CHAPITRE V
leur désir d'apprendre, au lieu de transcrire ce dont ils avaient besoin, ne gardassent avec eux tous les livres liturgiques de Rome, si bien que finalement les Romains ne conserveraient plus même le nécessaire. « Ce que nous avons, nous est utile à nousmêmes. » Toutefois, pour satisfaire le zèle d'Amalaire, le pape l'adressa à un archidiacre du nom de Théodore, qui lui fournit les éclaircissements indispensables sur l'ordre de l'office romain. De cette façon , il apprit à fond les usages romains de cette époque.
De retour en France, l'infatigable chercheur messin n'eut pas de trêve qu'il n'eût découvert l'Antiphonaire envoyé par Grégoire et apporté à Corbie par l'abbé Wala. Il se composait de quatre volumes : Tria volumina de nocturnali officio, et quartum quod continehat solummodo diurnale. Mais, hélas! après collation faite, il se trouva que l'Antiphonaire apporté de Rome par Wala ne concordait plus avec celui qui était venu à Metz sous le pape Paul I^"" et l'évêque Ghrodegang, ni avec la pratique alors en vigueur à Metz. Le pauvre Amalaire ne pouvait s'expliquer que la fille fût si peu en harmonie avec sa mère*. A la question si à Rome on chantait le pi^emier ou le second responsorial, les antiennes de celui-ci ou de celui-là, il reçut comme réponse : « Ni l'un ni l'autre. » « Et cependant, poursuit-il tout perplexe, nos maîtres (les Messins) sont unanimes à nous dire que cet Antiphonaire est venu de Rome , lorsque les chantres romains apportèrent à Metz VOrdo romanus. Dieu sait si ce sont les nôtres ou les Romains qui se trompent, ou si ces derniers ont perdu ces répons par leur négligence^. » Mais en différents
dictine, t. viii , p. 433 sq.; t. ix, p. 337 sq. ; t. xi , p. 24 J ; t. xii, p. 393; t. XVI, p. 419; et par Ern. Duemniler, dans rédition quil a donnée des lettres d'Amalaire, 1" part, du t. v des Epistolx , dans les Monumenta Germanise historica, 1899, p. 240-274; mais niée par Mônchemeier, loc. cit., p. 259 sq., et par Sahre, Der Liturgiker Amalarius, Dresde, 1893. Un bénédictin de Beuron, dom lléribert Plenkers, prépare une édition de l'œuvre primitive du g^rand liturgiste. Tr.]
* Quse memorata volumina conluli cum nostris Antiphonariis, invenique ea discrepare a nostris non soluni in ordine , veruni etiam in verbis et multitudine Responsoriorum et Antiphonarum, quas nos non cantamus. Nam in mtdtis rationabilius statuta reperi nostra volumina, quam essent illa. Mirabar quomodo factum sit , quod mater et filia tanium a se discreparent (Amalarius, loc. cit., prol. ; P. L., t. ex, col. 1245 sq.).
2 Deus scit, si isti f allant , aut si ipsi fefellissenl qui gloriati sunt , se
Brév., t. I. 26
endroits il trouvait, dans les livres romains, des répons et des antiennes inconnus jusqu'alors à Metz. 11 les recueillit dans son ouvrage *.
Enfin sa perplexité cessa. Les Antiphonaires romains en usage à Metz jusque-là étaient plus anciens que les livres trouvés à Gorbie et apportés de Rome par Wala^. On voyait dans l'un de ces derniers (qui semble avoir jusqu'alors échappé aux investigations du chercheur) qu'il avait été corrigé ou arrangé par le pape Adrien ou sur son ordre ^. Il avait été écrit dans Tindiction septième en 783 ou 784. Les Antiphonaires trouvés à Metz étaient sans doute pour le fond les mêmes que ceux qu'avait employés l'archevêque d'York, Egbert (732-766'^); par conséquent ils représentaient le rite romain, tel qu'il était dans la ville éternelle avant la revision faite par Adrien ou du moins de son temps.
Nous voilà tout d'abord en présence d'une revision de l'Antiphonaire , accomplie à Rome vers 783, revision purement romaine, non fusionnée, où quelques pièces ont été supprimées, d'autres changées ou simplifiées, quelques-unes aussi ajoutées, et l'ordonnance quelque peu modifiée ^. Elle ne suffisait pas. Dans l'empire franc aussi, on entreprit une revision qui fut faite grâce surtout à deux personnages contemporains de Louis le Débonnaire, et qui, sinon aussitôt, du moins dans la suite, fut en grande partie adoptée à Rome même. Ces deux personnages
eas percepisse a Magistris romanœ Ecclesise, aut Romani propter incuriam et negligentiam eas amisissent (Amalarius, loc. cit., c. lxvih).
^ Cf. Amalarius, loc. cit., c. xiii sq. et passim.
2 Écrits vers 750 ou 760.
•* Inveni in uno volumine rnemoratorum Antiphonariorum , ex his quse infra continehantur , esse illud ordinatum prisco tempore ah Adriano apostolico (loc. cit., p. 503). Hic inserimus quomodo invenimus scriptam de auctoritate Adriani apostolici : In nomine Domini noslri lesu Christi incipit Responsoriale de circuli anni temporibus ter beatissimi et apostolici Domini Adriani papse per Indictionem septimam {i. e. 783-784). Item in fine : Hoc opus summus réparât pontifex Dominus Adrianus sihi memoriale per ssecula [loc. cit., prol., p. 505).
* Haddan and Stubbs, Councils and Eccl. Doc, t. m, p. 412. Tommasi- Vezzosi [Opéra, t. iv, p. .xli ) croit que l'inscription dont parle Amalaire se trouvait dans l'exemplaire de Metz. Mais il se trompe, car Amalaire, au début du prologue, nomme expressément les volumes de Corbie; mais Tommasi croyait que les livres étaient venus sous Charles , ce qui repose encore sur une erreur d'Ekkehard.
^ Cf. plus haut, p. 401 , note 1 , les mots imprimés en caractères cursifs.