CHAPITRE IV
Dans VOrdo du codex de Murbach, on lit : Posl Theophaniam revertitur ad prophetas (Isaïe avait été lu pendant TAvent), ubi relinquitur, et legitur usque in Sexagesiniarn ; et dans celui de Muratori du Codex Vaticanus : Posl Nalivilalein usque duodecim diebus ante initiurn Quadragesiuise Hiereniiam et Ezechiel et Daniel seu et duodecim prophetœ minores.
Pour la suite, jusqu'à l'automne, sont marqués les mêmes livres qu'aujourd'hui encore indique le Bréviaire romain; mais on commençait à lire les Actes des Apôtres le jour même de Pâques, tandis que, aujourd'hui, on ne les lit que le lundi après le dimanche in Albis. Le jour de Pâques ou dans la semaine de Pâques, outre les Actes, on commençait déjà parfois à lire l'Apocalypse, qu'on ne lit actuellement que le troisième dimanche après Pâques'. Cet usage de commencer l'Apocalypse avant le dimanche in Albis permettait de faire ressortir les rapports qu'elle a avec les nouveaux baptisés^. Le premier Ordo romanus publié par Mabillon a aussi pour Rome , encore aux vii^ et viii* siècles, la prescription n° 47 : In die sancto Paschse très lectiones cum Responsoriis ; prima lectio de Actibus Apostolorum , secunda et tertia de homiliis sancti Augustini^.
La coutume ou la règle de lire ou du moins de commencer la lecture des Actes le jour de Pâques était déjà en vigueur à partir du ive siècle, ainsi que le montrent deux sermons de saint Augustin : Hodie cœpit liber, qui vocal ur Actuum Apostolorum^.
A la fin de l'automne (novembre), où actuellement nous avons les
' Ainsi dans la messe et roffice des liturgies gallicane et mozarabe (cf. P. L., t. Lxxxin, col. 199 sq. ; t. lxxxv, col. 479; t. lxxxvi , col. 613 sq., 622, 625).
2 Lavit nos a peecatis in sanguine suo (ci) vestimentis albis — stolis albis (c. m, vu).
3 Mabillon, Musseum ilalicum, t. i, p. 2 (P. L., t. lxxviii, col. 537 sq., n. 47; cf. col. 958). [On nous permettra de rappeler ici en note quel est l'ordre actuel des lectures de l'office : Avent : lectures d' Isaïe et de saint Paul; Noël, Epiphanie : lectures de saint Paul dans cet ordre ti'cs ancien : épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, au.x Philippiens, au.x Colossiens, aux Thessaloniciens, à Tiniothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux; Septuagésime et Carême : Genèse et autres livres du Pentateuque; Passion : Jérémie; Pâques et Temps pascal : Actes des Apôtres, Apocalypse, Epîtres de saint Jacques, saint Pierre, saint Jean; Temps après la Pentecôte : Livres des Rois; Lectures du mois d'août : Proverbes, Ecclésiaste, Sagesse, Ecclésiastique; Lectures de septembre : Job, Tobie, Judith, Esther; Lectures d'octobre : Livre des Macchabées; Lectures de novembre : Ezécliiel, Daniel et les douze petits Prophètes. Tr.]
* S. Aug., serm. ccxxvi, In die Paschse 3 : Ad populum et infantes (éd. Bened., Antwerpiae, 1700, t. v, p. 678). Cf. Idem, serm. cccxv, In solemnitate S. Stephani II : Actus Apostolorum liber est de canone Scriptu-
prophètes Ezéchiel et les suivants dans leur ordre, on lisait parmi les livres historiques : Job, Tobie, Judith, Esther, les Macchabées jusqu'aux Calendes de décembre'. Isaïe était lu du l®"" décembre à la Vigile de Noël; et ce qui restait après Noël. Si l'on avait terminé auparavant, on le recommençait, pour ne lire de lui en Avent que les Expositiones in Isaiam : — Sempei- a capite rependendum est^.
Les cinq livres de Moïse, Josué, les Juges et Ruth, commençaient le quinzième ou le douzième jour avant la Quadragésime, c'est-à-dire le dimanche de la Septuagésime ou de la Sexagésime. Dans l'antiquité classique, janvier et février étaient, on le sait, les derniers mois de l'année, et Tannée nouvelle commençait au l<^r mars. La lecture des premiers livres de l'Écriture coïncidait donc avec le début de l'année^.
La série des livres n'était interrompue que par le temps de la Passion et par le temps pascal, pour lesquels des lectures déterminées étaient déjà prescrites dès les m'' et iv^ siècles. Au temps de la Passion, on faisait des lectures des Prophètes et de Job; au temps pascal, seulement des lectures du Nouveau Testament {omnia nova^). A partir du dimanche de la Passion, on prenait des passages ayant trait aux souffrances du Sauveur : Quindecim dies ante Pacha; inde vero... Isaiœ, J er émise , Lamentationes , Osée et Zacharix, etc., unde ad Passionem Christi convertit^. Pour ces jours, le principe général était de réciter les prophéties qui se rapportaient aux types du Seigneur souffrant, bien que sans ordre précis. C'est pourquoi, en quelques lieux, à Milan et à Alexandrie, par exemple, on donnait la préférence à Job et à Jonas.
Lecture de l'Évangile. — L'Évangile du jour, la péricope de la liturgie de la Messe correspondante, était lue entièrement aussi aux
raram. Ipse liber incipit legi a Dominica Paschae, sicut se consueludo habet Ecclesias.
' Muratori et Martène, loc. cit.
2 Martène, loc. cit., p. 103.
3 On peut retrouver des traces de l'ancienne pratique dans la liturgie mozarabe, dans laquelle on lisait, avant Noël, les prophètes Isaïe, Ezéchiel, etc.; pour la fin de Tannée, après TEpiphanie, les Libri sapientiales Salomonis, la Sagresse et TEcclésiastique: en Carême, THeptateuque, Ruth, Samuel et les Rois. Ces derniers ne sont maintenant lus qu'après la Pentecôte (cf. Brev. Goth.; P. L., t. lxxxvi, col. 70-90, 190-242, 265, 442, 452, 508).
* Les passages des Pères et des écrivains ecclés. des in«, iv» et v« siècles (Origène, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome et saint Augustin), d'Orient et d'Occident, dont il est ici question, se trouvent dans Schu, Bibli.sche Lesungen, p. 16-21.
5 Ibid.