CHAPITRE IV
Quelles étaient les hymnes alors chantées? — Malheureusement, il n'est pas aisé de déterminer quelles étaient les hymnes alors chantées. En effet, ces hymnes se trouvaient toujours alors dans des recueils spéciaux (hymnaires); elles n'étaient pas avec les autres textes liturgiques dans le Psautier, l'Antiphonaire ou le Responsorial, ce n'est qu'accidentellement qu'il y est fait mention d'une hymne. Toutefois, on peut conclure des sources qui nous restent de cette époque, et dont nous citons les plus importantes en note, ce qui suit comme certain*:
1 Le Cod. recf. XI de la Vaticane, appartenant au vine ou au commencement du ixe siècle, dont l'ordonnance diffère beaucoup des autres manuscrits, est peut-être bien le plus ancien hymnaire qui soit uni à un psautier (cf. Dreves, Aiir. Amhrosiiis, der Vater des Kirchengesanges , Freiburg, 1893, p. 7, 18, avec fac-similé du manuscrit). Les hymnes de ce codex se trouvent dans Tommasi, Opéra, éd. 1747, t. ii, p. 351 sq.; mais non pas toutes, comme on l'a cru souvent (Ballerini, Mone, Daniel, Fessler = Jungmann ) , attribuées à saint Ambroise. — Nous pourrions indiquer comme venant ensuite chronologiquement le mss. XXV, d/^^, de la bibliothèque du couvent de Saint -Paul de Lavantthal (Carinthie); il est de la fin du viii« siècle et contient, fol. 7 et 9, en écriture anglo-saxonne, les hymnes fériales et du dimanche. Dans l'hymne de Prime (lani liicis orto sidère) se trouve la ^'ariante : abscedat et vecordia, et, dans le Nunc sancte nobis Spiritiis de Tierce : Unus Patris cum Filio. — Nous comptons comme troisième plus ancien parmi les Codices que nous connaissons le Cod. Sangall. 20, fin du aui^ ou commencement du ix" siècle : psautier et cantica Prophetarum pour les Laudes comme aujourd'hui; à la fin, des hymnes. Cf. encore les riches Codd. 82 , 83 , de la bibliothèque cantonale de Zurich, x<= et xi^ siècles, avec un grand nombre d'hymni proprii pour les fêtes des saints. Le Cod. 170 de Douai, ix» siècle, contient, dans la deuxième partie, la plupart des hymnes de Dominica et des ferise per annum, jadis en usage, et de plus les hymnes Martyr Dei, qui unicum et lesu, Salvator sœculi; de même le Cod. 106, ix« siècle, de la bibliothèque de la cathédrale de Cologne. Enfin sont encore à voir les t. x, XXIII et xxvii des livres liturgiques de l'époque anglo-saxonne édités par la Surtees Society en 1840, 1851 et 1853, à Londres, Edimbourg et Durham. Puis VHymnarius Moissiacensis, édit. P. Dreves, Lipsiae, 1888. Les Statuts de S. Danstan, qui recueillit les observances des moines et des chanoines d'Italie, de France et d'Allemagne, pour réformer ensuite les couvents et les églises cathédrales d'Angleterre; De regim. mon., en particulier Ordo hymnorum (P. L., t. cxxxvii, col. 485); Beda, De arte metrica [P. L., t. xc); Isidor.,De eccl. off'. (P. L., t. lxxxui); Paul Aquil., Hymni c. notis (P. L., t. civ); puis les règles pour les moines et les chanoines depuis saint Benoît, du vi^ au x« siècle (P. L., t. lxvi), et YOrdo romanus, qui s'y trouve; et les règles de Césaire, d'Aurélien, de Fructueux, de Colomban, de Paul et Etienne l'Africain, de Ferréol, du Maître et de Chrodegang, dans P. L., t. lxvi, lxviii, lxxxvii, l.xxxix, et Acta SS. Bolland., 12 jan. II est étrange que dans les statuts des évéques Hat- Brév., t. I. 24
1. Les dimanches d'hiver, comme actuellement encore, on récitait aux Matines et à Laudes les hymnes Primo dieruni omnium elyEterne rerum condilor; en été les hymnes N ode surgentes et Ecce iam noctis *, attribuées à saint Grégoire le Grand, et composées de deux strophes saphiques et de la doxologie, ou aussi Media noctis iempus est et Maijna et mirahilia.'^ .
2. Les hymnes des Vêpres et des Gomplies variaient avec les divers temps de Tannée. En hiver, où le soleil est déjà couché à rheure de Vêpres, on récitait, le samedi, dont les Vêpres sont regardées comme les premières vêpres du dimanche , l'hymne 0 lux beala Trinitas; en été, Deus creator omnium, Polique rector vestiens Diem decoro lumine, Noctem soporis gratia, de saint Ambroise^. Aux Gomplies d'hiver, la belle hymne à sept strophes : Chrisle qui lux es et dies; en été (depuis Pâques ou la Pentecôte jusqu'au premier dimanche de novembre) et aux jours de fêtes : Te lacis ante terminum^.
3. Les hymnes de Prime, Tierce, Sexte et None étaient, le dimanche et durant la semaine, les mêmes qu'aujourd'hui : Jam lacis orto , Nanc sancte nohis, Rector potens et Rerum Deus tenax vigor. Mais pendant le Carême on chantait à ces heures d'autres hymnes. Ainsi à Tierce : Dei fide qua vivimus; à Sexte : Meridie orandum ou aussi Qua Christus hora sitiit; et à None : Perfecto trino numéro ou Ter hora trina volvitur^.
ton, de Bâle (f 836; P. L., t. cv, col. 763), et Riculf, de Soissons (f 902; P. L,, t. cxxxi, col. 17), où les livres liturgiques sont énumérés , il ne soit fait aucune mention d'hymnaire.
1 Cod. S. Pauli Lavant.; Dunstan, De regim. mon. [P. L., t. cxxxvu, col. 485, 498); Dreves, Hymnar von Moissac, p. 29 sq.
2 Chantées déjà au vi« siècle, d'après le Cod. vatic. reg. XI ei Tommasi, t. ii; aussi daprès la. Re g a la Aureliani (cf. Dreves, Aur. Ambrosius , p. 18). L'hymne Médise noctis se trouve aussi au.x Matines dans YAntiphonaire de Bangor (édit. Warren, fol. 11, verso).
3 D'après le Cod. vatic. reg. XI, quelquefois aussi Sator princepsque temporiim (cf. Tommasi, t. n, p. 419); le dimanche, comme on le voit aussi par les mss. de Saint-Paul et de Saint-Gall, l'hymne Lucis creator optime.
* Cod. S. Pauli Lavant.; Aurelian., Ordo psallendi (P. L., t. lxviii , col. 393); Surlees Society, Hymns of Ifie Anglosaxon Cfiurcli, toc. cit., p. 1 sq., 12; Martène, De ant. mon. rit., lib. I, c. xu, n. 12.
2 La première a, dans Tommasi et dans le Cod. reg. cité, la variante : Perfectum trinum nuniiram. On y trouve aussi, comme cotidianus ad Tertiam : Cerliim tenentes ordinem, et ad Sextam : Dicamus laudes Domino. Durant le temps pascal et à d'autres temps peut-être aussi, on