CHAPITRE IV
semaine leur ordonnance était laissée au soin des évêques ou des métropolitains et des abbés pour les monastères. De même ses prescriptions, au sujet des Matines, n'étaient rien moins que définitives et d'une obligation absolue ^
On peut trouver une preuve que souvent encore, aux vu^ et vin® siècles, une pratique plus libre régnait au sujet de l'organisation des Matines, dans ce que le serment d'obédience des évêques italiens et étrangers consacrés à Rome, la prisca cautio du Liber diurnus Romanor. Pontificum, était en pleine vigueur, surtout durant les vii^ et vin^ siècles^. On y voit que l'ordonnance variait encore suivant les temps.
La Règle de saint Chrodegang (-j- 766), qui fut pour le viii* siècle et l'époque postérieure le code de la vie et de la prière communes, nous donne l'usage d'un temps bien postérieur. Au chapitre XV (dans la 11^ Règle, ch. vni ) il est prescrit que les jours de dimanche et de fêtes en hiver on pourrait, à cause de la longueur des nuits, réciter à Matines de quarante à cinquante psaumes, selon la volonté du président^. Enfin Amalaire remarque
* Cela explique pourquoi il écrit au sous -diacre Jean de Ravenne qu'on doit lire aux Matines non seulement ses Commenta ou Libros morales, mais des Commenta psalmorum de saint Augustin, de saint Ambroise el d'autres (S. Grcg., Epist., lib. XII, c. xxiv; P. L., t. lxxvii, col. 1234).
2 La formule porta: Illiid etiam spondeo, me... per singulos dies a primo gain cantu usque mane ciim omni ordine clericorum meorum Vigilias in Ecclesia celehrare... a Pascha usque ad œquinoctium (se. septemhris) très leciiones et très antiphonse et très responsor ii... Ab hoc vero œquinoctio usque ad aliud vernale et Pascha quatuor lectiones cum respon.soriis et antiphonis suis. Dominica autem novem (Liber diurn. roman, pontif., éd. Sickel, 1889, c. m, p. 77; P. L., t. cv, col. 71).
3 S. Chrodeg., Régula, c. xv [P. L., t. lxxxix, col. 1066, 1101). Dans le même volume (col. 1249-1251), on peut constater que VOrdo o/Jicii que saint Sturmius apporta de Rome ou du Mont-Cassin vers 748 à Fulda (bien que les Matines des trois derniers jours de la semaine sainte, pour lesquels les moines du Mont-Cassin se conformaient déjà alors à l'office romain, fussent presque les mêmes qu'aujourd'hui), on peut constater que cet Ordo conservait encore, pour les jours de Pâques et pour les jours qui précédaient le jeudi saint, quelques ^■ariétés et quelques disparités. Sur Chrodegang, cf. l'édition critique de ^^'ilheln^ Schmitz, S. Chrodegang i Melensis episcopi (742-766) Régula canonicorum, Ilannov., 1889. p. 6 : Hiemis tempore... digesti ad Vigilias surganl : Finitas noclurnas dicant versum Kaepneaeison {Kyrie eleison) et orationem Dominicam, et faciunt intervallum, excepto diebus Dominicis et festivitalibus sanctorum... i. e. ut quadragesimus vel quinquagesimus psalmus possit cantarc qui hoc ordinal aut cum ei visum fuerit et ora permiserit. Et qui psalterium vel lectionem aliquid indigent, meditationem inserviantur et medi-
au chapitre iv de son ouvrage : De ordine Anliphonarii , qu'au IX' siècle encore, à Rome, si Ton s'apercevait pendant les Matines que le soleil allait se lever, on terminait tout aussitôt Toffice des Vij^iles ou des Matines, même si tous les psaumes ou toutes les leçons n'avaient pas encore été récités. En effet, (la prescription des Pères ordonnait) qu'on commençât au moment déterminé l'office du matin, établi canoniquement, VOfficium matulinale , les Laudes ^ C'est ce qui explique qu'on trouve encore plusieurs psautiers du vin^ et du ix" siècle dans lesquels une oraison correspondante suit chaque psaume. Aux jours ordinaires on récitait les psaumes l'un après l'autre, interiectis oralionihus , aussi longtemps que le temps le permettait^.
ienl in ipso intervallo qiiod possint capere. El qui non possunt , in ecclesia omnes aut caniant aut leyant, et non prœsumat aliquis in intervallo donnire, nisi infirmitate cogente (cf. à ce sujet Régula S. Benedicli, c. VIII : Hiemis tempore... octava hora noctis surgendum est... et iam digesti sargant. Quod vero restât post Vigilias a fratribus qui psalterii vel lectionum aliquid indigent, meditationi inserviatur... parvissimo intervallo... custodito, mox matutini... suhsequantur).
1 Amalarius, De ordine Antiph., c. iv (P. L., t. cv, col. 1252).
2 Un de ces psautiers se trouve dans Tommasi, Opéra, éd. Vezzosi, Romœ, 1748, t. ii. Les Codd. 15 et 27 de la bibliothèque du monastère de Saint -Gall sont des manuscrits de ces sortes de psautiers du viii" et du ixe siècle. Le Cod. 908, palimpseste du vi^ siècle, contient des oraisons : Exhortatio matutina, collectio et consummatio. Puis vient, à ce qu'il semble, une Missa cottidiana avec quatre collectes. Un fragment {Clm. 343, Munich) a également un psautier avec oraisons. Cf. aussi le Cod. 170 de la bibliothèque de Douai {Catalogue général des mss., t. vi, p. 66), manuscrit du ix^ siècle qui, dans la première partie, contient un Psalterium cuin oralionibus interiectis, et dans la seconde des hymnes. Le Cod. 484 de la bibliothèque de l'Université et de la ville d'Utrecht (écrit entre 720 et 730) donne déjà après les psaumes les cantica Prophetarum des Laudes des sept jours de la semaine, aujourd'hui employés, et dans le Te Deum les variantes : Nunierari, te ergo , Sancte, quœsumus, tuis famulis subveni, et tu ad liberandum suscepisti hominem. Le suscepturus doit avoir été introduit pour la première fois par Abbon de Fleury (cf. Birch, The Utrecht Psalter, London, 1876. Le Cod. 161 de la bibliothèque cantonale de Zurich (viii» ou ix« siècle), qui, après chaque psaume, donne une oraison (comme les Codd. de Saint -Gall et de Munich), a aussi ces mêmes variantes dans le Te Deum et les canticis Laudum. Egalement le Cod. parisien. (Bibl. nat., Fonds latin, 13159) a un psautier et le Symbolum S. Athanasii, de la fm du ix'^ siècle, vraisemblablement écrit entre 842 et 869; il contient après chaque psaume une oraison; il y a aussi des litanies (fol. 161-164) et (fol. 156) les cantica de l'Office. Dans le même ordre qu'aujourd'hui, ces cantica se trouvent aussi dans le psautier de Charles le Chauve (Paris, Bibl. nat., ms, latin, 1, 2. Cf. Delisle, Cabinet des manuscrits , t. m, p. 320).