CHAPITRE III
le rite milanais était sorti du rite romain aux iv® et v" siècles, au moyen âge aussi il lui emprunta beaucoup. Dans le diocèse d'Augsbourg, autrefois très étendu et qui embrassait, avec celui de Constance, la plus grande partie de l'Allemagne du Sud-Ouest, des vestiges de la liturgie ambrosienne restèrent mélangés à la liturgie romaine, en particulier au Bréviaire, jusqu'en 1584, comme Hôyinck Fa montré dans son beau livre sur la liturgie de ce diocèse'.
Rite mozarabe. — L'origine de la liturgie prédominante au vn® siècle dans la péninsule ibérique, et la façon dont elle s'est formée, ont été souvent discutées, et depuis deux cents ans diversement expliquées par les savants. Mais, malgré les travaux d'un Lesley et d'un Bianchini et d'autres jusqu'à Probst et Buchwald, nous en sommes toujours au début du procès, et les plus difficiles questions ne sont pas encore résolues. Mais, tout en admettant que les plus anciennes liturgies occidentales ou latines, d'Espagne, des Gaules, d'Afrique et de Rome, y compris celle de Milan , aient eu dans une certaine mesure une origine commune et aient eu alors entre elles plus de rapport que depuis le vu*' siècle, on ne peut cependant pas s'attendre à trouver chez elles dans VOrdo de l'office, récité au iv® et au v^ siècle à Rome, Tolède ou Séville, la même uniformité qui existe actuellement entre le Psalterium per hehdomadam, le Proprium de tempore et le Commune Sanctorum des Bréviaires de Rome, de Cologne, de Vienne , de Londres , de Paris , de Madrid , de Carthage et de New-York.
Les Goths qui, aux V et vi^ siècles, envahirent l'Espagne et s'y établirent, avaient déjà auparavant, durant leur séjour sur les bords du Danube inférieur, en Thrace et en Scythie et peutêtre déjà en Asie -Mineure, reçu le christianisme et avaient été convertis par des prêtres et des évêques grecs. Leur évêque Ulfilas, qui traduisit la sainte Ecriture en goth, se laissa malheureusement enlacer à Constantinople dans les filets de l'arianisme et jeta tout son peuple dans l'hérésie^. Plus tard, cependant, nous savons que saint Jean Ghrysostome consacra un évêque, Unilas,
1 Hôyinck, Gesch. der kirchl. Liturgie des Bisth. Augsburg., Augsb., 1889, p. 9-22.
* Philostorg^ius, lib. II, n. 5; Sozonienus, Ilist. eccL, t. vi, p. 34; Theodoret., lib. IV, ch. dern.; S. Joan. Chrysost., Ad Olympiadem, epist. xiv.
pour TEglise des Goths, et ainsi pourrait s'expliquer le fait que les Golhs reçurent une liturgie orientale-grecque, quoique aussi, peut-être, avec des modifications ou des transpositions en goth. Saint Martin de Braga traduisit du grec, vers le milieu du vie siècle (avant 563), pour l'usage des Espagnols, les canons des conciles orientaux. Ainsi donc, son Église du moins connut les nombreuses ordonnances liturgiques qu'ils renferment. De même Jean, abbé de Biclar et évêque de Gérone, Goth de naissance, et plus tard saint Léandre séjournèrent un certain temps à Byzance — le premier même pendant dix-sept ans. Cette liturgie gotho-orientale pénétra avec l'invasion du peuple dans la péninsule ibérique et y modifia celle qui s'y trouvait. L'envoi par le pape Vigile à l'évêque Profuturus de Braga, en 538, de VOrdinarium Missse ou du canon et la lecture et l'acceplalion de la lettre papale au concile provincial de Braga en 563*, ainsi qu'une série de canons de ce concile, montrent, il est vrai, qu'à cette époque la liturgie romaine était encore en vigueur dans la partie catholique, c'est-à-dire chez les chrétiens romano-ibériens, et que, traqués par les Ariens envahissants, les évêques orthodoxes s'adressèrent à Rome comme à la source de l'orthodoxie.
Mais lorsque , après le martyre de saint Herménégilde et sous le roi Reccarède, qui avait succédé sur le trône à son père arien Léovigilde, le souverain et le peuple des Goths abandonnèrent l'arianisme (troisième concile de Tolède, 589), saint Léandre, le principal auteur de cette conversion , se vit forcé d'organiser le rituel pour la célébration des saints mystères et celle des Heures canoniales d'une façon qui ne fût pas trop étrangère aux Goths, et de créer une liturgie nouvelle, dans laquelle tous pussent plus ou moins reconnaître leur ancienne liturgie. Il crut devoir
* Hefele, Conciliengesch., t. m, 2« édit., p. 15 sq. ; Hardouin, Coll. Conc, t. m, col. 347 sq. ; Aguirre, Conc. Hispan., t. ii, p. 292 sq. : Vnus atque idem psallendi ordo in maiiitinis vel vespertinis offîciis teneatur. C. II : Per soleinnium dierum Vigilias vel Missas omnes easdem et non diversas lectiones in ecclesia legant. Cela fut prescrit ad uniformem concordiœ régulant cum Apostolica doctrina papœ Vigilii [Hardouin, loc. cit., p. 350). Il ressort de là qu'il n'existait de règles fixes que pour les Laudes et les Vêpres; pour les Matines, le nombre des psaumes était libre, et les seules leçons étaient déterminées, et encore d'une façon générale; on était libre pour les petites Heures. Mais le canon 16, où il est question de Tierce et de None comme Heures canoniales, montre que l'on récitait ces dernières, du moins les jours de jeûne.