CHAPITRE V
répons des Matines, sauf ceux qui ont un Gloria^ sont récités à la façon gallicane^. Si nous ouvrons le Responsorial publié par Tommasi et qui était employé au xn^ siècle à Saint- Pierre de Rome^, nous y voyons que dès lors les coutumes g-allicanes avaient pénétré dans la ville éternelle.
Il est donc évident qu'entre le milieu du ix® siècle et le commencement du xi^ ou du xu", les anciens Responsoriaux subirent une modification relativement importante. Ils furent gallicanisés dans un certain sens, et ils sont demeurés tels jusqu'à nos jours.
Ainsi donc, comme le remarque avec raison M. Edmond Bishop, à qui nous devons la découverte et la publication de la lettre d'Hélisachar à Nébridius, l'introduction du chant de l'Église romaine dans l'empire franc eut comme conséquence rapide, bien qu'imprévue, le changement complet du texte d'une partie considérable du Responsorial*.
Manuscrits à comparer. — On doit regretter que les manuscrits de celte période, c'est-à-dire de 850 à 1200, dont beaucoup se trouvent dispersés dans les grandes bibliothèques de l'Europe, n'aient jamais été soumis à un examen attentif à ce point de vue. Ce serait là un travail auquel pourraient se consacrer avec profit de jeunes érudits, maintenant que la voie a été tracée. En effet, quelque obscures et pénibles que ces recherches, ou, si l'on veut, ces vérifications minutieuses puissent paraître et soient en réalité, il n'est point douteux que, menées comme elles doivent l'être, elles ne soient aptes à jeter une lumière nouvelle et éclatante sur un point d'histoire tout à fait oublié. En outre, elles
' Resp. 3, 6. 8 (9), ou au Bi-év. monast., 4, 8, 12.
2 Dans les Responsoria hrevia et dans le premier répons du l""" dimanche de l'Avent, aux fêtes de Noël et de Pâques, et dans les rcp. 3, 6, 9 (ou 4, 8, 12) du temps de la Passion, nous avons encore un faible vestige de l'ancienne pratique romaine, répétition finale de tout le répons. D'après Amalaire, le Gloria Patri ne fut introduit que tard par les papes à Rome {loc. cit., c. xviii : A modernis Apostolicis) dans les répons, peu avant lui. Ici peut se poser la question de savoir si la coutume de chanter la moitié du répons (latus) immédiatement après le Gloria et de répéter le répons en entier (a capite], ce qui, d"a|)rès Amalaire [loc. cit.], était la coutume romaine vers 831 , n'était pas déjà le premier pas fait pour introduire le mode gallican de chanter les répons dans la pratique romaine.
3 Manuscrit du xii« siècle, dans Tommasi, Opéra, éd. Vezzosi, t. iv. ^ Neues Archiv , 1885, p. 563.
serviront à éclairer le mouvement des esprits, et aussi l'essence intime et la marche de la politique de cette époque encore trop peu connue.
Quelque voie que Ton prenne, on aboutira toujours au même et unique résultat : le rile romain a subi des transformations sous une influence externe et étrang-ère , uniquement dans des points de peu d'importance, cela va sans dire. Ces transformations se poursuivirent constamment depuis le ix* siècle jusqu'à la renaissance de la vie religieuse sous les successeurs de saint Léon IX, à partir du milieu du xi* siècle. Peu importe que celte influence extérieure se soit exercée sous les empereurs carolingiens, les Ottons ou les Henris. Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur l'introduction à Rome , sous saint Henri et le pape Benoît IX, du chant dominical du Credo, rapportée par Bernon. Il suffira de prendre l'ordonnance actuelle des épîtres du Missel romain pour les dimanches après la Pentecôte pour constater, sans qu'il soit besoin de l'echerches pénibles dans les manuscrits, que ce n'est plus là l'ordre purement romain d'autrefois, mais que cette combinaison doit remonter au Cornes édité par Pamelius, lequel repi'oduit l'usage des diocèses allemands, spécialement des diocèses rhénans du x^, au plus lard du commencement du xie siècle. Un examen attentif des séries des péricopes évangéliques aboutit au même résultat, quoiqu'il apparaisse avec moins de clarté.
On doit aussi remarquer que VOrdo j^omanus vulgatus publié par Hittorp ofTre une recension assez sûre, qui représente le rile ou la pratique liturgique des pays rhénans d'Allemagne durant le xi" siècle. On trouve une forme antérieure de cette recension, manifestement remplie d'éléments non romains, à l'époque des Ottons, copiée par un Italien aux portes de Rome*.
A l'aide de sources imprimées (Pamelius, Tommasi, t. v, E. Ranke, Dressel, etc.) on peut expliquer beaucoup des modifications produites sous l'influence extérieure. Mais on ne réussira pas à traiter la chose convenablement et avec le succès désiré, tant qu'on n'aura pas examiné criliquement et systématiquement les nombreux manuscrits de ce temps , accessibles à
1 Cf. Morinus, De S. Ecclesise ordinationibus, éd. Antwerpiae, 1695, p. 257.