CHAPITRE IV
Matines romaines, d'après le texte de VOrdo romanus cité, et non pas comme aujourd'iiui les premières lignes seulement et les mots et retiqua. Cet usage se maintint par delà l'époque des Carolingiens, et, à ce qu'il semble, jusqu'à Grégoire VII. Mais la lecture en entier de l'Evangile après l'homélie et le Te Deum ne se rencontre plus dans Jean d'Avranches, contemporain du pape que nous venons de nommer, et ainsi aux x° et xie siècles elle devait se faire avant la septième leçon comme introduction aux trois leçons du troisième Nocturne *.
Lecture des Acta ou Vitae. — Pour les fêtes de saints, qui pouvaient être célébrées le dimanche, c'est-à-dire les fêtes de neuf leçons (duplicia), ou qui, si elles tombaient sur semaine, étaient tenues comme jours solennels (so/emnjfa/es), toutes les leçons étaient empruntées à la biographie ou à la Passio du saint^; souvent aussi
1 Cf. Usus antiquiores Cisterc. (P. L., t. clxvi, col. 934); loannes Abrincens., De offic. Eccl. (P. L., t. cxl, col. 30 sq.). On voit, par les diverses abréviations des codices des x« et xi« siècles, qui reproduisent des homiliaires ou des leçons de cette époque (cf. Bihlioth. Cassinensis, t. n, ni, et les manuscrits dc'-jà cités de Munich, Bruxelles et Paris), on voit qu'au commencement de l'homélie on pouvait lire ou la péricope évang-élique en entier ou un passage à volonté. Mais ce point demeure encore obscur; dans tous les cas, on constate par les manuscrits qu'il n'y avait pas de pratique uniforme à ce sujet. Déjà, avant la fin du iv^ siècle, on lisait aux Matines du dimanche l'histoire de la Résurrection ou l'évangile du jour, comme on l'a vu plus haut par Cassien, saint Augustin, le récit d'Ethéria, saint Césaire et saint Aurélien. Cf. aussi les Actes de la conférence des évéques des Gaules tenue sous Gundebald, à Lyon, dans d'Achery, Spicil., t. V, et P. L., t. Lxxi, col. 1155, où, outre l'évangile, nous rencontrons à l'office de nuit des lectures du Pentateuque, des Prophètes et de l'Apôtre. Cette conférence semble avoir eu lieu en 500 (Hefele, op. cit., t. n, 2(^ édit., p. 629, 631). Mais la leçon de l'Apôtre pouvait aussi être le capitule des Laudes, de même que, comme nous l'avons vu ci-dessus, il y avait dans les règles monastiques des Gaules une lecture de l'Evangile et de l'Apôtre à la (in de presque toutes les Heures. De Rubeis (De vetustis liturgicis aliisque ritihus, Venet., 1754, p. 442), Augusti {Denkw., t. vi, p. 113 sq.) et Schu {op. cit., p. 40, 42) prouvent qu'en Allemagne aussi, jusqu'au xi« siècle, l'Evangile était lu ou chanté aux Matines, du moins aux jours de fêtes. Cf. aussi Antiph. Benchor., dans Muratori, Op. min., t. XI, 3e part., p. 233 sq. (P. L., t. Lxxii, col. 600), et Ordo romanus XI (P. L., t. Lxxviii, col. 1042, n. 44). De temps en temps on trouve dans des manuscrits (qui, on en a la preuve, contiennent l'office romain et non l'office monastique), avant l'homélie, Vlnitium, et après, la péricope entière. La péricope évangélique entière semble ainsi avoir appartenu aux leçons des Matines des dimanches et des jours de fête, comme une des lectiones, quas canon sacerdotalis invexit (S. Greg. Turon., De glor. martyr., c. lxxxvi (P. L., t. lxxxi , col. 781; ibid., c].
2 Ruinart, Acta mart. sincera, Veronœ, 1731, p. iv, pra;f., § 1, n. 5.
cela se taisait aux jours où il n'y avait que trois leçons à lire {festa simplicia). Mais pour les fêtes de saints qui tombaient dans l'Octave de la Nativité, saint Etienne, saint Jean, etc. , la neuvième leçon était prise de l'Octave de la Nativité. Si les Gesta, Vitœ ou Passioncs ne suffisaient pas pour les neuf leçons, ils servaient seulement pour le troisième Nocturne, tandis que pour les deux autres les leçons étaient prises dans la sainte Ecriture ou dans les Pères. Les fêtes de saints qui n'étaient pas des solennités (soleinnitates) ne pouvaient pas régulièrement supprimer entièrement l'office du dimanche. Par exemple, la fête de saint Laurent ou de sainte Lucie tombait- elle un dimanche, suivant le degré de celui-ci, trois ou six leçons (dans l'office monastique, quatre ou huit) étaient du dimanche, le reste appartenait au saint. De cette façon on assurait la continuité de l'Écriture occurrente {Scriplura occurrens) et de l'Evangile des dimanches*.
Les leçons, quant au texte et à l'étendue, étaient, lorsqu'il n'y avait pas d'Ecriture occurrente, choisies par l'abbé ou l'évêque. Saint Odilon, par exemple, prescrivit les leçons de l'office nocturne tirées de saint Grégoire pour la fête d'un saint, en 1033, quelques jours avant saint Maïeul, 11 mai, et vraisemblablement la veille^.
Par Passiones, Gesta ou Vit se, il ne faut pas toujours entendre les Actes des Martyrs ou des biographies authentiques des saints, mais assez souvent des biographies composées d'après les Actes ou d'autres documents plus ou moins authentiques. Ces biographies ainsi composées étaient plutôt l'amplification et l'embellissement d'un noyau historique. Par suite, elles contenaient d'ordinaire des additions fabuleuses^. Elles étaient renfermées dans un livre spécial
1 Hildemar, Expos, reg. S. Bened., Ratisb., 1880, p. 291 sq. ; loan. Abrincens., De off. eccl. (P. L., t. cxi.vii, col. 44-62).
2 Vita S. Maioli auciore S. Odilone, dans la préface [Bibl. Cluii., col. 279; Mon. German. SS., t. iv). Le D"" Sackur, dans Neues Archiv. (1887, p. 514, net. 1), montre que la Vila S. Maioli anctore S. Odilone a été composée en 1033.
3 On se tromperait en appelant ce procédé une falsification historique intentionnelle. De même qu'aujourd'hui on lit de préférence des « romans historiques » , qui ne sont que des récits poétiques , de même , au moyen âge, on cherchait, pour se distraire, des lectures pieuses. Les légendes, embellies d'une façon poétique et romanesque, servaient à ce but, comme Ruinart l'a prouvé, dans la préface à ses Acta martyrum sincera, par de nombreuses indications authentiques tirées des écrivains du moyen âge, par exemple de saint Boniface. Sur les actes, légendes et passions et leur emploi pour la lecture dans l'office ou comme lecture privée, cf., outre Ruinart (Acla marly. sine, Verona;, 1731, p. iv sq., praef., § 1, n. 5, 6) : Edmond Le Blant, Les Actes des martyrs, p. 5 et § 36-97; de Smedt, Introd. yen. in histor. eccl., Gandavii, 1876, p. 117-122; Paul Allard, Hist. des persécut., Paris, 1886, t. ii, p. 295 sq.