‹ Histoire du bréviaireChapitre 201 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

étaient Amalaire, qui nous est déjà connu, et Hélisachar, sur lequel nous allons donner des renseignements plus précis.

Amalaire imagina l'expédient suivant pour sortir de l'embarras dans lequel il se trouvait de concilier l'autorité écrite avec la tradition orale, et de s'expliquer comment l'ancien rite romain en usage à Metz et le nouveau pouvaient s'accorder. Il combina avec les livres romains en sa possession un nouvel Antiphonaire, qui devait renfermer à peu près tout ce qui autrefois et de son temps était chanté à Rome. Puis il ajouta encore les particularités propres à l'Ordo de Metz et dues aux saints locaux, aux consécrations d'églises, etc. Le compilateur désigna par R les pièces du nouvel Antiphonaire romain, par M celles de l'ancien Antiphonaire romain employé à Metz; il désigna par I C, parce qu'il implorait pour son œuvre indulgence et charité [Indulgenlia et Charitas^)^ les autres antiennes et répons qu'il avait composés lui-même ou collectionnés d'après d'autres livres locaux (Metz et Gaules), en particulier d'après Alcuin, à la pratique duquel il en appelle de préférence. Il rendit compte de son travail dans un ouvrage spécial. Ce livre De ordine Antiphonii doit être la base des recherches détaillées sur l'état de l'office romain vers l'an 800^.

Hélisachar. — Dans la préface plusieurs fois citée de ce livre, Amalaire dit que « le prêtre de Dieu Elisagar » s'est donné beaucoup de peine pour corriger ou pour remplacer les versets des répons, qui formaient la dernière partie ou au moins un tiers du texte. Elisagar ou Hélisachar fut pendant longtemps chancelier de Louis le Débonnaire, et reçut de lui l'abbaye de Centule ou Saint- Riquier, et plus tard celle de Saint- Maximin de Trêves. Cependant il n'était ni moine, ni abbé régulier, mais, à ce qu'il semble, il demeura prêtre séculier, et il avait reçu ces abbayes

1 Ipse composui ou Ingeninm cogitavit? (Amalarius, loc. cit., prol. et c. LViii, Lxvii sq. et passim.)

2 Comme manuscrits de l'Antiphonaire ou Responsorial de la première moitié du ix" siècle qui méritent ici une attention particulière, nous nommerons ; Bibl. nationale de Paris, fonds lat., n. 17436. Du x« siècle (ou, s'ils sont de date postérieure , ils sont dans tous les cas copiés sur ceux du ix^ siècle) : cod. 9S de la bibliothèque du chapitre de Vérone; également le Responsoriale et Antiphonale de Monza, cod. C. ^^|^%, xi« siècle; le manuscrit de la Laurentiana, à Florence, Conventi soppres.si. Cod. 524, Rituale Struin 'nse , qui, d'après le catalogue, serait du viiii^-ix^ siècle, est en réalité du milieu , au plus du commencement du .\i« siècle.

seulement en commende, c'est-à-dire pour jouir de leurs revenus*.

La raison de ces changements se trouvait dans la récitation différente des répons à Rome d'une part, et en Gaule de l'autre. A Rome, dit Amalaire, on répétait après le verset les répons en entier depuis le commencement^. En Gaule, au contraire, on ne chantait pas tout le répons après le verset, mais on reprenait au milieu, c'est-à-dire on ne répétait que la deuxième moitié^. Pour rendre la chose plus claire par un exemple , voici un répons d'après rOrdo romain : Justus gcrminahit sicul li hum* Et florehit in seterniim ante Dominum. f. Planialus in domo Domini, in atriis Dei nostri. On répète : Justus germinahit^ etc. En Gaule on répétait non Juslus ']\xsc[\xk Dominum , mais seulement Et florebil jusqu'à Dominum. Dans cet exemple, la répétition est dans les deux cas admissible et donne un sens raisonnable. Mais qu'on imagine un répons comme celui-ci : Tu es Petrus* ait Dominus ad Sinionem. f . Ecce Sacerdos magnus qui in diehus suis placuit Deo. D'après l'Ordo romain la répétition aurait eu un sens complet; mais, d'après l'Ordo gallican, le Seigneur aurait dit à Pierre : Ecce Sacerdos, etc.

Des hommes qui, comme Hélisachar etNébridius, cherchaient à se rendre compte de ce qui était chanté et à en saisir le sens , devaient trouver insupportables ces rapprochements et d'autres encore plus étranges^. Le premier se mit à l'œuvre et tâcha de remédier à ces inconvénients, en corrigeant les répons. Amalaire lui-même dit que ce travail d'Hélisachar était parfaitement et

1 Marx, Geschichte des Erzstiftes Trier, Trier, 1860, t. m, p. 61 sq.

2 Amalarius, loc. cit., c. xvni.

3 Ibid., proL, p. 507.

■i Meminisse credimus sanctam Paternitatem vestram , quod dudum quando apud Aqnisgrani palatium... et fréquenter una nocturnis horis ad divinum celebrandum ofjicium convenireiniis , animumqiie nostriim sacrée Scripturx lectio serenum e/ficeret; sed ut referre solehatis , re.iponsoria auctoritate et ratione carentia, versusque qui in quibusdam responsoriis a nostris vestrisque cantorihus inconvenienter nptabantur, animum vestrum magna ex parte obnuhilarent , etc. (Hélisachar, Epist. ad Nedihr., dans Neues Arehiv, 1886, p. 566). Hélisachar, d'après le cod. 6841 de la bibliothèque bourguignonne de Bruxelles ( copie d'un plus ancien faite aux xvi" etxvii<^ siècles) et le coJ. S. Maximini, actuellement 1 626 de la bibliothèque municipale de Trêves, est regardé comme l'auteur des Lectiones II Nocturni de la fête de tous les Saints (1" novembre et jours suivants), qui, dans le Bréviaire, sont attribuées au vénérable Bède.

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