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III. L'office dans l'empire franc

L'introduction du rite romain, plus exactement de la psalmodie romaine et de l'ordonnance romaine de Toffice, fut, à en croire les apparences, intimement liée à l'influence que les missionnaires anglais, en particulier saint Boniface , l'apôtre de l'Allemagne, exercèrent sur la cour franque, à l'époque de l'établissement de la dynastie carolingienne*. Le rite et le chant romains étaient la règle prédominante en Angleterre, et, suivant le proverbe, les Anglais devinrent les familiers du siège romain et travaillèrent suivant ses vues^.

Saint Boniface. — Quelle que puisse avoir été la conduite de Charles Martel à l'égard de saint Boniface, ce dernier fut tenu en haute estime par ses fils et successeurs, et, lorsque ceux-ci furent en possession du pouvoir, il reçut toute liberté pour la réalisation de ses desseins. Son influence réformatrice se fît partout sentir. A cette même époque commence le mouvement favorisé, sinon créé par le roi Pépin le Bref et ses frères, les fils du Martel, en faveur de la prédominance progressive de la liturgie romaine sur la liturgie alors en vigueur. La marche des événements politiques, qui unirent étroitement la nouvelle dynastie au Siège apostolique, exerça une action efficace dans le même sens. On voit, en effet, que le premier acte positif relatif à l'introduction du chant de Rome dans l'empire franc coïncide avec l'ambassade que le roi Pépin envoya à Rome en octobre 753, et qui eut pour résultat la venue en France du pape Etienne et la consécration solennelle qu'il donna à Saint-Denis aux premiers souverains de la dynastie carolingienne. Pépin et son épouse Bertrade, et leurs fils Charles et Carloman.

1 Le rite de la Messe romaine ou le Sacramentarium S. Gregorii , envoyé par le pape Adrien vers 788, sur le désir de Charleniagne, et enrichi par Alcuin, ne fut mis en circulation que plus tard (cf. notre article sur le Sacrament. gélasien , dans Histor. Jahrh. der Gôrresgesellsch., 1893 , p. 240 sq.).

* Viros de Britannia id est génie Anglorum, qui maxime fam,iliares Apostolicœ Sedes semper existunt {Gesta Abhat. Fontanell., dans Mon. Germ. histor. script., t. n, p. 289).

Saint Chrodegand. — Chrodegand, évêque de Metz, le principal personnage de celte ambassade, introduisit, à son retour de Rome% chez son clergé, non seulement le chant romain [Bomana Cnntilena), mais, à ce qu'il semble, dans une certaine mesure, le rite romain lui-même^. Le séjour du pape Etienne en deçà des Alpes paraît, entre autres résultats, avoir donné une nouvelle impulsion à l'acceptation des coutumes romaines. C'est ce que prouvent, en effet, les livres carolins, composés à peine une génération plus tard^.

Saint Remédias de Rouen. — On ne peut avoir de doute sur les désirs personnels de Pépin dans cette question (Pepini régis cura et industria); ils concordaient d'ailleurs avec la direction générale de sa politique, qui visait à une union étroite avec Rome. Une telle union était alors pour lui on ne peut plus avantageuse. Il reçut du successeur d'Etienne, le pape Paul I^'', entre 758 et 768, un Antiphonaire et un Responsorial*, tandis qu'on envoyait de Rome, à son frère, Remedius ou Rémi de Rouen, un chantre du nom de Siméon. Celui-ci était le directeur en second, secundicerius, de l'école de chant romaine, et sa mission était d'instruire les moines de Rouen dans le chant romain. Lorsque le Primicerius ou préfet de ladite école mourut, le pape rappela Siméon, pour lui confier la haute direction de l'école. Bien que cette mesure affligeât grandement l'évêque Remedius, il ne perdit pas courage et s'efforça d'atteindre son but par un autre moyen. Il choisit quelques-uns des moines, qui avaient déjà reçu pendant quelque temps les leçons de Siméon à Rouen, et demanda à Pépin de les envoyer à Rome, munis d'une lettre de recommandation pressante. Le pape accueillit la demande du roi et, « par amour pour lui et pour son frère, » confia les moines au soin et à la direction de Siméon, jusqu'à ce qu'ils fussent

* Cette suite des événements, quoique seulement indiquée par Paul Diacre, est en soi la plus vraisemblable et est confirmée dans les livres carolins (Jaffé, Monumenta Alcuiniana , p. 223), et de plus adoptée par le moine de Gorze, qui écrivit la Vie de S. Chrodegand au x« siècle {Mon. Germ. script., t. x, p. 564).

- Pauli, Gesta Episc. Meiiens., dans Mon. German. script., t. ii, p. 228 : Morem atque ordinem Romanse Ecclesiœ. Mais nous devons nous garder d'interpréter trop strictement ces expressions vagues.

3 JafTé, Mon. Alcuin., p. 223. Cf. JafTé-Ewald, Regesta Rom. pont., n. 2371.

* JafTé, Mon. Carol., p. 101; Jaffé-Ewald, loc. cit., n. 2451.

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