CHAPITRE IV
n. DISTRIBUTION DES PSAUMES ENTRE CHACUN DES JOURS ET DES HEURES DE LA SEMAINE
Sous Pépin le Bref, Charlemagne et Louis le Débonnaire, comme le montrent les documents déjà cités*, la liturgie romaine avait été introduite dans tout l'empire franc, dans le nord de l'Italie et le nord de l'Espagne, aussi bien qu'en Gaule et en Allemagne. Elle avait déjà auparavant eu une prépondérance marquée en Angleterre. On verra quelles modifications importantes elle y subit. Pour le moment il suffît de remarquer que, d'après les prescriptions données plus haut de Pépin et de Charles , du moins la division du Psalterium romain per hehdomadam avait été adoptée d'abord , et au préalable sans modification, par la chapelle impériale d'Aix-la-Chapelle et, par conséquent, par toutes les églises de l'empire franc, qui, d'après le Capitalaire de l'an 802, devaient se modeler sur la chapelle palatine.
Cette division alors usitée du psautier entre les sept jours de la semaine est, comme on le voit par les œuvres d'Amalaire souvent citées , celle du Bréviaire romain actuel dans le Psalterium dispositum per hehdomadam , à quelques exceptions près relatives à Prime. Nous laissons sans réponse la question de savoir si cette distribulio psalmoriim appartient tout entière à saint Grégoire le Grand, ou si plutôt on ne pourrait pas y reconnaître les additions et les développements que les pontifes du vn^ et du VIII® siècle ajoutèrent à l'oeuvre du grand pape. Dans tous les cas, elle était employée et dans l'empire franc et à Rome. Plus tard, après la simplilîcation opérée pour la chapelle papale, elle se maintint à Paris. De l'usage parisien, elle passa dans le Bréviaire dominicain et dans celui des Carmes chaussés, comme le montrent leurs Bréviaires aux Dominica septuages. et seq. ad Primam, et les indications de Jean Beleth et de Guillaume Durand. Au XIII® siècle, les hommes les plus éminents de ces deux ordres vivaient à Paris en qualité de maîtres ou d'étudiants, et leur
1 On voit dans Eginhard, \'ila Caroli M., c. xxvi (P. L., t. xcvii, col. 50), quel zèle Charlemagne montrait pour roflice de nuit et de jour. Il avait coutume d'assister aux Matines, à la Grand'Messe et aux Vêpres, et il y coopérait lui-même.
monastère de la capitale, par exemple Saint-Jacques (les Jacobins), servait de type aux autres; il est naturel par suite qu'ils se rattachassent au rite de la capitale.
Dans les documents cités, les psaumes et cantiques des Matines, Laudes, Vêpres et Compiles sont déjà les mêmes qu'aujourd'hui encore aux jours de dimanches et de fériés per annum. De même, les Preces feriales unies aux psaumes sont demeurées presque identiquement les mêmes à travers les siècles.
Pour ce qui regarde spécialement les Compiles, la forme romaine actuelle de cet office, avec le Nunc dimitiis, est désignée comme « une disposition prise par les chanoines » dans l'écrit de saint Dunstan : De regimine monachorum in cap. pro Pascha^, et par conséquent tel que nous l'avons aujourd'hui il n'est peut-être pas plus ancien que la règle de Chrodegang ou que le milieu du vm^ siècle, si nous ne voulons pas admettre que déjà saint Grégoire le Grand l'a disposé comme nous le voyons aujourd'hui^.
L'ordonnance de Tierce, Sexte et None est la même qu'actuellement, et par conséquent la forme de ces trois Heures, que Grégoire le Grand ou l'un de ses successeurs au vu* ou au vin^ siècle avait réglée pour le dimanche , avait été déjà transportée aux jours de la semaine par les papes postérieurs.
Mais pour Prime, l'office du dimanche est différent, à un plus haut degré qu'aujourd'hui, de celui des jours de la semaine. Pour ces derniers , les anciennes règles portent trois psaumes seulement : Deus , in nomine tuo (ps. lui; et les deux parties du psaume cxviii, v. 1-16 : Beati immaculati, et v. 17-32 : Rétribue. Saint Benoît, abbé d'Aniane et de Saint-Corneille d'Inde, récitait ces Heures romaines avec celles de l'Office monastique, comme son biographe nous le rapporte^. Cette coutume s'explique aisément parce que le saint devait souvent assister à l'office romain dans la chapelle du palais d'Aix-la-Chapelle, tandis que dans son abbaye il récitait l'Office monastique. Le dimanche à Prime, on récitait neuf psaumes, c'est-à-dire, outre ceux encore en usage aujourd'hui, les cinq qui servent maintenant du lundi au ven-
' P. L., t. cxxxvii, col. 496.
2 Cf. Amalarius, De ordine Antiphon., c. vu (P. L., t. cv, col. 1259).
3 Vita S. Bened. Anian., dans Bolland. Acta SS., 12 febr. (cf. P. L., t. cm, col. 379 sq.).