CHAPITRE III
complètement instruits dans le chant romain et dans la psalmodie romaine ^ Il ne manque pas d'autres traces d'une étroite union de l'ordonnance de l'office franc avec Rome, comme le montre le voyag'e dans la ville éternelle de l'abbé de Fontenelle, Austrulphe^.
Le chant romain devait facilement, sous de tels auspices, se répandre dans l'empire franc. Quelques années après la réforme de l'école de Metz par Chrodeg-and et l'introduction du Cantus Romanus, des étrangers furent fortement frappés par la beauté de ce chant. L'Anglais Sigulf, plus tard sacristain de l'Eglise d'York, ami intime et compagnon d'Alcuin, auquel il succéda dans l'abbaye de Ferrières , avait été envoyé à Rome par son oncle Autpert, pour y apprendre les statuts et les coutumes liturgiques. Mais il dut étudier le chant à Metz et s'approprier la mélodie qui y était enseignée. Cela se passait vraisemblablement vers 760 , au plus tard vers 770 ^. Vingt ans après Charlemagne assurait que c'était grâce au soin et au zèle de son père Pépin, que le chant romain avait été établi dans toutes les églises de la Gaule"*.
Livres carolins. — On ne peut évidemment accepter cette affirmation générale qu'avec quelques restrictions. Les circonstances n'étaient pas telles, que des transformations aussi vastes pussent s'opérer en un laps de temps aussi court. D'autre part, aucun souverain n'était plus capable de mener à bonne fin une telle entreprise que Charlemagne, dont l'esprit dominateur ne pouvait rien désirer plus vivement que l'uniformité , en tant qu'elle concordait avec ses désirs et ses préoccupations.
1 Jaffé, Mon. Carol., p. 139 sq.
2 II n'est pas impossible que le voyage de l'abbé de Fontenelle, Austrulphe {Mon. Germ. script., t. ii, p. 289 sq.), se rattache aux événements racontés plus haut. Du moins, la chronologie des Gesta est assez peu sûre et assez élastique pour permettre une telle supposition, bien qu'on y lise que le pape Etienne vivait encore lorsque Austrulphe vint à Rome. Harduin, disciple d' Austrulphe, écrivit un Antiphonaire romain et le légua au monastère de Fontenelle (Jafîé, lac. cit., p. 292).
3 Vita Alcuini , dans Jaffé, Monum. Alciiin., p. 16.
^ Ainsi dit l'encyclique De emendatione librorum , dans Mon. German. legam, t. i, p. 44 sq. Gomme il est vraisemblable que la compilation de ce Lectionnaire fut faite seulement après le retour de Paul d'Italie {Mon. German. SS. rer. Longob., p. 20), la date de cette encyclique peut difficilement être placée au delà de 787 ou de 786.
Dans les livres carolins, écrits du moins sous la direction de Charles et datant de l'année 790*, l'empereur parle longuement de la part prise par son père et par lui dans ces heureuses transformations. « Tandis que l'Eglise des Gaules, écrit l'auteur parlant au nom de Charles, était toujours demeurée, depuis les premiers jours de sa conversion, en union fidèle et solide avec la sainte Eglise romaine, et qu'elle ne différait d'elle qu'en quelques points (non pas dans la foi, mais seulement dans la célébration de l'office divin), elle est à présent, grâce au soin et aux efforts de notre père, de vénérée mémoire, et par suite du voyage en Gaule du vénérable Etienne, évèque de Rome, devenue sur cette question de la psalmodie entièrement d'accord avec Rome, si bien que les deux Eglises, qui sont unies dans leur zèle pour la foi, ne diffèrent pas non plus entre elles sur la question du chant. Et, dans le désir où nous sommes de glorifier la sainte Eglise romaine et dans nos efforts pour suivre les salutaires exhortations du très vénérable pape Adrien, nous avons nous aussi fait de même, lorsque le royaume d'Italie nous a été donné par Dieu. Nous avons ordonné que les églises de toutes les pro- -vinces, qui jusqu'ici ont refusé de suivre la tradition du Siège apostolique pour le chant, devaient adopter avec zèle la coutume romaine^. »
Capitulaires. — Et de fait, nous trouvons dans les Capitulaires, ou décrets postérieurs émanés de la chancellerie impériale, des prescriptions particulières qui recommandent l'observation et l'étude du nouveau chant. Dans le Capitulare ecclesiasticum du 23 mars 789, il est fait une stricte obligation à tout le clergé d'étudier avec soin le chant romain pour l'office et la Messe {per nocturnale vel gradale officium), « ainsi que cela a été
* Lorsque les éditeurs des Monumenta Alcuiniana ont placé des passages des livres carolins parmi les épîtres d'Alcuin à l'année 794, ils auraient pu ajouter une note qui aurait rectifié cette date, simple conjecture faite il y a trois cents ans parle premier éditeur, du Tillet. Elle est en contradiction avec celle que le document porte dans la préface, qui manque dans les Monumenta Alcain. D'ailleurs cette dernière date ("90) est difficilement conciliable avec la théorie, qui veut qu'Alcuin ait participé à la composition de ces livres; c'est ce qui fait souhaiter d'autant plus vivement une explication.
* JalTé, loc. cit., p. 223 A. Les paroles de Walafrid Strabon (De eccles. rer. exorJiis, c. xxv) semblent être un écho des livres carolins.