‹ Histoire du bréviaireChapitre 190 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

saint Grégoire le Grand, notamment dans TOffice romain, c'est chose inadmissible *.

Pour les fêtes des Martyrs, d'après le canon 36 du concile d'Hippone (395)^, on lisait leurs Actes; ce canon est d'autant plus précieux qu'il tient compte de l'Église « transmarine », c'està-dire romaine. Saint Grégoire lui-même témoigne que, de son temps, on lisait à Matines le.s œuvres des Pères {homiliœ , commentarii, sermones), et les prescriptions du premier Ordo romanus et du Liber diurnus Bom. Pontif. , datant de son temps ou du pontificat de son prédécesseur , sont une preuve que les lectures de la sainte Écriture formaient d'ordinaire une partie intégrante à\x pensum de la prière quotidienne^.

M. Batiffol^ signale dans son Histoire du Bréviaire un Ordo romanus de la Bihliotheca, Vallicellana , publié par Tommasi^. On y lit : Passiones Sanctorum vel gesta ipsorum usque ad Adriani tempora (772- 79b) tantummodo ibi lecjebanlur , ubi ecclesia ipsius sancli vel titulus erat : ipse vero [scil. Hadrianus) a tempore suo rennuere iussit et in ecclesia sancti Pétri legendas esse coiistituit. En 741, la célébration des anniversaria Martyruni était encore localisée et restreinte au locus depositionis ou locus tituli, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jérôme et comme le portent encore VOrdo romanus de la bibliothèque de Montpellier, du milieu du vin« siècle^, et le Liber pontificalis in Vita sancti Gregorii /// (731-741). On lit dans ce dernier' : Dis-

1 Cf. à ce sujet notre article dans le Katholik, décembre 1886, p. 622 sq. Pour la suite, cf. C. Ranke, Das kirchliche Perikopensystem aus den àltesten Urkunden der rômischan Liturgie dargelegt und erlàutert, Berlin, 1847, p. 258 sq. M. Schu , Die biblischen Lesungen der katholischen Kirche in dem Officium und der Messe de tempore, Trier, 1861.

* Hefele, Conciliengeschichte , t. ii, 2» édit., p. 55; Pleithner, op. cit., p. 386.

9 S. Greg., Epist., lib. XII, c. xxiv (P. L., t. lxxvii, col. 1234); Liber diurn. rom. pontif., c. m, tit. 7 (P. L., t. cv, col. 71). Dans l'édition de Th. E. v. Sickel, Wien, 1889, c'est la formula LXiv , p. 74-78. Ordo rom., lib. I. Mabillon, Mus. ital., t. ii, l^^^ part., p. 106; et P. L., t. lxxviii, col. 938. Cf. Grisar, dans la Zeitchr. fur kath. Theol., Innsbruck, 1885, p. 385 sq. Dans la Vita S. Melanise iunioris , éditée il y a peu de temps par les Bollandistes et qui est du milieu du v« siècle, Analecta Bollandiana, t. viu, fasc. 1 , p. 16 sq., où l'on renvoie (p. 61) à la Consuetudo romana, il est rapporté qu'on lisait d'abord les Actes de VInventio S. Stephani, puis la Passio tirée des Actes (trois ou cinq leçons; cf. p. 50).

■i P. 78 sq.

s Opéra, éd. Vezzosi, t. iv, p. 325.

6 Batiffol, toc. cit., p. 329 sq.

^ Edit. Duchesne, t. i, p. 421-423.

posuit ut in cœmiteriis circumquaque posiiis Hornse in die natalicioruni eoruni luniinaria ad Vigilias facienduni deportentur. Ainsi les fêtes de la Vierge étaient célébrées dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure; celle de saint Michel, dans l'église qui lui était consacrée; celle des saints Cosme et Daraien, dans leur église titulaire; celle de saint Martin, dans son monastère. Lorsque, en 756, à la suite du siège de Rome par les Lombards, les corps des plus illustres martyrs furent transportés des Catacombes dans la ville , on enrichit de leur anniversaire le calendrier des fêtes de Saint -Pierre, où la plupart furent déposés. UOrdo offîciorum ad sanctum Pelruni (nous l'avons montré ci-dessus) donnait le ton en dehors de Rome ; avec l'introduction de l'Antiphonaire et du Sacramentaire romains en France et en Allemagne, sous Pépin et Charlemagne , la coutume naquit aussi d'accorder une plus large place aux offices des saints. C'est ce qui explique pourquoi Amalaire connaît déjà le Sanctoral dans son ouvrage \ mais seulement comme partie intégrante du Cursus rornanus ou de la Caniilena romana. Amalaire avait vécu à Metz, mais Chrodegangy avait introduit la coutume romaine : Cleruni l'oinana linhutum Cantilena , inoreni atque ordinem Roinanœ Ecclesiœservare prsecepit^.

Bénédiction avant les lectures. — Le lecteur ne commençait la leçon qu'après avoir reçu la bénédiction du président, évêque ou abbé ; pour cela il se rendait au chœur devant les supérieurs et disait : Benedic pater , ce qui plus tard deviendra lube domne henedicere. Cet usage existait déjà au iv^ siècle^. Saint Benoît prescrit aussi à l'abbé de donner la bénédiction pour les lectures.

Le président du chœur marquait la fin des leçons par ces paroles : Tu autem (s.-ent. desine ou cessa)^ auxquelles le lecteur répondait par Domine, miserere nobis, et tout le chœur par Deo gratias^. D'après les règles de saint Gésaire et de saint Auré-

* De ordin. antiphon., c. xxviii.

2 Paulus Diac. (P. L., t. lxxxix, col. 1057).

3 Cf. Schu, op. cit., p. 54. Grancolas, Comm. hist., lib. I, c. x.xxi, p. 94, où la pratique orientale est exposée d'après les discours de saint Ephrem : Benedic Pater, ou lube, c.-à-d. dignare, benedicere. Greg. Turon., De mirac. S. Martini, lib. I, c. v (P. L., t. lxxi, col. 918) : Jubeat Dominus lectori lectionem {indicare) légère (de S. Ambroise). Saint Benoît dit : Dicto versu, benedicat abbas... et : Benedicente Abbate legantur vicissim a fratribus lectiones {Beg. Bened., c. ix, p. 11).

■* Grancolas, toc. cit., lib. I, c. xxxii (éd. latine), p. 98; Mabillon, Mus. ital., t. II, p. cxxviii, 123, 174.

Page 1