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CHAPITRE m

V. Renseignements sur des rites non grégoriens dans d'autres pays.

Nous avons suivi les indications de l'histoire et des légendes dans le nord et le centre de l'Europe. Mais, tandis que l'office romain pénétrait dans ces pays lointains et y supplantait les rites qui s'y trouvaient en usage à cette époque, nous voyons en d'autres lieux, et même non loin de Rome, qu'un autre chant, vraisemblablement anté-grégorien, l'emporte sur le chant romain. Indiquons tout d'abord un document connu depuis quelques années seulement \ et qui, outre la mention d'un rite particulier, donne à entendre que vers le milieu du ix" siècle, à quelques exceptions et modifications près, dont il sera question, la liturgie grégorienne de l'office et de la Messe gardait dans la chrétienté latine la prépondérance.

Rite de Farfa? (Lettre du pape Léon IV.) — C'est une lettre du pape Léon IV (847-855) à un abbé Honorât, vraisemblablement de Farfa, non loin de Rome'^. Le pape, élevé dans ce même monastère de Saint-Martin dont, près de deux cents ans auparavant, l'abbé Jean, grand chantre de Saint-Pierre, avait été envoyé en Angleterre pour y enseigner et y répandre les vraies traditions grégoriennes, écrit : « Une chose tout à fait incroyable est arrivée jusqu'à nos oreilles. Si elle est vraie, elle est plus propre à amoindrir notre autorité qu'à l'accroître, plus propre à l'obscurcir qu'à l'environner d'éclat. Il paraît que vous montrez une telle aversion pour le chant grégorien si doux et pour la façon de chanter et de lire, réglée et enseignée par Grégoire dans l'Eglise, qu'en ce point vous êtes en contradiction non seulement avec le Saint-Siège, mais avec toute l'Eglise occidentale, avec tous ceux qui se servent du latin pour rendre au Roi éternel le tribut de louange et pour faire monter aux cieux leurs chants sonores. Toutes ces Eglises ont adopté cette tradition de Grégoire avec une telle avidité et un amour si enflammé, et, après l'avoir reçue dans son entier, y trouvent une telle joie, qu'elles ne cessent de

* Neues Archiv, 1879, t. v, p. 389.

2 Cf. à ce sujet le P. Germain Morin, Les véritables origines du chant grégorien, p. 10-13 (en allemand, op. cit., p. 8 sq.).

nous questionner à son sujet, s'imaginant que peut-être nous possédons quelque chose de plus qu'elles. Ce même saint Grégoire, ce grand serviteur de Dieu, ce prédicateur célèbre et ce sage pasteur, qui a tant fait pour le salut de l'humanité, composa avec beaucoup de soin, et avec une intelligence parfaite de la musique, le chant qu'exécutent notre Eglise et d'autres. Il voulut par ce moyen agir plus puissamment sur l'esprit et le cœur des hommes, pour les exciter et les émouvoir. Et de fait, le son de ses douces mélodies a attiré dans les églises non seulement les clercs, mais même les gens peu cultivés et les cœurs les plus durs. Je vous prie donc de ne pas vous tenir plus longtemps en désaccord avec cette Eglise, qui est la tête de la religion et dont personne ne doit s'écarter, ni avec les autres Eglises dont nous avons parlé , si vous désirez vivre en paix complète et en bon accord avec l'Eglise universelle (catholique). Mais si votre aversion contre notre enseignement et contre la tradition de notre saint pape est telle que vous ne vouliez pas vous soumettre à notre rite, aussi bien pour ce qui est des pièces de chant que des leçons — ce que d'ailleurs nous ne supposons pas — sachez que nous vous exclurons de notre communauté- Car la convenance et votre propre intérêt exigent que vous adoptiez les usages pour lesquels l'Eglise romaine, mère de toutes les autres et votre maîtresse [magislra vestra)^ loin de leur témoigner du mépris, montre tant d'amour et une si inviolable fidélité. C'est pourquoi nous vous ordonnons sous peine d'excommunication, aussi bien pour ce qui est du chant employé dans les églises que pour les leçons, de vous en tenir à VOrdo réglé par le pape saint Grégoire et suivi par nous, sans vous en écarter de nouveau. En effet, nul ne doit oser, ce que nous ne pouvons croire d'ailleurs, s'écarter, de quelque façon que ce soit, du droit chemin et suivre une autre tradition que celle que nous vous imposons à vous et à tous pour le présent et pour l'avenir; celui qui se le permettrait devrait être exclu de la participation au corps et au sang de Notre -Seigneur Jésus-Christ, et, en vertu de notre autorité et de l'autorité de nos prédécesseurs, subir la peine de l'excommunication perpétuelle pour sa témérité et sa présomption*. »

* Res una valde incredibilis auribus noslris insonuit, que si vcritati coniunffiiur , magis ius nostrse gravitati detrahit, quam perornel, magis

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