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CHAPITRE III

Le dur langage du pape à l'égard de Tabbé s'explique, si l'on songe qu'Honorât donna d'autres preuves de son opiniâtreté en signant plus tard avec Tévêque Pierre d'Arezzo un traité inique*.

Rite ambrosien. — A Milan, dit la légende, le zèle de Charles pour l'unité de la liturgie se heurta à une vive opposition de la part du clergé et du peuple. L'empereur, pour détruire entièrement le rite ambrosien, avait fait acheter tous les livres de chant liturgique qui s'y trouvaient, afin de les remplacer par des livres romains. Cependant des démarches furent faites auprès du souverain par l'évêque Eugène, pour conserver ses privilèges à l'Église de Milan. C'est ce que rapporte, quelque temps après, il est vrai, vers 1080, Landulfe, et sur lui se fondent Bérolde et Durand de Mende. Mais l'intervention merveilleuse du ciel en faveur du Sacramentaire ambrosien, à laquelle Mabillon et Lebrun accordent quelque crédit, est très vraisemblablement une fiction^. A Rome, on savait parfaitement que la liturgie milanaise était l'ancienne romaine, ou du moins n'en différait pas sensiblement. Ce qui explique que saint Pierre Damien (-j- 1072),

tenebrat quam splendescil; id est, cum dalcedinem Grecforiani carminis, cum sua quam in ecclesia tradicione, in tantum perosam habeatis, ut in omnibus in huiusmodi ratione non tantum ah hac proxima sede , sed et ab omni pêne occidentali œcclesia, et prorsus ab omnibus qui latinis vocibus laudem seterno régi conferunt et sonos canoros persolvunt , dissentiatis. Que cuncte secclesie cum tanta aviditate et amore arduo predictam traditionem Gregorii susceperunt nt , cum ex integro recepissent, tantum eis idem est placabilis, ut adhuc magis de ipsa apud nos non desinant querere, existimantes amplius de illis apud nos remansisse. Qui plane sanctissimus papa Gregorius adeo Dei cultor et inclitus predicator et sapiens pastor fuit et copiosos ad humanam salutem edidit et sonum lam dictum, quem in ecclesia vel ubique canimiis musicis artihus opéra plurima ad excitandos vel commovendos intentius humanos f'ecerit animos , ita ut non tantum ecclesiasticos , sed etiam rudes et duros animos artificiose modulationis sonitu ad secclesias convocaret. Item. Deposco, ne ab hac summo religionis capite Ecclesia, a qua nullus exorbitare vult, vel a tantis prefatis ecclesiis dissentire paciamini , si..., etc. Ex registro Leonis IV Honorato Abbati. Le document a été découvert par Edm. Bishop, qui a enfermé dans sa Collectio Britannica tout un trésor de vieux documents. Celui-ci le laissa publier par les éditeurs des Monumenta Germanise; puis il fut publié par E\vald dans le t. v de la Neues Archiv , Hanover, 1879, et par Lôwenfeld, Epistolœ pontificum romanorum, Berol., 1885 (l'original est au British Muséum, Cod. add. 8S73 , fol. 168).

* Chronicon Farfense, dans Muratori, Rerum italic. script., t. ii, part. 2, col. 404.

' Cf. Muratori, Antiquitates Italise, t. iv, p. 834.

lors de sa légation à Milan, au début de 1059, rappelle, dans la harangue qu'il adressa au peuple, les rapports de cette ville avec Rome. Dès le temps du pape Lin, les martyrs venus de Rome, Nazaire et Celse, et plus tard Gervais et Protais, ont accru la notoriété de cette ville. Ambroise aussi a suivi en tout l'enseignement et la discipline de Rome, et il a demandé et obtenu du pape Sirice (comme autrefois on avait obtenu de Damase le prêtre Simplicius) les hommes qui établirent et consolidèrent la discipline en vigueur. C'est pourquoi Milan doit être considérée comme une fille de Rome et, pour cette raison, il ne peut y avoir de discorde entre ces deux villes ^

Au xn^ siècle, Paul de Bernried ^, l'auteur de la Vi(a Grec/orii VII, et son neveu Gebhard, qui avaient dû quitter Ratisbonne par suite de leur attachement à la cause papale, s'efTorcèrent d'introduire l'office ambrosien en Allemagne, peut-être dans leur monastère augustin de Bernried ou dans le monastère de Saint- Mang, à Stadtamhof. La correspondance échangée à ce sujet entre eux et les archevêques Anselme et Obert, ainsi qu'avec Martin, le trésorier de la cathédrale de Milan, a été publiée par Mabillon^. Au xiv^ siècle, l'empereur Charles IV fit célébrer les Heures et le saint Sacrifice d'après le rite milanais dans l'église Saint-Ambroise de Prague*. C'est en vain que le cardinal Branda di Castiglione, légat d'Eugène R'^, tenta, une fois encore, en 1440', d'abolir le rite ambrosien; la fureur du peuple le força à renoncer à son projet. Alexandre ^'^I confirma le privilège des Milanais^, et saint Charles Borromée le défendit sous saint Pie V, après quoi on n'y toucha plus'. Toutefois, de même que

1 S. Pétri Dam., Acta Mediolanensia (P. L., t. cxlv, col. 91 sq.).

2 Cf. Greving, Pauls von Bernried Vita Gregor. VU, dans Kirchenyesch. Studien, Munster, 1893, t. n, p. 7.

3 Mus. ital., t. i,p. 95-99 (cL Neues Archiv, 1887 et 1889). Voir Pflugk- Ilarltung, Iter Ital., Stuttg., 1883, p. 472-479.

< Gerbert, Liturgica. Alemannica , t. i, p. 63.

8 [Cf. R. Sabbadini, Il card. Branda da Castiglione e il Bito romano , dans Borna e la Lomhardia, 1903, p. 55-66. On y trouve une lettre d'un contemporain, Tobia Borghi al Guarino, datée de Pavie, 13 février 1441, relative à l'insurrection du peuple milanais. Il serait difficile, d'après l'auteur, de savoir les sentiments du cardinal dans cette affaire. Tr.]

® Ughelli, Italia sacra, t. iv, p. 385.

' Guéranger, Inst. liturg., t. i, p. 190; Sylvain, Ilist. de S. Charles Borromée, Lille, 1884, t. ii, p. 232 sq.

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