‹ Histoire du bréviaireChapitre 158 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

maison, Ceolfrid se vit forcé, à son grand regret, de chanter seul avec l'enfant tout l'office et les psaumes sans antiennes ; mais ils chantèrent aussi solennellement qu'ils purent A^êpres et Laudes avec antiennes*. Ainsi donc, nous retrouvons la prééminence donnée aux Laudes et aux Vêpres dans l'extrême Nord , et dans un monastère fils de l'Eglise romaine, uni à sa mère par les liens les plus étroits et tout récemment érigé par elle*.

Le chant et Vordo, enseignés par l'abbé Jean et laissés par lui en Angleterre, sont sans doute les mêmes que Cantorbéry reçut vers le même temps des envoyés de Rome Théodore et Adrien, ou plutôt ils avaient été déjà modifiés à Cantorbéry, au point d'être en conformité avec la nouvelle forme enseignée et laissée par Jean, c'est-à-dire avec la dernière revision de Vordo romain, s'il y en avait eu une depuis saint Grégoire le Grand. Soixante ou soixante-dix ans plus tard, le concile de Cloveshoe (747) décidait qu'aux grandes fêtes de l'année et dominicse dispensalionis, le chant se ferait à la façon romaine : Cantilenm inodus, iiixla exemplar videlicef quod scriptum de Romana hahemus Ecclesià. Itemque ut per gyrum totius anni natalitia sanctorum ano eodemque die iuxta Martyrologium eiusdem Romanx Ecclesise cum sua sibi convenienti psalmodia seu cantilena venerentur^. On ne A^oit pas clairement, par le texte du décret conciliaire, s'il indique que d'autres modifications ont été faites à Rome et si l'on a essayé, par le moyen du concile, d'obtenir une concordance aA'ec la nouvelle revision de l'office opérée à Rome sur ces entrefaites, et qu'on venait justement de recevoir (juxta exemplar quod scriptum de Bomana hahemus Ecclesià).

' Qui (Ceolfridus) prœfatœ gratia plagse multum tristis prsecepit, ut intermisso ritu priore, psalmodiam totam prseler Vesperam et Matutinas, sine antiphonis transigèrent {Hist. ahb. Gyrvensium, éd. Stevenson, p. 323).

* Cœmentarios qui lapideam sibi ecclesiam iuxta Romanorum quem semper amabat (Benedictus Biscop) facerent, etc. (P. L., toc. cit., col. 716 c)... tertio quod ordinem cantandi psallendi atque in ecclesià ministrandi iuxta morem Romana; institutionis suo monasterio contradidit [ihid., col. 717 b) : ...Ceolfridus... cum eo... Romam discendi necessaria simul et adorandi gratia adieral [ihid., col. 718 c).

3 Conc. Clovesfjoe II, can. 13, 15; Labbe, Coll. conc, t. vi, col. 1577; Hardouin, loc. cit., t. m, col. 1956; Hefele, Conc=Gesch., t. m, 2» édit., p. 564; Wilkins, Conc. Magn. Brit., t. i, p. 94.

La liturgie romaine en Allemagne. — Cette Eglise anglosaxonne, qui se considérait toujours comme la fille préférée de saint Grégoire le Grand et comme la plus fidèle interprète de sa doctrine, devait bientôt porter son esprit et exercer son influence sur le continent, d'abord en Germanie et plus tard dans l'empire franc. Mais avant que les missionnaires anglo-saxons commençassent à travailler dans ces pays, des tentatives pour assurer ou introduire le rite romain avaient été déjà faites en Bavière, c'està-dire dans l'Allemagne du Sud -Ouest, non loin de Saint- Gall. Le pape saint Grégoire II, en 716, donna l'ordre à ses légats dans l'Allemagne du Sud, Tévêque Martinien et le prêtre Georges, de veiller à ce que toute église possédât les serviteurs nécessaires pour la célébration des Heures du jour et de l'office de nuit*. Il existait, dans l'Eglise romaine, comme le texte de cette instruction le montre, une antique ordonnance concernant et la sainte Messe et l'office diurne et nocturne, les leçons ou péricopes, et enfin la prédication. Nous ne pouvons pas être plus affirmatifs, parce que les sources gardent le silence à ce sujet; nous ne pouvons davantage dire si et jusqu'à quel point ces ordres furent exécutés et si leur exécution eut un résultat durable. L'adoption du Cantus et de ïOfficium divinura romains en Allemagne coïncida avec l'établissement ou la résurrection de la vie religieuse dû aux travaux de saint Boniface et de ses compagnons.

* Ut datis nostris scriptis, ita. ut cum duce Provincise deliberetis , quatenus... ex qusesitis sacerdotihus atque ministris, quorum canonicam approbaverilis extitisse promotionem , ac recte fidei tenere ac recipere rationem, his sacrificandi et ministrandi sive etiam psallendi ex figura et traditione sanctse Apostolicse et Romanse Sedis Ecclesiœ ordine tradetis [tradatis) potestatem. — Ut loco singularum Ecclesiarum prœvidentes , quomodo unusquisque sacerdos seu minister erga Ecclesiam debeat conservare vel qualiter sacra Mis.^ârum solemnia, sive cetera diurnarum atque nocturnarum horarum officia, sive etiam lectionem sacrorum librorum, novi atque veteris Testamenti ordinabilia prsedicamenta studeat observare secundum traditum Apostolicse Sedis antiquitalis ordinem disponatis {Capit. Greg. II [Schannat-Hartzheim, Concilia Germanise, t. i, p. 35-36; Labbe, Conc, t. vi , col. 1452; P. L., t. lxxxix, col. 332; Jaffé- Ewald, Regesta Rom. pontif., n. 2153, ad ann. 716]).

Page 1