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CHAPITRE I

à la lutte. Seul, il paraît sur les murs de Rome pour résister aux Lombards; il fait donner l'alarme à la place du commandant en chef, gourmande comme il convient la nonchalance des chefs, et lorsque leur incapacité, leur étourderie et leur lâcheté ont détourné la victoire des étendards impériaux, il répare leur faute par l'habileté de ses négociations, qui arrachent à l'ennemi vainqueur une paix honorable. Mais, en même temps, il combat les lois iniques des princes et défend son peuple contre les projets d'impositions insatiables ^

Vers la fin de son pontificat le monde et l'Eglise étaient devenus tout autres, à ce point qu'on peut avec raison appeler Grégoire leur restaurateur. C'est lui qui porta les plus sensibles coups à l'hérésie arienne et à l'idolâtrie barbare; lui, qui amena la dignité papale à cette hauteur et à cette autorité qui lui assurèrent l'estime de la société future et qui, en somme, préparèrent les voies à la civilisation actuelle.

Aucun pape n'a eu une carrière aussi brillante que cet humble moine qui se croyait indigne du fardeau de la tiare et incapable de la porter. Docteur, la science ecclésiastique et la tradition catholique lui ont donné une place à côté d'un saint Jérôme et d'un saint Augustin. Sa connaissance des choses divines lui valut l'honneur de compléter le nombre des docteurs latins, et ses Moralia in Job lui ont mérité le titre de docteur de la vie spirituelle, de la théologie mystique ou ascétique. Orateur, il captiva l'attention de tout un peuple au point qu'il en oubliait l'ennemi aux portes de la ville, tandis que Grégoire parlait de la cité de Dieu. Pasteur, il ne cessa pas de combattre les dangers temporels et spirituels sans nombre qui menaçaient son peuple, et tout ce qui se produisait autour de lui fut l'objet de son attention et de ses soins. Il est pasteur des âmes et en même temps prince temporel. Son autorité indépendante des souverains byzantins s'étend sur Rome et l'Italie. Pour ce qui est du spirituel, il règne sur tout le monde. Des envoyés des peuples arrivent en foule de

1 S. Gregor., epist. ii, c. xxix, xxx, xlvi; vu, c. m; viii, c. xvii-xx; IX, c. Lxix; X, c. XI, XXI sq. — Nous renvoyons le lecteur qui désirerait s'assurer de Texactitude des indications que nous donnons dans les pages précédentes et avoir les passages en question à l'/ndex tituloruniex registro Epistolar. S. Gregor. excerptus (P. L., t. lxxvii, col. 1403-1460), composé par le cardinal Carafa, par ex. : De iis, quse spectant ad principes sxculares, col. 1417; De pace et bello, col. 1438.

tous côtés, poussés par le désir de vénérer l'oint du Seigneur et de solliciter sa médiation dans leurs différends.

C'est à ce seul homme, qui vraiment était né pour son temps, que l'Eglise et la papauté durent d'atteindre à ce degré de grandeur parmi les barbares et au milieu de l'antique société qui attendait sa ruine.

Grégoire demeura toujours moine par le cœur, même au sommet des honneurs, et au milieu de ses importantes affaires il repensait toujours à sa cellule aimée, qu'il avait dû quitter contre son gré. C'est ainsi qu'il écrit à saint Léandre, archevêque de Séville : « Des larmes s'échappent de mes yeux au souvenir de ce rivage silencieux et paisible que j'ai laissé. » Et au diacre Pierre : « Ma pauvre âme se rappelle ce qu'elle était autrefois dans notre monastère, lorsqu'elle planait au-dessus de tous les événements du monde et des vicissitudes terrestres, lorsqu'elle ne songeait qu'au ciel, lorsqu'elle envisageait la mort avec impatience comme la porte de la vie. Mais maintenant , à cause de ma charge de pasteur, les fardeaux que les mille affaires de l'humanité imposent, pèsent sur elle. Elles surviennent, malheureusement, quand mon âme s'est déchargée des soins de l'extérieur et alors qu'elle pourrait revenir de nouveau à sa tranquillité. Je pense à tout ce que je souffre, en particulier à ce que j'ai perdu. » Ces paroles expliquent suffisamment ce qu'était la vie monastique aux yeux du plus grand des papes. Et l'âme de la vie du cloître, c'était l'office, Vopus Dei'l

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