ses fils spirituels, ces humbles thaumaturges. « h' Alléluia et les hymnes de l'Eglise romaine retentissent chantés par des langues qui n'étaient habituées qu'au parler et aux chants barbares... Voici que l'Océan se calme et s'étend sous les pieds des serviteurs de Dieu , et les flots de ces peuples incultes et sauvages se rangent à la voix du prêtre^. »

Ses travaux. — Quiconque n'est pas un étranger sur le terrain de la liturgie sait aussi que saint Grégoire le Grand est le pape qui a le plus fait pour l'ordonnance de la liturgie romaine. C'est lui qui collectionna les prières et les usages liturgiques de ses prédécesseurs et qui assigna à chacun d'eux sa place : mulla subtrahens , pauca convertens , nonnulla vero super adiiciens'^ ; c'est lui, par suite, qui donna à la liturgie sa forme actuelle. Le chant liturgique lui dut son nom de grégorien , parce qu'il atteignit, grâce à lui, sa plus haute perfection. Les Heures canoniales et le formulaire actuel de la Messe reçurent de lui des règles précises. Sa Régula pastoralis donna à tout le corps hiérarchique une forme idéale, une vie et une activité fécondes; ses Moralia firent enti'er dans le domaine public les mystères de l'ascèse et les plus sublimes traditions de l'allégorie biblique. Il créa un type d'histoire hagiographique dans ses Lihri dialoc/orum, où l'on voit une grande âme bégayer en quelque sorte avec

* Cf, S. Augustin de Cantorbéry et ses compagnons, par le R. P. Brou, S. J. (collection Les Saints), Paris, 1897.

' Beda Vener., Hist. eccL, lib. I, c. xxiii sq. ; cf. lib, II, c. m (P. L., t. xcv, col. 52, 75 sq.).

3 S. Greg., Moral, lib. XXVII, c. xi (P. L., l. lxxvi, col. 411).

< Joann. Diacon., Vita S. Gregorii, lib. II, c. xvii, xxi (P. L., t. lxxv, col. 94 ).

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les petits et s'abaisser pour élever les simples à la science des saints. Son Sacramentaire, son enseignement et les disciples qu'il forma ont créé la forme parlante et dramatique de la liturgie qui est l'évangile en image du peuple. Ses innombrables lettres rappelèrent de tous côtés aux moines, aux clercs et aux prélats, leurs devoirs et toute la teneur des lois de l'Eglise. Partout on rencontrait les traces de son activité. Les montagnes et les mers semblaient s'aplanir sous les pas des voyageurs sans nombre qui, sur toutes les routes, se croisaient avec les légats et les évêques envoyés de Rome, avec les missionnaires munis de la juridiction apostolique , avec les avocats et les notaires chargés d'instructions, de récompenses ou de menaces de châtiments et de censures pour toutes les églises du siège romain.

Ajoutons encore son zèle inépuisable pour l'administration du patrimoine de Saint -Pierre. Il surveillait lui-même les changements les plus minimes qui concernaient les biens du Saint-Siège en Sicile et en Gaule, en Afrique et jusqu'en Asie. Des aumônes abondantes partaient de Rome pour être distribuées au dehors, non seulement dans les pays voisins, mais aussi dans les villes maritimes de l'autre côté des mers, jusqu'à Jérusalem même, où Grégoire érigea un hospice public, et jusque sur le mont Sinaï, dont il entretint les moines, pour les vêtements et la nourriture, durant son pontificat. A diverses reprises, il approvisionna Rome en temps de famine et trouva encore le moyen de racheter une foule de prisonniers, de reconstruire et de repeupler des villes abandonnées, de rebâtir et d'embellir les basiliques romaines. Grégoire avait aussi sa garde du corps et ses troupes papales; il répartit des postes pour la sûreté publique de Rome, pourvut les villes voisines de garnisons et avait assez de puissance pour détruire les Lombards. « Mais je crains Dieu, disait-il, et je tremble à la pensée d'être mêlé à la mort d'un seul homme'. »

Il se montra toujours le pacificateur suprême entre les peuples et leurs souverains. Mais il sut aussi défendre sa ville et son peuple contre les injustes agresseurs et encourager les indolents

1 Quia Deum timeo, in mortem cuiuslibet hominis me miscere formido {P. L., t. Lxxvii, col. 1411). Cf. S. Gregor., epist. v, c. xxi, xxxvi, xl; epist. I, c. XVII, XXXII ; epist. vu, ci, ii, v, xx; epist. ii, c. ii; epist. ix, c. VI, xcviii; epist. xiv, xlii, c. xii; dial. III, c. xxx; et Paul Diac, De ffestis Longobard., lib. IV, c. ii-v.

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