CHAPITRE III
tains nouvellement convertis, de semblables moyens d'édification. Quel aurait été le moyen plus propre à remplir cette fin, sinon d'introduire chez eux ce qui avait fait déjà ses preuves sous Grégoire, d'imiter la célébration du service divin, telle qu'elle existait à Rome? Et pour cela s'offrait la création d'une Schola, d'une corporation de personnes, qui se consacraient exclusivement à l'exécution du chant sacré, moyen excellent qui leur permettait d'envoyer de Rome des maîtres de chant dans les lieux qui les demandaient. La Schola, regardée comme un institut professionnel du chant liturgique , rivalisait sans doute, dans l'accomplissement de cet art sacré, avec les moines des monastères, qui célébraient l'office dans les basiliques, et qui s'efforçaient d'exécuter les prescriptions de Grégoire.
Influence des missionnaires sur la liturgie. — On doit ajouter que les missionnaires de ce temps, les fils spirituels de Grégoire, les compagnons et les successeurs des Bénédictins Augustin de Gantorbéry, Laurence et Mellitus, puis Amand, Théodore, Kilian, Willibrord, Corbinien , Boniface , etc., prenaient leur direction à Rome. Les monastères qu'ils fondèrent dans les forêts de la Germanie, dans les plaines de la Flandre, dans les îles Britanniques ou plus tard dans les pays Scandinaves , furent des pépinières de la liturgie romano-grégorienne. Et là où, en Espagne et en Sicile, le croissant cédait la place à la croix, les zélés Bénédictins implantaient dans leurs églises et leurs moutiers nouvellement construits la bannière de la liturgie de Saint-Pierre de Rome, cette église où leurs confrères, les habitants des trois monastères romains, chantaient chaque jour solennellement l'office divin, d'après l'ordre du pape*.
L'office romain. — A Rome même , l'autorité ecclésiastique — et les membres de la Schola, et des monastères dans leurs limites respectives — s'efforçaient de maintenir ce qu'avait créé Grégoire ou d'entretenir et de faire progresser ce qui existait auparavant, mais que Grégoire avait renouvelé. L'anonyme Franc qui, au vin® siècle , décrit Vordo romain dans le Codex 349 de la
1 S. Beda Ven., Hist. Eccl. angl., lib. IV, c. xviii; Labbe, Concil., t. vi, col. 1452, Capitulare S. Gregor. II; Duchesne, loc. cit., t. i, p. 397, 418; Karup, Histoire de l'Eglise catholique en Danemark, Bruxelles, 186J , p. 5, 12, 13.
Bibliothèque de l'abbaye de Sainl-GalP, dit que le premier le pape Damase, aidé par saint Jérôme, institua et ordonna ïordo ecclésiastique de Jérusalem. Gela concorde entièrement avec ce que nous apprend la Peregrinalio Sylviœ, qu'à Jérusalem, vers 380, un ordo de l'office avec antiennes, oraisons, etc., était déjà formé , avant qu'on le connût en Occident, et avec ce que rapporte saint Grégoire (epist. xii) des usag-es liturg-iques implantés à Rome par saint Damase, enfin, avec une indication de Florus de Lyon vers 840 qui, dans une Invectio canonica^, dit que l'affluence de la foule , l'armée des moines et les troupes des clercs avaient implanté d'abord à Jérusalem avec grande solennité et sans interruption, nuit et jour, le chant des psaumes et des hymnes, ce qui avait été imité dans d'autres ég-lises et dans d'autres pays, jusqu'à ce que progressivement la tiédeur vînt à paraître et à s'étendre [tepiditas crescef succrescere), ce qui avait été l'origine de plusieurs variations dans le chant. Après Damase, continue l'anonyme , les papes Léon, Gélase , Symmaque , Boniface et Grégoire le Grand furent les cultores cantus et ecclesiastici ordinis, puis le pape Martin et enfin les abbés Gatalenus et Maurianus de Saint-Pierre et domnus Virhonus Abba^.
1 Ordinem ecclesiasticum descriptum de Hierosolyma adiuvante sancto Hieronymo instituit et ordinavit, publié par Tabbé Gerbert [Mon. vet. liturg. alemanicse , S. Blas., 1779, t. ii, p. 175-195), et en partie par fragments dans Batiffol {loc. cit., p. 339 sq., en particulier p. 349).
2 Codex 681 , à Saint -Gall, p. 42.
3 L'âge de ce document est difficile à déterminer. Le P. Morin l'attribue à la fin du viii» siècle. Ce qui semblerait appuyer cette opinion, c'est qu'à cette époque (c'était le moment de l'introduction du rite grégorien dans l'empire franc), beaucoup de prêtres, religieux et séculiers, allaient à Rome pour voir comment le rite en question y était exécuté, et pour en faire le sujet de traités. Dans ces derniers, on ne peut méconnaître un ton de controverse, qui s'harmonise bien avec les événements qui se produisirent lors de la suppression de l'ancien rite dans l'empire franc. D'un autre côté, quelques points semblent témoigner d'une plus haute antiquité, fin du vue ou début du viiif^ siècle. La partie qui contient la discussion et l'apologie (elle ne se trouve malheureusement pas dans l'ouvrage de M. Batiffol, mais elle est dans Gerbert, loc. cit., p. 185) se rapporte mieux, à en juger par la vivacité du ton, au temps où le rite irlandais et la règle de Colomban d'une part, et d'autre part le rite romain et la règle de saint Benoit étaient en conflit dans les monastères. L'application des sept sceaux de l'Apocalypse à l'hérésie qui est venue de l'Ouest et du Nord se fait très bien aux Irlandais dans la bouche du champion du romanisme. Il y avait eu alors six conciles généraux contre