III. Accroissement des textes liturgiques. Généralités
A la suite des fréquentes incursions des hordes barbares, Lombards, Sarrasins, Normands, un grand nombre d'églises et de tombeaux de saints des environs de Rome furent détruits aux vu*', viii'= et ix*' siècles; d'autres furent menacés d'un sort semblable, ou furent grandement endommagés par les inondations, les tempêtes, les tremblements de terre, etc. Les papes s'efforcèrent, selon leurs moyens, de restaurer les sanctuaires détruits, et, quand la chose paraissait impossible, ils transportèrent les reliques des saints dans des lieux sûrs de Rome. En Allemagne et en France, des raisons analogues donnèrent lieu à de très nombreuses translations de corps saints, que Ton portait en triomphe à travers les villes et les provinces. Comme l'on fêtait de nouveau chaque année le jour de la translation ou celui de la consécration des sanctuaires nouvellement construits, un grand nombre de fêtes de saints surgirent à cette époque, qui n'avaient auparavant qu'un intérêt local, mais qui peu à peu, en particulier dans la période suivante, sous Grégoire VII et Innocent III, et grâce souvent à l'ordre des Franciscains, passèrent dans le calendrier universel.
D'un autre côté, par reconnaissance pour les Francs, qui avaient été une sauvegarde si précieuse pour les papes, on adopta à Rome quelques-uns de leurs usages, et le Liber pontificalis nous en donne un exemple, lorsqu'il dit que, sous Léon III (-J- 816), les jours des Rogations ou des Litanies , depuis longtemps en usage en Gaule, furent introduits à Rome^ C'est ce qui se produisit sur une plus grande échelle encore sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve. Les tendances religieuses de ces deux souverains et leur prédilection pour les fonctions liturgiques furent cause que leur influence se fit particulièrement sentir chez les papes romains du ix^ siècle.
Robert de France et Henri d'Allemagne. — Robert de France (7 1031) et l'empereur saint Henri d'Allemagne {-j- 1024) nous offrent un remarquable exemple de l'intervention d'un roi auprès du pape pour enrichir la liturgie de la cour papale. D'après Jean Trithème, le roi Robert, qui, comme on sait, composa de concert avec ses chapelains, en particulier Fulbert, le futur évêque de Chartres, plusieurs antiennes, répons, hymnes et séquences 2, écrivit aussi en l'honneur de saint Pierre un splendide répons avec le chant correspondant.
* Duchesne, loc. cit., t. n, p. 4 , 12, 35, 40.
2 Par exemple : Sancti Spiritus adsit nohis gratta. Cf. Guéranger, Insiit. litarg., t. i, 2^ édit., p. 287; les pièces en question p. 294-296.
Puis, lors d'un pèlerinage qu'il fit à Rome (1003)*, il assista à la Messe solennelle du pape Sylvestre, ou Gerbert, son maître d'autrefois. A l'offrande, il se rendit à l'autel et présenta, enveloppé dans une étoffe précieuse, le manuscrit du répons Cornélius Cenlurio, etc., composé en l'honneur du prince des Apôtres; puis il se relira après s'être incliné respectueusement. Le pape, plein d'admiration pour la dévotion et le talent du souverain, donna l'ordre de chanter désormais ce répons à l'office dans l'église Saint -Pierre-. Ledit répons demeura usité en France jusqu'au xviii" siècle.
Ce que Bernon de Reichenau (7 1048) raconte du couronnement de l'empereur saint Henri, qui eut lieu dans l'église Saint-Pierre de Rome, le dimanche 14 février 1014, est intéressant. Dans cette cérémonie, le Credo ne fut pas chanté. L'empereur témoignant son étonnement de ce que le Symbole, qui « cependant était chanté le dimanche dans tout le reste de la chrétienté occidentale », ne le fût pas à Rome, on lui répondit que l'Eglise romaine n'avait nul besoin de cet acte de foi, puisqu'elle ne s'était jamais écartée de la vraie foi et qu'elle n'avait jamais été souillée par l'hérésie. Mais Henri obtint du pape, comme présent de couronnement, que pour l'édification des pèlerins, qui affluaient à Rome de toutes les parties du monde, le Credo serait inséré dans le formulaire de la Messe. Le pape Benoît VIII accéda à sa demande, et c'est ainsi que, grâce à la foi vive d'un empereur allemand, le Credo est depuis lors chanté, à Rome comme ailleurs, les dimanches et jours de fête^.
Ainsi donc du vu® au xi® siècle les livres liturgiques, l'Antiphonaire et le Responsorial ou l'office canonial reçurent de nombreux accroissements. Bernon dit à ce sujet : Multa post sancti Gregorii tempora causa decoris videntur adiecia, cum Psalmista dicat : Adiiciani super onineni laudem tuam^. Parmi les pontifes qui firent des additions à l'office, et en plus de ceux dont nous avons déjà fait mention : Léon II, Grégoire II, Grégoire III, Zacharie, Léon III, l'ami de Charlemagne, nous devons encore nommer Théodore (642- 649), qui exhuma les corps des saints Prime et Félicien et introduisit leur fête avec office et messe au calendrier romain^, mais surtout
1 La date 1030 de dom Guéranger est probablement une faute d'impression (p. 287), car Trithème nomme expressément le pape Gerbert.
2 loann. Trithem., Annal. Hirsaug. (S. Chronicon Hirsaug.), 1. 1, S. Gallens., 1690, p. 141.
* Berne, De quihusdam rébus ad Missœ offtcium pertinentibus , c. u (P. L., t. cxLii, col. 1060-1061). Cf. Gihr, Messopfer, 4» éd., p. 471; traduction française, La Messe, t. 11, p. 134.
* De officio Missœ, loe. cit., col. 1061.
s Duchesne, Lib. Pont., t. i, p. 332, 334. Saint Adon de Vienne, Martyr., au 9 juin [P. L., t. cxxui, col. 159).