CHAPITRE m
sérieusement ordonné par notre père Pépin de vénérée mémoire, lorsqu'il abolit les coutumes gallicanes*. » — Dans un capitulaire général du mois d'octobre 802, il est ordonné, entre autres choses, de rechercher dans les visites si les prêtres sont en état de remplir leur devoir relativement au cursus (Bréviaire ou office) du jour et de la nuit et conformément au rite romain. On déclare à tous les ecclésiastiques, qu'ils sont tenus d'apprendre le cursus romain pour l'office de nuit et pour la Messe. Parmi les questions posées dans l'examen des candidats à la prêtrise se trouvent celles-ci : « Pouvez-vousdire la Messe d'après le rite romain [ordo romanus) ^ et comment l'entendez-vous? — Pouvez-vous chanter l'office divin selon le rite romain aux jours fixés pour les cérémonies solennelles '^ ? » A la diète de Thionville enfin (décembi^e 805), l'empereur ordonne que le chant soit enseigné et exécuté d'après Vorclo et la coutume de l'Eglise romaine^.
Mais, en dépit des ordonnances et des décisions, malgré le sentiment d'orgueil produit par le fait que non seulement les provinces des Gaules, mais aussi la Germanie et l'Italie, les Saxons et les peuples riverains de la mer du Nord suivaient les observances de Rome'' même dans les plus grandes églises de l'Empire, le changement ne s'opéra ni complètement, ni rapidement. A Lyon, par exemple, l'ordonnance de la psalmodie romaine (on l'appelait « Rite du sacré Palais » [sacri Palatii], c'est-à-dire du choral de Charlemagne à Aix-la-Chapelle), ne fut pas introduite avant Tépiscopat de Leidrad (793-816)^, et il semble ressortir des statuts de l'archevêque Arnon de Salzbourg de l'année 799 que, quoique Italien, il ne tenait pas énormément à l'introduction du rite romain^. Du reste, le « rite du sacré
1 Mon. German. ley., t. i, p. 66. L'administration du saint Baptême dut se faire d'après le rite romain; c'est ce que prescrivit le Capitulare générale de la même année "789 [ibid., p. 68).
2 Mon. German. script., t. i, p. 106 sq.
3 Ibid., p. 131.
* Jaffé, Mon. Alcuin., p. 22 i.
5 Jaffé, Mon. Carol., p. 420. La lettre de Leidrad à Charles (vers 813-81 i), dans laquelle il rend compte de l'exécution de l'oi-Jonnance impériale et de la résurrection matérielle et spirituelle de l'Eglise de Lyon, est tout à fait digne de remarque et doit être lue en entier, si l'on veut se faire une juste idée de ce fait.
6 Mon. German. leg., t. i, p. 80 : Si vobis videtur usum Romanum hahere telle... [Il n'est pas très sûr que l'archevêque Arnon fut Italien, nous le
Palais >) était très susceptible de variation, et il était soumis aux transformations arbitraires à de certains moments ; il était réglé de telle sorte qu'il pouvait servir les intérêts de l'uniformité. Charles était un maître sévère, lorsqu'il était question d'ordre et de discipline pour les autres; mais, comme la plupart des autocrates, il se réservait le droit de donner des ordres émanant de son autorité privée dans certains cas , lorsque son goût et son humeur le lui suggéraient. Et il exerçait ce droit dans une mesure très large, comme les lignes qui suivent le donnent clairement à entendre. Les anecdotes suivantes sur la vie et les mœurs de la chapelle du Palais ont été , il est vrai , rédigées à une époque où les derniers contemporains du grand empereur avaient déjà cessé de vivre ; mais elles sont si caractéristiques et s'accordent si bien avec ce que nous savons par ailleurs, que nous pouvons y voir sans aucune crainte la reproduction fidèle d'une tradition encore vivante à ce moment.
« Dans le choral du très savant Charles, dit le chroniqueur, il n'y avait personne chargé d'indiquer les leçons que chacun devait lire; personne n'osait marquer la fin d'une leçon d'un signe, si imperceptible fût-il, ou la noter avec l'ongle; mais tous apprenaient avec beaucoup de soin chaque morceau destiné à être lu, de sorte que, appelés à l'improviste par l'empereur pour faire la lecture, ils fussent irréprochables. L'empereur désignait de l'index ou du sceptre l'ecclésiastique qui devait lire; s'il en était trop éloigné, il envoyait quelqu'un lui transmettre l'ordre impérial. Il marquait la fin de la leçon au moyen d'un son guttural inarticulé. L'attention de tout le monde était tellement bien fixée sur l'empereur que, sitôt le signal donné, même au milieu d'une phrase, le lecteur n'osait pas continuer, lors même que le début ou la fin d'une leçon n'auraient pas eu de sens ou auraient été inintelligibles. Il arriva ainsi que, quoique les chantres ne comprissent pas eux-mêmes ce qu'ils disaient, ils jouissaient cependant dans le Palais de la réputation de lecteurs inimitables^. »
croyons plutôt Bavarois. Cf. Huber, Ueher das Vorleben Arno's, dans Archiv. f. ôsl. Gesch., 1871, t. xlvii , p. 197 sq., et la nouvelle édition du Kirchenlexicon , t. i, col. 1412. Tr.]
1 Monachus San-Gallensis, De Karolo Magno, lib. I, c. vu (dans Jaffé, iWoTi. CaroL, p. 637 sq.).